jeudi 19 mai 2022
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Culture Sélection de février 2022

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Dans Culture Sélection, Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coups de cœur Blu-rays, livres, bandes-dessinées et musique.

Halloween Kills

De David Gordon Green

Suite. La franchise horrifique Halloween est (encore) de retour, et avec le même réalisateur que pour le 11ème opus de cette série de films, Halloween (2018) : David Gordon Green. Halloween Kills se situe quelque part entre ce film de 2018 et l’original, signé John Carpenter. Tourné en 1978, le premier Halloween reste encore à ce jour, le meilleur, et de loin. Cette fois, les habitants de la ville d’Haddonfield décident de créer une milice pour lutter contre Michael Myers, le fameux tueur psychopathe masqué. Peut-on s’affranchir de tout pour lutter contre ce que l’on considère être le mal absolu ? Le débat est très balisé, mais les multiples scènes d’action, plus ou moins gore, font leur petit effet. Et on se surprend presque à espérer (encore) une suite.

Halloween Kills, de David Gordon Green, avec Jamie Lee Curtis, Judy Greer, Andi Matichak (USA, 2021, 1h46), 16,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray, édition spéciale Fnac steelbook), 24,99 euros (Blu-ray 4K, édition spéciale Fnac steelbook). Sortie le 2 mars 2022.

Barbaque

De Fabrice Eboué

Végan. Lorsqu’il tue l’un des militants vegan qui a saccagé sa boutique, Vincent (Fabrice Eboué) se demande bien ce qu’il va faire du corps. Avant d’avoir l’idée de le transformer en jambon. Lorsque sa femme, Sophie (Marina Foïs) vend ce jambon par inadvertance, le succès est au rendez-vous. L’opportunité de relancer leur commerce qui souffre leur est offerte. Qu’en feront-ils ? Si le ressort de l’intrigue ne tient pas forcément pendant la totalité de ce long-métrage, l’humour trash distillé par Fabrice Eboué fonctionne à plein régime. Cette comédie féroce n’épargne personne, ni la communauté végan, ni l’industrie agro-alimentaire. Fascinée par les faits divers, Marina Foïs compose une épouse totalement déjantée, qui apporte une fraîcheur bienvenue à ce film très fréquentable.

Barbaque de Fabrice Eboué, avec Fabrice Eboué, Marina Foïs, Nicolas Lumbreras (FRA, 2021, 1h27), 14,99 euros (DVD), 16,99 euros (Blu-ray). Sortie le 9 mars 2022.

Les Éternels

De Chloe Zhao

Poésie. La réalisatrice de Nomadland (2020), Chloé Zhao, livre sa vision très personnelle de l’univers Marvel et de ses super-héros. Elle met en scène Les Éternels, un groupe de personnages aux pouvoirs hors du commun, chargés de protéger la Terre. Alors que le calme était revenu, les Déviants, des créatures que les Éternels pensaient avoir vaincu, réapparaissent. Situé chronologiquement après les événements survenus dans Avengers : Endgame (2019), Les Éternels prend fin sur une promesse de nouvelle ère pour l’humanité. Racheté par Disney, le studio Marvel a laissé Chloe Zhao imposer sa patte à cette grosse machine hollywoodienne, ce qui n’était pas acquis au départ. On retrouve ainsi parfois la poésie et les grands espaces de Nomadland, même si pour ce 26ème film de l’univers cinématographique Marvel, les bons sentiments et l’inclusivité n’échappent sans doute pas au marketing des studios.

Les Éternels, de Chloe Zhao, avec Gemma Chan, Richard Madden, Salma Hayek (USA, 2021, 2h37), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (Blu-ray), 34,99 euros (Blu-ray 4K). Sortie le 11 mars 2022.

L’Évènement

d’Audrey Diwan

Avortement. La réalisatrice française, Audrey Diwan, a remporté le Lion d’or pour son film L’Évènement, à la Mostra de Venise, le 11 septembre 2021, et c’est amplement mérité. La comédienne franco-roumaine Anamaria Vartolomei incarne Anne, une étudiante en lettres qui se retrouve enceinte. Elle est issue d’un milieu, modeste. On est au début des années 1960. En France, l’avortement est interdit. Il sera légalisé en 1975, avec la loi Veil. L’Évènement est inspiré du roman d’Annie Ernaux (Gallimard, 2000), dans lequel l’auteur évoque son avortement clandestin, survenu en janvier 1964, alors qu’elle avait 23 ans. Caméra à l’épaule, la réalisatrice française d’origine libanaise, Audrey Diwan, semble scotchée à Anamaria Vartolomei, qu’elle filme au plus près. Le silence, la solitude, le manque de solution, jusqu’à l’avortement : L’Évènement n’élude rien. C’est en cela que c’est un film précieux.

