mardi 28 avril 2026
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Culture Sélection de janvier 2026

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Dans Culture Sélection, Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coups de cœur Blu-rays, livres, bandes-dessinées et musique.


Left-Handed Girl de Ede Shih-Ching Tsou

Taipei. Avec Left-Handed Girl, Shih-Ching Tsou signe un premier long métrage sensible. Situé à Taipei, ce film explore les tensions d’une famille recomposée confrontée à la précarité urbaine. Le récit suit une mère célibataire et ses deux filles, prises entre survie économique et quête d’émancipation, dans une ville filmée à hauteur d’humain. La mise en scène privilégie une approche naturaliste : caméra discrète, observation du quotidien, avec une attention portée aux gestes et aux silences. Ce film interroge les rapports de domination, sociaux, familiaux, genrés, sans forcer le trait, ni céder au larmoyant. Shih-Ching Tsou a longtemps travaillé comme productrice, notamment avec Sean Baker sur Tangerine (2015), The Florida Project (2017) et Red Rocket (2021). Ici, la figure de la fille gauchère devient un symbole de décalage et de résistance face aux normes. Porté par des interprétations sobres, Left-Handed Girl trouve sa force dans sa retenue.

Left-Handed Girl de Shih-Ching Tsou, avec Janel Tsai, Nina Ye, Shi-Yuan Ma (TAI/USA/GB/FRA, 2025, 1 h 49), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray).

Put Your Soul on Your Hand and Walk de Sepideh Farsi

Témoignage. Avec Put Your Soul on Your Hand and Walk, Sepideh Farsi signe un documentaire frontal et dépouillé, construit à partir d’échanges vidéo avec la photojournaliste palestinienne Fatima Hassouna, bloquée dans la bande de Gaza pendant les bombardements israéliens. Refusée à l’entrée du territoire, la cinéaste fait de l’écran de smartphone le dispositif central de son film. Les images instables, la qualité sonore imparfaite et l’absence de médiation renforcent la force du témoignage. Ce film dépasse le simple journal de guerre pour dessiner le portrait lumineux d’une jeune femme déterminée à documenter la violence, sans renoncer à la vie. Présenté à l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion (ACID) à Cannes en 2025, ce documentaire fait de cette correspondance une archive politique et mémorielle essentielle.

Put Your Soul on Your Hand and Walk de Sepideh Farsi (PAL/IRA, 2025, 1 h 50), documentaire, 19,99 euros (DVD seulement, pas de sortie blu-ray).

L’invasion de Sergei Loznitsa

Occupation. Avec L’invasion, Sergei Loznitsa filme la guerre en Ukraine presque exclusivement en plans fixes. Ce réalisateur ukrainien parvient à capturer le chaos et l’absurdité de l’occupation militaire, en mêlant images de combat, convois et civils pris dans la tourmente. Dépouillée de tout artifice dramatique, chaque séquence construit une tension sourde, qui reflète l’ampleur de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, sans recourir à la fiction. Sa caméra scrute les gestes quotidiens bouleversés par la violence, révélant l’incompréhension et la résilience des populations. Sobriété narrative, montage rigoureux et usage minimal du son immersif offrent une expérience documentaire puissante, où l’émotion naît de la simple observation. L’invasion confirme Loznitsa comme un témoin critique de notre temps, mêlant humanité et rigueur analytique dans ce portrait d’une guerre moderne.

L’invasion de Sergei Loznitsa (UKR, 2025, 2 h 25), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray). Sortie le 3 février 2026.

Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson

Révolutionnaire. Dans Une bataille après l’autre, Paul Thomas Anderson transforme la traque de militants des années 1970 en farce tragi-comique. Les tensions raciales et politiques se mêlent à des situations absurdes, où l’idéologie se heurte à l’impuissance et au ridicule des personnages. Fidèle à son style, Anderson articule humour noir et drame familial, tout en explorant la violence révolutionnaire et ses héritages sur les générations suivantes. Entre spectacle grandiloquent et ironie subtile, ce film confirme sa capacité à mêler polyphonie narrative, satire sociale et comédie décalée, pour peindre un tableau crépusculaire de l’Amérique contemporaine. Comme dans There Will Be Blood (2007), Anderson explore l’extrême solitude de ses personnages face à un monde qui les dépasse. Le chaos burlesque de Licorice Pizza (2021), n’est jamais très loin non plus.

Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson, avec Leonardo DiCaprio, Sean Penn, Chase Infiniti, (USA, 2025, 2 h 42), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (Blu-ray), 34,99 (Blu-ray 4K). Sortie le 4 février 2026.

Bartleby & moi de Gay Talese

Journalisme. Gay Talese est un journaliste et écrivain américain, né en 1932, pionnier du « New journalism ». Il est reconnu pour ses portraits littéraires et ses enquêtes sur la vie urbaine et les marges de la société. Dans Bartleby & moi, Gay Talese évoque sa carrière et l’écriture journalistique. À travers ce récit hybride, il revisite les figures discrètes de la ville et les parcours marginaux, en écho à la nouvelle de Herman Melville (1819-1891), Bartleby le scribe (1951). Dans ce livre, il mêle souvenirs professionnels et réflexions sur le journalisme littéraire. Alternant anecdotes et analyses, Bartleby & moi met en lumière la tension entre réalité et interprétation, tout en offrant une lecture structurée autour de l’expérience new-yorkaise de Gay Talese. Plus qu’une simple autobiographie, cet ouvrage éclaire la pratique d’un journalisme centré sur l’humain et la mémoire collective, sans pathos, ni jugement.

Bartleby & moi de Gay Talese (Les éditions du sous-sol), 304 pages, 24,50 euros.

Diables blancs de James Robert Baker

Satire. Dans Diables blancs, James Robert Baker (1946-1997), écrivain américain connu pour son humour noir et sa critique sociale, suit Tom Dunbar, un auteur à succès dont le deuxième livre échoue, entraînant lui et sa femme Beth dans une crise financière. Leur recours au père de Beth, écrivain prospère, échoue, déclenchant une dérive psychologique. Baker explore la pression du succès littéraire, la quête de reconnaissance et les contradictions d’une élite culturelle. Entre introspection et confrontation aux limites humaines, cette satire sociale dépasse le simple thriller pour interroger les structures sociales qui façonnent les ambitions et les désillusions des artistes. Diables blancs est un récit corrosif du monde littéraire, où la quête de survie matérielle se mêle à une exploration des zones d’ombre de l’ego créatif. James Robert Baker nous invite à réfléchir sur les structures sociales qui façonnent les aspirations et le désenchantement des artistes.

Diables blancs de James Robert Baker (Monsieur Toussaint Louverture), 288 pages, 20,90 euros.

Le Champ des méduses d’Oto Oltvanji

Non-dits. Le Champ des méduses d’Oto Oltvanji plonge le lecteur dans une intrigue qui mêle polar et mémoire collective. L’enquête suit un ancien journaliste à la recherche d’une femme disparue depuis dix ans, entre Belgrade et la côte istrienne, où secrets familiaux et complicités silencieuses tissent une toile plus que dense. Oto Oltvanji explore les effets du passé sur le présent, en soulignant la lenteur des institutions et les ambiguïtés morales de ses personnages. La traduction restitue fidèlement l’atmosphère austère et précise du texte, offrant un récit immersif où enquête, critique sociale et observation historique se conjuguent pour dresser le portrait d’une société marquée par les non-dits. Le Champ des méduses confirme cet auteur serbe dans le rôle d’un observateur attentif des dynamiques sociales et historiques, grâce à ce roman policier où enquête et réflexion se rejoignent.

Le Champ des méduses d’Oto Oltvanji (traduit du serbe par Slavica Plantic-Lew, (Agullo), 384 pages, 14 euros (format numérique), 22,90 euros (format « papier »).

Hurlevent d’Isabella Mazzanti

Landes. Alors que sortira au cinéma le 18 février 2026 Hurlevent de Emerald Fennell avec Margot Robbie et Jacob Elordi, on peut se plonger dans la très belle bande dessinée éponyme d’Isabella Mazzanti. Publié au éditions Gallimard – Papillon noir, ce roman graphique réinterprète le roman culte d’Emily Brontë (1818-1848), dans une édition qui brille par son élégance. L’illustratrice italienne investit pleinement l’univers de Wuthering Heights, magnifiant la tragédie romantique et la violence émotionnelle du texte original. Sur les landes balayées par le vent, la passion destructrice entre Catherine Earnshaw et Heathcliff trouve une puissante résonance visuelle. A la fois baroque, expressionniste, et parfois proche de l’onirisme, le style d’Isabella Mazzanti parvient à saisir la noirceur des sentiments et la dureté des relations humaines. Entre tension narrative et images saisissantes, elle parvient à sublimer l’intensité dramatique de ce récit.

