Elle n’a rien à envier aux héros romanesques. Franka Severin fut un temps propriétaire de mines en Afrique du Sud avant de s’orienter vers la peinture. Cette résidente monégasque, qui fut l’une des dix plus grandes fortunes d’Afrique du Sud, revient sur sa vie l’espace d’une rencontre. Portrait.
Par Romain Fondacaro.
Sa vie, personne n’aurait pu l’inventer. Seul le destin en a été maître. Franka Severin fait partie de ces personnes de roman au vécu extraordinaire. Qu’on observe avec respect et émotion. Réfugiée, loin de l’Afrique du Sud, dans son appartement donnant sur le port Hercule, Franka retrace le récit de sa vie. « Je suis originaire du sud du Tyrol. Ma famille était très pauvre, on vivait primitivement », lance-t-elle sans gêne. Sa fulgurante réussite financière ne lui a jamais fait oublier l’endroit d’où elle vient. Certains auraient honte, pas elle. « Quand on allait dans les bois, c’était pour aller chercher de la nourriture, se souvient-elle, le regard pétillant. Même si on avait tous faim, il n’y en avait pas un qui aurait mangé quelque chose sur place. Après, la personne la plus âgée faisait la distribution et on mangeait tous ensemble. » Ces valeurs de partage et de redistribution, ancrées très profondément chez elle, se révèleront dans sa vie d’adulte. Propriétaire de mines au temps de l’Apartheid, elle considérait ses salariés comme faisant partie d’une « grande famille » où chacun devait y trouver son compte. « Je payais très bien mes employés. S’ils étaient heureux, cela se ressentait dans leur travail. Il fallait qu’on réussisse?! », s’exclame-t-elle.
La découverte du monde
Très tôt, la jeune fille est animée par une soif de réussite. « A 17 ans, je n’avais qu’une idée en tête?: gagner de l’argent pour l’envoyer à ma mère et améliorer la condition de vie de ma famille », confie-t-elle. A cette époque, un couple d’amis demande à ses parents l’autorisation de conduire Franka sur la Côte d’Azur, une terre qu’elle ne connaissait qu’à travers les livres. « Le miracle s’est alors produit », se souvient-elle Franka. L’adolescente est propulsée mannequin, enchaînant les défilés de mode. « Je n’avais jamais rien vu en dehors de ma famille et de la messe. Et là, on me donnait des cadeaux et de l’argent juste pour traverser une estrade?! » Elle découvre aussi le monde de la télévision et de la publicité. Mais très vite, à 20 ans, Franka rencontre son mari. Une autre vie commence pour la jeune Tyrolienne qui devient une femme d’affaires redoutable.
La ruée vers l’or
Son époux est propriétaire de mines de charbon au Danemark. Partie vivre à Copenhague, Franka Severin s’aperçoit que les fonderies danoises manquent de coke et de charbon. Elle lance alors un commerce d’import-export avec la France. Puis décide de prospérer en Afrique du Sud, pays réputé pour sa richesse en matières premières. Les Severin bâtissent alors leur empire minier durant l’Apartheid « J’en étais la présidente, et mon mari s’occupait de l’ingénierie. » A 37 ans, Franka devient la seule femme exploitante de mines d’or. Avant de se hisser en quelques années dans les dix plus grandes fortunes du pays. Mais à quel prix?? « Faute de ne pas être championne de karaté », cette femme au tempérament bien trempé s’arme d’un Magnum et d’un pistolet 9 mm pour assurer sa défense. Après avoir résisté durant des années à cette insécurité ambiante, la femme d’affaire, ouvre un nouveau chapitre de sa vie. Elle quitte les mines d’or pour se consacrer à une passion moins dangereuse?: l’art.
Une artiste dans l’âme
A Copenhague, Franka Severin avait étudié l’histoire de l’art et n’avait jamais cessé de peindre depuis lors. Les peintures de Franka Severin sont à l’image de sa vie?: énormes, voire démesurées mais toujours avec finesse. Tout a commencé avec le dessin. « Une fois j’ai réalisé un dessin représentant le portrait d’une petite fille. Une amie croyait que le portrait était d’Anne-Marie Scavenius, une portraitiste très connue en Afrique du Sud. J’ai eu un déclic », dit-elle avec émerveillement. Depuis, la peinture est devenue son « moyen d’expression. » Spécialisée un temps dans le portrait, « obnubilée par le visage et les expressions qui laissaient entrevoir l’âme de la personne », Franka y a désormais renoncé. « Je ne veux pas une identité dans l’art », revendique-t-elle avec insistance. Détachée des tendances et mouvements établis, elle ne veut appartenir à aucune école, aucun style. L’artiste revendique son indépendance et laisse libre court à ses inspirations?: « Quand je me lève le matin, je veux faire quelque chose selon ce que je ressens à ce moment précis, selon mon entourage, selon la luminosité… » Assoiffée de nouvelles expériences, Franka expose la majorité de ses œuvres à la chapelle de Draguignan, place de l’observance, jusqu’au 13 juillet. A 70 ans, l’ex-exploitante de mines est aujourd’hui considérée comme une artiste reconnue. En travaillant dans ses deux ateliers à Nice et à Beausoleil, elle assure que son avenir s’inscrit en principauté, « un point de chute dans sa vie depuis l’âge de 17 ans. » Franka Severin n’a plus qu’une idée en tête?: « Peindre du matin au soir, sans aucune contrainte. »