L’Évènement, d’Audrey Diwan, avec Anamaria Vartolomei, Kacey Mottet Klein, Luàna Bajrami (FRA, 2021, 1h40), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (Blu-ray). Sortie le 30 mars 2022.

Actrices-sorcières

De Thomas Stélandre

Singularité. « Les bizarres, les méchantes, les trash, les punks, les cool, les marginales… ». Le critique littéraire et expert de la littérature anglo-saxonne, Thomas Stélandre, que l’on peut notamment lire dans les colonnes de Libération, s’est intéressé dans ce livre aux actrices pas comme les autres. De Jeanne Moreau, en passant par Jennifer Jason Leigh, Sean Young, Béatrice Dalle, ou encore Rose McGowan, Thomas Stélandre évoque chacune sous un prisme différent. Le chapitre « les bombes » est ainsi consacré à Béatrice Dalle et Asia Argento, pendant que Tilda Swinton est évoquée sous le titre « la glace sous le feu ». Actrices-sorcières permet de mieux comprendre la singularité de ces actrices, qui n’ont parfois pas hésité à mettre en jeu leur carrière, pour réaffirmer leur désir de liberté.

Actrices-sorcières, de Thomas Stélandre (Capricci), 170 pages, 17 euros. Sortie le 20 janvier 2022.

Les Fossoyeurs

de Victor Castanet

Fragile. C’est le livre qui fait parler de lui depuis plusieurs semaines, déjà. Le journaliste Victor Castanet a enquêté pendant trois ans sur le groupe Orpea, qui gère des maisons de retraite médicalisées. Il évoque un système déshumanisé, où la recherche du profit prime sur le bien-être des pensionnaires. L’auteur met aussi en avant la défaillance des contrôles de l’État français, et il pointe un fait : la marchandisation n’épargne personne. Que l’on soit âgé et fragile n’y change rien. Les révélations publiées dans Les Fossoyeurs ont provoqué une multitude de réactions en France. Le Sénat a notamment lancé une commission d’enquête. Objectif : « Examiner la supervision des contrôles des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). » Désormais, la société de gestion Mirova, qui détient 3,9 % d’Orpea, veut faire de ce groupe une « entreprise à mission », afin de pouvoir intégrer dans ses statuts des objectifs environnementaux et sociaux. Et faire enfin bouger les lignes.

Les Fossoyeurs de Victor Castanet (Fayard), 400 pages, 22,90 euros.

Si je veux, mère célibataire par choix

De Johanna Luyssen

Parcours. « Célibataire, trentenaire, plutôt hétérosexuelle, Johanna Luyssen a choisi : elle fera un enfant seule. » Après avoir dû endurer la perte de son frère, Johanna Luyssen a évolué au sein d’une famille dans laquelle les femmes font passer leur carrière professionnelle après les questions qui relèvent de la famille. Bien décidée à faire l’inverse, elle est donc passée à l’acte. Et c’est ce qu’elle raconte dans Si je veux, mère célibataire par choix. Son parcours a été difficile, alors qu’en France, la législation concernant les mères célibataires reste verrouillée. Sites de rencontres, donneurs de sperme tarifés, aventures d’une nuit, auto-insémination… Elle évoque avec lucidité et humour sa trajectoire, jusqu’à l’aboutissement : « De fille-mère, je suis devenue la mère d’une fille. Elle, elle deviendra ce qu’elle veut. »

Si je veux, mère célibataire par choix, de Johanna Luyssen (Grasset), 180 pages, 11,99 euros (format numérique), 17 euros (format « papier »).

Culture Sélection fables de la fontaine

Fables de la fontaine

de Sébastien Lumineau

Modernité. C’est d’abord un très bel objet que nous propose les éditions Cornélius. Ce livre d’un rouge vif est un prolongement de l’hommage rendu à Jean de La Fontaine (1621-1695), à l’occasion des 400 ans de sa naissance. Le projet pouvait impressionner, mais Sébastien Lumineau a relevé le défi. Pour cela, il ne s’est pas contenté de mettre en images, et en bulles, La Fontaine. Il a aussi joué la carte de l’interprétation et de la modernité, tout en restant fidèle, mot pour mot, aux six œuvres choisies. Cinq fables sont donc transposées au XXIème siècle. Le contexte est donc le nôtre, mais l’ensemble fonctionne parfaitement. On redécouvre ainsi avec plaisir Les Animaux malades de la peste (1678) ou Le Renard et les raisins (1668). L’élégance du dessin en noir et blanc de Sébastien Lumineau fait le reste. On est conquis.

Fables de la fontaine de Sébastien Lumineau (Cornélius), 104 pages, 16,50 euros.

