Christophe Carrafang vient de publier la seule anthologie (1) consacrée au groupe anglais Alan Parsons Project qui fête en 2016 les 30 ans de la sortie de son premier album, Tales of Mystery and Imagination.
On a un peu de mal à le croire. Christophe Carrafang, 44 ans, est gérant de portefeuilles à Monaco depuis 1997. Il vit en Italie, quelque part « au-dessus de Bordighera, un peu dans la montagne », où il a emménagé en 2007. Mais lorsqu’il n’est pas coincé dans l’analyse des marchés financiers, il assure qu’il se consacre à sa guitare. Du rock, surtout. Et même parfois dans des pubs de la région. Pourquoi pas, après tout ? Sinon, quand il ne joue pas de la musique ou avec les marchés financiers, il s’occupe de sa famille : « Trois enfants, ça occupe. » Et il lit. C’est justement en lisant un livre consacré à Pink Floyd (2), que ce passionné de musique s’est aperçu qu’il n’existe « presque aucun livre » sur Alan Parsons, l’ingénieur du son britannique qui a enregistré le mythique album des Pink Floyd, The Dark Side of the Moon (1973). Ou encore Abbey Road (1969) et Let It Be (1970) des Beatles. En fait, depuis qu’il a « 12 ou 13 ans », Christophe Carrafang est fan d’Alan Parsons Project, un groupe lancé en 1976 par le duo, Alan Parsons et Eric Woolfson (1945-2009). « Les moins de 35 ans ne connaissent pas forcément Eye in the Sky (1982), l’un des titres les plus célèbres de ce groupe, finalement assez peu connu. C’est un groupe un peu mystérieux, un peu élitiste, qui a sorti 10 concept-albums entre 1976 et 1987. » Un concept album consacré à Edgar Allan Poe (1809-1849), Tales of Mystery and Imagination (1976), un autre inspiré par l’œuvre d’Isaac Asimov (1920-1992) avec I Robot (1977), ou encore par l’architecte catalan, Antoni Gaudí (1852-1926) en 1987. « Au départ, leur style musical est à rapprocher du rock progressif. Puis, dans les années 80, Alan Parsons se tourne vers la pop-rock et le synth rock. »
Cantine
Woolfson et Parsons se rencontrent au début des années 70 à la cantine des studios d’Abbey Road, où enregistrent les Beatles. Woolson connait le talent de Parsons dans le rôle de producteur. De son côté, Parsons a besoin d’une force créatrice. A l’époque, Woolfson est un peu l’homme de l’ombre, celui qui compose pour des artistes comme la chanteuse de rock, Marianne Faithfull. C’est évident, les deux hommes se complètent. Ils décident donc de créer non pas un groupe, mais un collectif : The Alan Parsons Project. Avec un fonctionnement simple : aller chercher pour chaque titre le meilleur chanteur possible. « C’est Eric Woolfson qui fait parole et musique. Et pourtant le groupe s’appelle The Alan Parsons Project… En fait, ils partagent l’idée, portée notamment par Stanley Kubrick (1928-1999), qui consiste à dire que le réalisateur est aussi important que les acteurs qu’il fait jouer. Woolfson et Parsons ont transposé cette idée à la musique. » En dix albums, une dizaine de chanteurs travaille avec ce collectif, notamment John Miles et Lenny Zakatek. Et Eric Woolfson, à partir de 1980. Après un premier album Tales of Mystery and Imagination, consacré à Allan Poe, « l’un des héros de jeunesse d’Eric Woolfson », le groupe s’engage à sortir 10 albums chez Arista Records. Ils tiendront parole et vendront environ 45 millions de disques. « C’est paradoxal, mais Alan Parsons Project reste un groupe assez peu connu alors qu’ils ont pourtant vendu des dizaines de millions de disques. Et tout ça, sans faire aucun concert, jusqu’à leur séparation, en 1990. »
Addiction
De décembre 1978 à juin 1979, ce duo enregistre ce qui sera leur quatrième album, Eve, à Berre-les-Alpes, à côté de l’Escarène. A cette époque, Woolfson et Parsons vivent à Monaco. « Ce n’est pas leur meilleur disque. C’est même l’album que j’aime le moins, juge Carrafang. Dans le livret intérieur de cet album, une photo a été prise dans le tunnel qui mène à l’ascenseur qui monte à la place des Moulins. Ils ont aussi été photographiés sur le balcon d’un immeuble, à proximité de ce qui était le Lœws à l’époque. » Fan de jeu, Woolfson est aussi passé par Las Vegas. Mais c’est en Principauté où il vit, qu’il fréquente sans doute le plus les salles de jeu. C’est de cette observation que nait The Turn of a Friendly Card, un album sur le thème du jeu et de l’addiction, enregistré cette fois à Paris, aux studios Acousti. Ce disque sort en novembre 1980. « Le binôme avait alors déjà vraisemblablement quitté la Principauté, estime Carrafang. Mais Monaco a inspiré ce que je considère être le meilleur album d’Alan Parsons Project. Woolfson et Parsons passent environ une année en Principauté, entre 1979 et 1980. Mais je ne sais ni pourquoi ils sont venus, ni pourquoi ils en sont partis… » Malgré les réticences de Parsons, The Turn of a Friendly Card marque aussi le début de Woolfson au chant sur deux titres, Time et Nothing Left to Lose. Convaincant, Eric Woolfson sera en 1982 la voix du plus grand succès d’Alan Parsons Project, le fameux Eye in the Sky. « A partir de là, Woolfson s’impose comme le chanteur référent du collectif. Il interprétera systématiquement 3 ou 4 titres sur chacun des albums suivants. »
Belgique
En 1990, après la sortie de Freudiana, un album consacré à la vie de Sigmund Freud (1856-1939) qui deviendra une comédie musicale, Woolfson et Parsons se séparent. Le premier se consacre à l’écriture de comédies musicales jusqu’à sa mort, en 2009. Pendant que le second multiplie les concerts, sous le nom de The Alan Parsons Live Project.
Comme il n’y a « plus grand chose à raconter sur Alan Parsons Project », et que Christophe Carrafang s’est pris au jeu de l’écriture, il a dû trouver un nouveau sujet. Son prochain livre viendra encore combler un manque. Et cette fois, le sujet est pointu, puisqu’il s’agit de « la scène rock belge des 25 dernières années. C’est une scène rock très décomplexée, qui n’hésite pas à chanter en anglais. A part Noir Désir, la scène rock française a très peu évolué. Alors qu’en Belgique, depuis le début des années 90, il y a un véritable foisonnement. Avec des groupes fabuleux, sur lesquels il n’existe que très peu de littérature. » Quand on lui demande lesquels, il ne s’arrête plus : « Je pense d’abord aux pionniers, dEUS, un groupe d’Anvers. Mais aussi à K’s Choice, à Hooverphonic, un groupe de trip hop flamand. Ensuite, au début des années 2000 les Wallons ont pris le relais. Avec Ghinzu, Mud Flow, My TV Is Dead, Girls in Hawaii, Venus… » Rien n’est signé, mais ce nouveau livre pourrait sortir chez Camion Blanc, un éditeur spécialisé dans la musique, qui a publié cette anthologie sur Alan Parsons Project. Objectif : une sortie en 2018.






