Dans Culture Sélection, Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coups de cœur Blu-rays, livres, bandes-dessinées et musique.
Brief History of a Family de Jianjie Lin
Famille. Pour son premier long‑métrage, le réalisateur chinois Lin Jianjie raconte l’histoire de Wei, fils unique d’une famille aisée, et de Shuo, un camarade de classe discret, au passé difficile. Quand Shuo s’intègre progressivement au foyer de Wei, l’équilibre familial vacille, révélant jalousies, attentes insatisfaites et fragilités enfouies. À travers une mise en scène rigoureuse, Lin dépeint ce foyer comme un objet d’étude, soulignant les tensions d’un modèle familial fragilisé, dans la Chine post‑politique de l’enfant unique. Ce drame métaphorique interroge le poids des attentes sociales, la solitude affective et la fragilité des liens familiaux, même dans l’aisance matérielle, tout en explorant les non-dits et les émotions retenues qui pèsent sur chaque personnage. Passionnant.
Brief History of a Family de Jianjie Lin, avec Zu Feng, Xilun Sun, Ke-Yu Goo (CHI/FRA/DAN/QAT, 2025, 1 h 40), 14,99 euros (DVD seulement, pas d’édition Blu-ray). Sortie le 6 janvier 2026.
Alpha de Julia Ducournau
Marbre. Présenté à Cannes en mai 2025, Alpha (2025) est le troisième long-métrage de Julia Ducournau, qui en signe également le scénario. Le film suit Alpha, une adolescente de 13 ans qui vit seule avec sa mère médecin dans une ville portuaire des années 1980–1990. Après un tatouage, elle craint d’avoir contracté un virus mortel qui transforme peu à peu les malades en statues de marbre. Le récit explore la peur, le rejet social et l’angoisse liée à la maladie, incarnée par l’oncle séropositif d’Alpha. Ducournau adopte une approche sensorielle et sensible, où le corps malade devient une relique. Ce film interroge la stigmatisation, le traumatisme collectif, le deuil et le silence autour de la souffrance, tout en privilégiant un regard sur le passé et la mémoire, plutôt que le spectaculaire. A ne pas rater.
Alpha de Julia Ducournau, avec Mélissa Boros, Tahar Rahim, Golshifteh Farahani (FRA/BEL, 2025, 2 h 08), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray). Sortie le 6 janvier 2026.
It Feeds de Chad Archibald
Maléfique. Sorti en 2025, It Feeds est un film d’horreur canadien écrit et réalisé par Chad Archibald. L’intrigue suit Maddie, une adolescente troublée, qui pense être la cible d’une entité surnaturelle. Elle se tourne vers Cynthia Winstone, une thérapeute clairvoyante, et sa fille Jordan, pour comprendre et affronter cette présence maléfique. Au fil de l’histoire, ce film explore les traumatismes personnels et familiaux, alors que l’entité gagne en puissance. Les effets spéciaux et la mise en scène visuelle créent une atmosphère anxiogène. Chad Archibald parvient à déployer une ambiance inquiétante, même si certains “jump scares” [sursauts de peur — NDLR] sont parfois un peu trop prévisibles. Mais It Feeds privilégie la tension psychologique et le surnaturel à l’innovation narrative ou au spectaculaire, et c’est là qu’il séduit le plus.
It Feeds de Chad Archibald, avec Ashley Greene Khoury, Shawn Ashmore, Mark Taylor (CAN, 2025, 1 h 41), 14,99 euros (DVD), 16,99 euros (Blu-ray). Sortie le 21 janvier 2026.
Sirāt d’Oliver Laxe
Electronique. Sirāt est un road-movie écrit et réalisé par Oliver Laxe, co‑écrit avec Santiago Fillol. Le film suit Luis (Sergi Lopez) et son fils Esteban (Bruno Nunez Arjona), partis à la recherche de la fille aînée de Luis, disparue lors d’une fête techno au Maroc. Leur quête traverse l’Atlas et le désert et elle devient une errance initiatique, où la musique électronique joue un rôle central, immergeant le spectateur au milieu des raveurs, des rythmes qui pulsent, et des atmosphères hallucinées. Tourné en 16 mm, ce film privilégie un style sensoriel et minimaliste, combinant lumière crue et de jolies sonorités immersives, signées Kangding Ray. Présenté à Cannes en 2025, Sirāt explore la perte, le deuil, la mémoire et la fragilité des êtres face à la nature, tout en intégrant la musique comme un moteur narratif et émotionnel.
Sirāt d’Oliver Laxe, avec Sergi Lopez, Bruno Nunez Arjona, Richard Bellamy (ESP/FRA, 2025, 1 h 54), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray), NC (Blu-ray 4K). Sortie le 23 janvier 2026.

