vendredi 17 avril 2026
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Fabien Deplanche : « L’impact du
Covid-19 sera faible pour certains,
et important pour d’autres »

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Le président de la chambre patronale du bâtiment monégasque, Fabien Deplanche, évoque pour Monaco Hebdo l’impact de l’épidémie de coronavirus sur le secteur du BTP en principauté.

Suite à cette crise sanitaire, des entreprises du BTP sont-elles en danger à Monaco ?

Il est trop tôt, à ce jour, pour dresser un bilan de la santé des entreprises du bâtiment. Nous espérons que les nombreux dispositifs de soutien et d’aides aux entreprises mis en place par le gouvernement princier, ainsi que la présence constante de la chambre patronale du bâtiment auprès de ses membres permettront de limiter au maximum l’impact de cette crise sans précédent pour notre corporation et la principauté dans son ensemble.

Actuellement, combien de chantiers publics et privés sont ouverts en principauté ?

Les entreprises du bâtiment reprennent petit à petit leurs chantiers, et les reprendront d’autant plus dès que le déconfinement sera amorcé. Nous ne disposons donc pas de chiffres exacts à ce jour. Il semblerait que plus d’une centaine d’entreprises de bâtiment auraient repris une partie de leurs activités à compter du 4 mai 2020.

Les chantiers peuvent se poursuivre en principauté, mais sous quelles conditions ?

La publication de l’arrêté ministériel et de son annexe « portant mesures de sécurité sanitaire pour les activités de la construction en période d’épidémie de coronavirus Covid-19 » impose à l’ensemble des intervenants pour les activités de bâtiment et de travaux publics, et ce avant toute reprise ou dans la continuité de travaux à Monaco, de respecter strictement les mesures de sécurité sanitaires édictées.

Comment ont été décidées ces mesures de sécurité sanitaires pour votre secteur d’activité ?

Ceci est le fruit des multiples échanges entre notre syndicat et le gouvernement princier ces dernières semaines. Nous nous félicitons de l’entrée en vigueur des textes précités qui fixent un cadre, et clarifient la situation avec des mesures rigoureuses, claires et précises qui permettent de reprendre ou de continuer les chantiers dans des conditions optimales afin de soutenir l’économie sereinement. Ils permettent de garantir la sécurité sanitaire dans l’exercice de leur activité à nos membres, leurs collaborateurs et leur entourage. Toute l’action responsable de la chambre patronale du bâtiment a été de contribuer à la mise en place de ce cadre strict, afin d’assurer la sécurité pour tous sur les différents types de chantiers dans un contexte sans précédent. Je me dois, au nom de la chambre patronale du bâtiment, de remercier le gouvernement pour sa totale disponibilité, son écoute et son accompagnement depuis le début de cette crise.

Parmi les difficultés que rencontrent les entreprises du BTP, on entend parler de problèmes d’approvisionnements en matériaux ?

Il y a eu des difficultés en début de confinement, car la filière amont (fournisseurs, distributeurs de matériaux, etc.), ainsi que la filière aval (déchetteries) se sont arrêtées subitement. Le temps d’adapter leurs méthodes de travail, et ils ont pu redémarrer crescendo. Des difficultés persistent, dues au mode de fonctionnement des fournisseurs, avec des réseaux de distributions qui ne sont que partiellement rétablis, ainsi qu’aux productions en usines, qui sont loin d’être totales.

Vous avez rencontré d’autres problèmes ?

L’autre problématique majeure aura été de pouvoir s’approvisionner, dans les premières semaines après le confinement, en moyens de protection, et notamment les masques, qui étaient en pénurie au vu de la réquisition par les gouvernements, Monaco et pays voisins, pour assurer logiquement les besoins premiers des soignants, des forces publiques…

Aujourd’hui (1), quelle est la situation ?

Depuis les stocks se sont grandement améliorés, même si les approvisionnements restent, pour certains, eu égard à la logistique, complexes en cette période. Il est compliqué de faire acheminer des cargaisons provenant parfois de l’autre bout du monde.

Et pour les masques ?

Face à la pénurie de masques, une première commande de masques FFP2 et chirurgicaux a été passée par la chambre patronale du bâtiment pour ses membres qui peineraient à s’en procurer, pour continuer ou reprendre leurs chantiers. Les conditions de cette mise à disposition, avec une participation de 50 % de la chambre patronale du bâtiment, ont été communiquées aux intéressés. La vente à prix coûtant par le gouvernement princier à toutes les entreprises de la principauté de masques chirurgicaux est aussi une aide formidable pour réduire les difficultés d’approvisionnement de ces équipements de protection pour nos membres.

Cette reprise des chantiers, avec notamment moins de salariés, implique nécessairement des chantiers au ralenti, une baisse du rendement, et donc une hausse des délais ?