Archéologie d’un vol

De Thomas Gosselin

Histoire. L’échec d’un hold-up racontée de A à Z. C’est ce que propose Thomas Gosselin dans cette bande dessinée (BD) qu’il fait débuter il y a plus de 5 000 ans. Parce que, comme l’indique son éditeur, « pour qu’il y ait une banque, il a d’abord fallu un bâtiment, de l’argent, des chiffres, l’écriture, la propriété, la parole, la confiance, de la place ». Ces objets et ces sentiments ont tous une origine et une histoire qui leur est propre, et que Thomas Gosselin remet en perspective, avec des couleurs très vives et un saisissant sens du détail. Cette approche très globale permet à l’auteur de traiter des sujets aussi différents que la météo, la grande muraille de Chine, la météo, ou le magnétisme. En un peu plus de 100 pages, il nous démontre que si ce hold-up est un échec, c’est aussi le début d’autre chose. Une naissance à laquelle on ne s’attendait pas.

Archéologie d’un vol, de Thomas Gosselin (Oncle Atrabile, Hors collection), 104 pages, 20 euros.

Midnight Star

Chrysta Bell

Futuriste. Depuis plusieurs semaines, Chrysta Bell distille les informations autour de son cinquième album. Baptisé Midnight Star, il a été annoncé avec un très réussi premier single, Breathe Into Euphoria. Mais le meilleur était encore à venir. Porté par une synth-pop d’une redoutable efficacité, le titre Midnight Star emporte l’adhésion dès la première écoute. Le réalisateur polonais Archon a signé le clip qui accompagne ce morceau, et on se retrouve plongé dans une ambiance aussi futuriste que cinématographique. Il nous rappelle ainsi au passage que Chrysta Bell a travaillé, il y a quelques années en arrière, avec David Lynch. Aujourd’hui, elle est tournée vers cet album qu’elle ira défendre sur scène, notamment en Italie, à Verone, le 8 mars 2022, et à Rivoli, le 10 mars 2022. En attendant, on peut se plonger dans cet album, dont le dernier extrait, Suicide Moonbeams, est une délicieuse invitation au lâcher prise.

Midnight Star, Chrysta Bell (Love Conquered Records), 8,85 euros (MP3 sur Bandcamp : https://loveconqueredrecords.bandcamp.com/album/midnight-star).

Prey/IV

Alice Glass

Catharsis. L’ex-chanteuse de Crystal Castles, Alice Glass (Margaret Osborn) vient de sortir son premier album solo, et c’est tout simplement brillant. Produit par Jupiter Keyes, ce disque évoque son univers, dopé par une électro aussi inventive que sombre. Le titre Love is violence illustre assez bien ce constat, tout comme il évoque aussi l’affaire qui l’oppose depuis 2015 à son ancien partenaire de Crystal Castles, Ethan Kath, qu’elle accuse d’avoir abusé d’elle pendant des années. Des accusations qu’il a toujours contestées. Prey/IV est donc aussi un nouveau pas vers la catharsis pour Alice Glass. Le premier extrait, Suffer and Swallow, et son clip réalisé en stop-motion par Lucas David, posent les bases électroniques de Prey/IV. Baby Teeth et son tempo plus rapide ont tout emporté sur leur passage. « J’aime faire des chansons sur lesquelles ont peut danser quand on est triste », explique Alice Glass. Baby Teeth en est la preuve.

Prey/IV, Alice Glass (Eating Glass Records), 7 euros (MP3 sur Bandcamp : https://aliceglass.bandcamp.com/album/prey-iv).

Love of Plastic

Shinichi Atobe

Clubs. En juillet 2020, le Japonais Shinichi Atobe a sorti Yes, un album teinté de house music. Dix-huit mois plus tard, il est de retour avec Love of Plastic qui constitue son sixième album publié chez DDS. Les 9 titres qu’il déploie dans Love of Plastic s’autorisent toutes les libertés. Après une brève ouverture, Love of Plastic 1 annonce immédiatement la couleur, celle du dance floor et des clubs. Plus sautillant, Love of Plastic 8 se démarque par un rythme plus enlevé, et se déroule, comme une invitation au voyage. Mention spéciale à Love of Plastic 5, un titre porté par des nappes de synthés et des percussions qui claquent à l’infini. Dans un style davantage house, Love of Plastic 6 est aussi raffiné qu’élégant. Enfin, Severina et son rythme techno grandissent de minute en minute, et viennent magistralement clore ce disque, que les amoureux des clubs écouteront en boucle.

Love of Plastic, Shinichi Atobe (DDS), 7 euros (MP3 sur Junodownload : https://www.junodownload.com/products/shinichi-atobe-love-of-plastic/5432296-02/), 28,50 euros (vinyle).

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