Daho, une vie en chansons de Sébastien Monod
Pop. Après Dahovision(s) (2021) et Étienne Daho – L’attraction des arts (2023), Sébastien Monod est de retour avec un nouveau livre consacré à Etienne Daho, qui fêtera ses 70 ans le 14 janvier 2026. Cette fois, il retrace la carrière de cette icône de la pop française à travers l’analyse d’une quarantaine de chansons. Ce livre se concentre sur la genèse de ces titres, les collaborations et les contextes de production. Il offre ainsi une chronologie musicale de Cow-boy (1981) au Phare (2023), enrichie d’anecdotes et de détails biographiques. Cette démarche très documentée permet de mieux comprendre l’évolution artistique de Daho. Avec Daho, une vie en chansons, ses fans auront entre les mains une synthèse aussi accessible que structurée pour mieux comprendre la trajectoire et le travail de celui que l’on surnomme « le parrain de la pop ».
Daho, une vie en chansons de Sébastien Monod (Hugo Publishing), 256 pages, 12,99 euros (livre numérique), 17,50 euros (format « papier »).

Le Dictionnaire du Cinéma Japonais sous la direction de Pascal-Alex Vincent
Densité. Le Dictionnaire du Cinéma Japonais est de retour, dans une version « revue et augmentée » qui mérite que l’on s’y attarde. En effet, cet ouvrage ambitionne de proposer une vue d’ensemble d’une filmographie parmi les plus riches du monde. Le Dictionnaire du Cinéma Japonais se distingue par son amplitude : des maîtres classiques aux cinéastes contemporains, en passant par les studios et les mouvements souvent négligés. Cette exhaustivité revendiquée s’accompagne toutefois d’inégalités : certaines notices se révèlent précises et éclairantes, alors que d’autres restent trop brèves pour parvenir à réellement saisir la complexité des œuvres évoquées. Néanmoins, l’ensemble demeure une porte d’entrée solide sur un sujet d’une densité folle. Et c’est déjà beaucoup.
Le Dictionnaire du Cinéma Japonais, édition revue et augmentée, sous la direction de Pascal-Alex Vincent (Carlotta), 344 pages, 20 euros.

Italie mythique de Laura Zavan
Gastronomique. Pour cette fin d’année 2025, Laura Zavan, propose un voyage culinaire à travers un pays souvent figé dans des images d’Épinal. Autrice et styliste culinaire italienne, Laura Zavan est installée en France depuis les années 1990. Originaire de Trévise, elle s’est spécialisée dans la cuisine italienne, qu’elle transmet à travers des livres, des ateliers et des collaborations éditoriales. Riche de 224 pages, ce livre alterne 80 recettes régionales et portraits de producteurs, cherchant à restituer une Italie aussi authentique que possible. Si la qualité iconographique et le sens du détail séduisent, l’approche reste parfois très classique, s’appuyant sur des récits déjà largement explorés dans d’autres éditions gastronomiques. Mais ce livre convainc toutefois par sa rigueur et par sa volonté de contextualiser chaque plat, même si l’ensemble aurait peut-être mérité une plus grande prise de risque.
Italie mythique de Laura Zavan (Mango éditions), 224 pages, 27,95 euros.

Plus jamais je ne visiterai Auschwitz d’Ari Richter
Précieux. Le roman graphique d’Ari Richter Plus jamais je ne visiterai Auschwitz retrace quatre générations d’une famille juive, de l’Allemagne d’avant-guerre à l’Amérique contemporaine. Cet ouvrage mêle mémoire familiale et mémoire collective de la Shoah, en suivant un fil chronologique clair. Sobre et lisible, le graphisme soutient le récit, sans tomber dans le pathos. Ari Richter raconte la vie de ses grands-parents, tout en se questionnant sur ce devoir de mémoire qui lui incombe. Les événements historiques se croisent avec les destins individuels, offrant au lecteur une lecture à la fois intime et documentée. Accessible et structuré, ce livre précieux explore la transmission du souvenir et la persistance de l’histoire à travers les générations, en privilégiant la narration factuelle et la restitution fidèle des expériences familiales et collectives.
Plus jamais je ne visiterai Auschwitz d’Ari Richter (Delcourt), 264 pages, 15 euros.