Il est clair que les chantiers ne vont pas reprendre ou retrouver leur cadence d’avant la crise tout de suite. Il nous faut échanger avec les autorités, afin de voir quels aménagements pourraient être envisagés pour limiter l’impact de l’épidémie sur les plannings.

Quels autres impacts ont ces mesures sur le déroulement des chantiers ?

Ces mesures impliquent une adaptation des méthodes de travail et une réorganisation du chantier, afin de respecter les mesures sanitaires actuelles, ce qui est donc un exercice nouveau pour tous les acteurs du bâtiment.

A combien estimez-vous les conséquences financières pour les chantiers qui se déroulent actuellement à Monaco ?

Il est impossible pour moi de répondre clairement à cette question, car chaque chantier est différent. L’impact du Covid-19 sera donc faible pour certains, et important pour d’autres.

Chantiers publics, chantiers privés : qui va devoir assumer les conséquences financières sur ces deux types de chantiers ?

C’est une question très complexe à laquelle je ne peux pas apporter de réponse unique. En effet, les chantiers sont tous différents, comme je le disais précédemment, mais également de par la nature des contrats qui les formalisent. De plus, même si on peut retrouver des règles générales applicables à tout chantier, les chantiers privés et les chantiers publics n’ont pas exactement les mêmes conditions générales de fonctionnement, et les conditions particulières peuvent varier encore plus. C’est donc une question des plus délicates qui ne s’est jamais posée, avec une crise sans précédent dans l’histoire moderne. Les réponses se feront sûrement au cas par cas.

© Photo Monaco Hebdo.

« Personne ne peut s’engager aujourd’hui sur l’exactitude des sommes à engager définitivement pour endiguer les coûts et les pertes liés à la pandémie mondiale »

Les 477,3 millions d’euros votés par le Conseil national le 21 avril 2020 seront-ils suffisants pour faire face à ces lourdes conséquences pour le secteur du BTP ?

Nous nous devons de relever la réactivité du gouvernement princier et du Conseil national pour avoir très rapidement pris la mesure de cette crise, afin de voter ainsi le budget rectificatif 2020. Cette somme, d’un montant historique et approprié, ne suffira probablement pas. Mais personne ne peut s’engager aujourd’hui sur l’exactitude des sommes à engager définitivement pour endiguer les coûts et les pertes liés à la pandémie mondiale.

Concrètement, qu’attendez-vous de la part des pouvoirs publics ?

Nous attendons le maintien des budgets d’équipements pour soutenir l’activité de nos entreprises, et de la commande publique pour cette année et pour 2021. Nous attendons aussi une très forte priorité donnée aux acteurs du tissu économique de la principauté.

Globalement, comment le secteur du BTP peut-il faire face à cette situation ?

Le bâtiment est un acteur incontournable de l’économie monégasque. La sécurité des employés de notre corporation étant désormais assurée en respect de ses obligations, tout est aujourd’hui en place pour que les entrepreneurs s’organisent sereinement, dans ce contexte des plus compliqués. Nos membres pragmatiques et pugnaces sauront s’accommoder, et adapter leurs méthodes de travail pour assurer crescendo une reprise d’activité pérenne. A ce jour, plusieurs entreprises de bâtiment ont déjà pu rouvrir leurs chantiers, en respect des nouvelles règles édictées par le gouvernement.

Lorsque le déconfinement sera lancé, le 4 mai 2020, des contraintes demeureront : votre activité continuera donc d’être impactée ?

Oui, en effet lesdites mesures sanitaires qui s’imposent au fonctionnement des chantiers, ou des activités de bâtiment au sens large, continueront pendant le déconfinement, et probablement longtemps après le déconfinement, le temps que le virus ne soit éradiqué, ou qu’un vaccin ne soit trouvé.

Quel plan post-crise sanitaire souhaiteriez-vous voir mis en place par le gouvernement ?

Nous travaillons actuellement de concert avec tous les services de l’Etat, afin de réfléchir à la reprise d’activité, et notamment avec le département de l’équipement, de l’environnement et de l’urbanisme, afin de trouver les meilleurs dispositifs adaptés d’accompagnement à la reprise d’activité. Les aides de l’Etat et les dispositifs de soutien actuels doivent continuer encore un temps certain, sûrement quelques mois, le temps que l’activité économique ne retrouve un rythme normal. Le chômage total temporaire renforcé, ainsi que le télétravail dans la configuration actuelle de la crise, devront aussi être maintenus pendant et après le déconfinement, afin de permettre aux acteurs de reprendre leur activité et éviter, je l’espère, des faillites.

1) Cette interview a été réalisée le 30 avril 2020.

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