Hurlevent d’Isabella Mazzanti (Gallimard – Papillon noir), 336 pages, 39 euros.

Des filles normales de Manon Debaye

Emprise. Dans Des filles normales, Manon Debaye s’attache à un moment de glissement : celui où l’admiration se transforme en dépendance. L’amitié intense de trois adolescentes est mise à l’épreuve par l’irruption d’une figure adulte charismatique, une star du rock, dont l’influence révèle progressivement sa dimension toxique. Le récit privilégie l’observation et la retenue, laissant les tensions s’installer par touches successives. Le dessin, discret et sensible, accompagne cette dérive en donnant corps aux fragilités intimes des personnages. Cet album s’inscrit dans la continuité de La Falaise (2021), où l’autrice explorait déjà les failles et les points de rupture. Ici, elle déplace son regard vers l’adolescence et ses vulnérabilités spécifiques, articulant récit intime et réflexion sur les rapports de pouvoir. Des filles normales confirme l’attention constante que Manon Debaye porte aux seuils et aux passages vers l’âge adulte.

Des filles normales, de Manon Debaye, (Sarbacane), 208 pages, 26 euros.

Essex Honey Blood Orange

Vulnérabilité. Avec son sixième album depuis Coastal Grooves (2011), Blood Orange explore les émotions et les vies en marge, en mêlant pop raffinée et soul moderne. D’une précision presque chirurgicale, la production conjugue nappes électroniques et percussions discrètes pour sublimer des textes centrés autour de l’identité, la vulnérabilité et la solitude urbaine. Fragile mais assurée, sa voix navigue entre mélancolie et éclats de lumière, alors que chaque silence ou note suspendue se transforme en un vecteur de tension subtile. L’ensemble peut dérouter par son minimalisme contemplatif, mais c’est précisément là que réside la force de Devonté Hynes. Essex Honey est un disque exigeant, intime et profondément contemporain, qui confirme Blood Orange comme un architecte sonore capable de fusionner émotion brute et sophistication musicale.

Essex Honey, Blood Orange (RCA Records/Domino), 16,99 euros (CD), 29,99 euros (vinyle).

Paranormal Music Chamber JB Dunckel

Subtil. Avec Paranormal Music Chamber, Jean-Benoît Dunckel, moitié du duo mythique Air avec Nicolas Godin, revisite les mélodies délicates de son premier album solo pour piano, Paranormal Musicality (2024), réinventées cette fois pour un quintette à cordes. Il s’associe à Harry Allouche pour créer de nouveaux arrangements interprétés par cinq musiciens de l’orchestre de l’opéra national de Paris. Le disque oscille constamment entre légèreté et tension introspective, entre modernité électronique et élégance classique. Les textures aériennes et mélancoliques, signatures de JB Dunckel, dialoguent avec les cordes dans un équilibre subtil. Accessible sans être simpliste, Paranormal Music Chamber confirme la capacité de cet artiste à innover, tout en restant fidèle à l’univers feutré et contemplatif d’Air. Le minimalisme du piano débouche sur une très élégante expérience orchestrale, dans laquelle il faut se plonger sans hésiter.

Paranormal Music Chamber, JB Dunckel (Warner Classics), 15,99 euros (CD).

When A Flower Doesn’t Grow Softcult

Indie-rock. Après quatre EP, dont le premier Year of the Rat sorti en 2021, voici le premier album studio de Softcult. Avec When A Flower Doesn’t Grow, les jumelles canadiennes Mercedes Arn-Horn et Phoenix Arn-Horn affinent leur univers shoegaze teinté de grunge et de dream pop, oscillant entre mélancolie rugueuse et mélodies cristallines. Ce duo originaire de Kitchener (Ontario) déploie des guitares saturées et des nappes atmosphériques qui cohabitent avec des lignes vocales éthérées, pour explorer des thématiques adolescentes universelles : anxiété, identité et rupture. Chaque morceau fluctue entre urgence et introspection, donnant à l’ensemble une vraie cohérence émotionnelle. Sobre mais précise, la production met en valeur la tension, entre énergie brute et fragilité des textes. When A Flower Doesn’t Grow confirme Softcult comme un acteur majeur de la scène indie-rock actuelle, capable d’allier authenticité et sophistication sonore, tout en offrant une écoute immersive, qui reste longtemps en tête.

When A Flower Doesn’t Grow, Softcult (Easy Life), 15,30 euros (CD), 37 euros (vinyle).

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