L’économiste Christophe Barraud, une nouvelle fois élu meilleur prévisionniste au monde en 2025 par Bloomberg, a livré, lors de sa récente conférence organisée par MSCI le 11 juin 2025 à l’Hermitage, une analyse des tendances économiques mondiales pour 2025, avec un focus sur la Chine, les États-Unis et la zone euro. Entre tensions commerciales, politiques monétaires et efforts de relance. Voici les principaux points à retenir.
Naviguer sur les marchés actuels étant loin d’être aisé face à tous les points chauds qui ont ébranlé ce deuxième trimestre 2025, MSCI — anciennement Morgan Stanley Capital International — a donc organisé une conférence à l’Hermitage le 11 juin 2025, sur les dernières tendances d’investissement et la stratégie de construction et de personnalisation des portefeuilles à adopter. Pour cela, elle a invité Christophe Barraud, économiste français, multiple détenteur du titre de meilleur prévisionniste au classement Bloomberg. Trois zones principales ont attiré son attention. En premier lieu, la Chine.
La Chine : une croissance robuste, mais des défis à l’horizon
Au premier trimestre 2025, l’économie chinoise a affiché une croissance solide de 5,4 % sur un an, portée par des subventions gouvernementales, des dépenses publiques et des exportations dynamiques. Ce rythme soutenu s’explique par une anticipation des nouveaux tarifs douaniers américains, qui ont poussé les entreprises à accélérer leurs expéditions avant avril 2025. Cependant, ces tarifs, atteignant, en moyenne, 51,1 % sur les exportations chinoises, devraient freiner la croissance au deuxième trimestre. En mai 2025, les exportations globales ont progressé de 4,8 %, mais celles vers les États-Unis ont chuté de 34,4 %, malgré une trêve tarifaire de 90 jours signée le 12 mai 2025. Du côté de la consommation, les ventes au détail ont surpris, car elles ont été à la hausse (+ 5,9 % en mars 2025, + 5,1 % en avril 2025), dopées par des subventions et une forte demande en restauration et en électroménagers (+ 38,8 % en avril). Les investissements en infrastructures (+ 5,8 %) et dans les entreprises publiques (+ 6,2 %) tirent également l’économie, mais le secteur privé reste à la traîne (+ 0,2 %). Bien que toujours en difficulté (-10,3 % d’investissements) le secteur de l’immobilier montre des signes encourageants : les ventes se redressent légèrement, les stocks invendus diminuent (5,26 ans pour les absorber), et les prix des logements se stabilisent. Le gouvernement chinois intensifie son soutien, via des rachats d’invendus et un appui financier aux promoteurs. Pour maintenir cette dynamique, Pékin mise sur un déficit record de 4 % du PIB en 2025, des dépenses publiques massives (9 % du PIB via des obligations à long terme), et une politique monétaire souple. La Chine investit également dans l’innovation technologique et les infrastructures pour stimuler la demande intérieure et contrer les pressions externes, notamment la guerre commerciale avec les États-Unis.
En France, l’instabilité politique complique la situation. Le déficit 2025 dépassera probablement les 5,4 % prévus, et des hausses d’impôts envisagées d’ici septembre 2025, risquent de raviver les tensions sociales, redoute Christophe Barraud
États-Unis : une économie en trompe-l’œil
Aux États-Unis, le premier trimestre 2025 a révélé une contraction inattendue du PIB (-0,2 %), contre une croissance de 2,4 % auparavant. Ce recul s’explique par un déficit commercial aggravé (-4,9 points), lié à une flambée des importations en anticipation des tarifs douaniers et à des conditions météo défavorables. Les stocks ont gonflé (+ 2,64 points), mais la croissance sous-jacente, hors commerce et dépenses publiques, reste solide à 2,5 %. Un rebond est attendu au deuxième trimestre 2025, mais il sera artificiel a souligné Christophe Barraud, car porté par une normalisation des importations. De plus, la demande future risque de s’essouffler, les consommateurs ayant anticipé leurs achats face aux hausses de prix liées aux tarifs. Après avoir accumulé des stocks, les entreprises pourraient réduire leurs investissements. Christophe Barraud estime à 25 % le risque d’une récession technique pendant cet été 2025, qui pourrait toucher plus particulièrement le fret, le transport routier et le commerce de détail. Les tensions commerciales s’intensifient, avec des tarifs doublés sur l’acier et l’aluminium (13,45 % en moyenne). La pause de 90 jours sur les tarifs réciproques, décidée par l’administration Trump sous la pression des “midterms”, pourrait être prolongée à 180 jours pour apaiser les tensions avec la Chine. Côté monétaire, la Réserve fédérale (Fed) a adopté une posture prudente, avec une seule baisse de taux prévue en septembre 2025 (25 points de base), face à une inflation attendue en hausse dès juin 2025. Une croissance plus faible est probable au troisième trimestre, a avancé Christophe Barraud, mais un rebond pourrait survenir au quatrième trimestre, si des accords commerciaux, ou des baisses d’impôts, sont adoptés.
Zone euro : une croissance en perte de vitesse
La zone euro a enregistré une croissance de 0,6 % au premier trimestre 2025, dopée par des exportations anticipées face aux tarifs américains et un rebond du crédit. Cependant, les incertitudes liées aux tensions commerciales et au ralentissement chinois devraient peser sur le deuxième trimestre. En Allemagne, moteur économique de l’Europe, la production industrielle (+ 2,3 % en mars 2025) et les exportations (+ 1,2 %) ont résisté, mais les tarifs américains, notamment les 25 % de droits de douane supplémentaires sur les automobiles étrangères, menacent ce dynamisme, a avancé Christophe Barraud, tout en rappelant que Banque centrale européenne (BCE) soutient l’économie avec une « politique accommodante ». Par ailleurs, cet économiste a indiqué que le crédit aux ménages et aux entreprises s’améliore (1,5 % du PIB en avril 2025), offrant un « coussin » face aux chocs externes. La BCE devrait maintenir ses baisses de taux, les tarifs américains étant jugés déflationnistes. Pour Christophe Barraud, la croissance salariale, en baisse à 3 %, reste compatible avec l’objectif d’inflation de 2 %. Pour contrer ces vents contraires, la Commission européenne et l’Allemagne déploient des plans de relance ambitieux. Ainsi, l’Europe mobilisera 800 milliards d’euros sur quatre ans (4,5 % du PIB) pour la défense et les infrastructures, alors que l’Allemagne investira 500 milliards d’euros sur 12 ans dans ses infrastructures. Effectives dès fin 2025, ces mesures devraient soutenir la croissance, à moyen terme. En France, l’instabilité politique complique la situation. Le déficit 2025 dépassera probablement les 5,4 % prévus, et des hausses d’impôts envisagées d’ici septembre 2025, risquent de raviver les tensions sociales, redoute Christophe Barraud. Une dissolution du Parlement par Emmanuel Macron pendant cet automne 2025 n’est pas exclue, estiment certains observateurs. Une chose est sûre : dans ce monde interconnecté, chaque décision compte, et les prochains mois de cette année 2025 seront décisifs.