Gatsby le Magnifique de Benjamin Lacombe
1920. Ce mois-ci, Gatsby le Magnifique (1925), le roman de l’écrivain américain Francis Scott Fitzgerald (1896-1940), est à redécouvrir, présenté dans une édition très joliment illustrée par Benjamin Lacombe. A la tête de la collection Papillon noir chez Gallimard, cet illustrateur français poursuit sa relecture des grands classiques littéraires. Si le texte original est inchangé, les illustrations apportent une nouvelle interprétation visuelle de l’Amérique des années 1920 et des fêtes fastueuses de Jay Gatsby. Le roman suit le narrateur, témoin des illusions et des tragédies du rêve américain, à travers le destin de Gatsby et son obsession pour Daisy. Les images de Benjamin Lacombe accentuent l’atmosphère du récit, permettant à un lectorat qui se détourne de la lecture de se plonger plus facilement dans cette œuvre magistrale. Un coup de jeune bienvenu, en somme.
Gatsby le Magnifique de Benjamin Lacombe (Gallimard – Papillon noir), 176 pages, 33 euros.

Memento Mori : Mexico City Depeche Mode
Inédits. Memento Mori : Mexico City capture le meilleur des trois concerts donnés par Depeche Mode au stade Foro Sol de Mexico, lors de leur tournée Memento Mori World Tour 2023. Cet album “live”, disponible en CD, vinyles, DVD et Blu-rays, compile 24 titres de ce concert, à partir des enregistrements réalisés les 21, 23 et 25 septembre 2023. Quatre morceaux inédits tirés des sessions studio de Memento Mori (2023) ont été inclus, et ils apportent un vrai plus : Survive, Life 2.0, Give Yourself To Me et In The End. Le coffret vinyle qui réunit quatre disques, est un très bel objet : photos “live” et pressage soigné, il devrait plaire aux fans et aux collectionneurs. L’édition qui propose deux Blu-rays et deux CD, offre, en plus du concert audio et vidéo, le très bon film Depeche Mode : M (2025), signé Fernando Frías de la Parra. Quel que soit le format, foncez.
Memento Mori : Mexico City, Depeche Mode (Columbia Records), 52,95 euros (2 Blu-rays et 2 CD), 93,95 euros (4 vinyles).

Tremor Daniel Avery
Voyage. Avec Tremor, Daniel Avery signe un album où l’électronique rencontre des textures organiques et “shoegaze”. Au total, ce nouveau disque propose treize titres, qui incluent des collaborations avec Alison Mosshart, bdrmm, Yeule ou Cecile Believe. Cette approche permet d’explorer des ambiances techno, ambient, et de profiter de guitares vaporeuses. Ce disque, le sixième depuis Drone Logic (2013), navigue avec bonheur entre atmosphères immersives et rythmes hypnotiques, alternant plages planantes et morceaux plus denses. Des titres comme Greasy off the Racing Line ou le planant Haze illustrent cette logique. Tremor témoigne de la volonté de Daniel Avery de renouveler son univers musical. Avec ce disque, il nous convie à un voyage sonore intense, à la croisée de l’électro et du rock contemplatif. Et cela, pour notre plus grand bonheur.
Tremor, Daniel Avery (Domino Records), 14,99 euros (CD), 28,99 euros (vinyle).

String of Hearts HTRK
Relecture. Formé en 2003 et composé de Jonnine Standish au chant et de Nigel Yang, le duo australien HTRK est de retour. Leur univers mêle post‑punk, shoegaze et électronique expérimentale. Depuis leur premier album Marry Me Tonight (2009), ils séduisent en s’appuyant sur des atmosphères sombres et des compositions minimalistes. Depuis Rhinestones (2021), on attendait une suite, et elle arrive ce mois-ci, avec String of Hearts (2025). Il ne s’agit pas de nouveaux titres, mais d’une compilation de reprises et de remixes, retravaillés par d’autres artistes, des amis, et des collaborateurs : Sharon Van Etten, Perila, Kali Malone et Stephen O’Malley, Double Virgo, Coby Sey, Laura Jean, Leya, et Liars, entre autres. Les versions proposées oscillent entre fidélité aux compositions originales et transformations radicales, ce qui offre une lecture renouvelée de l’univers de HTRK, en attendant la sortie de leur prochain album.
String of Hearts, HTRK (Ghostly International), 7 euros (format numérique seulement).



