À l’occasion du 39ème meeting Herculis à Monaco, les équipes d’Omega Timing, le chronométreur officiel de la Ligue de diamant, ont dévoilé à la presse les coulisses leur travail minutieux, où chaque victoire est mesurée grâce au déploiement d’une technologie de pointe.
Imaginez un peu : une caméra capable de prendre 40 000 photos à la seconde — 40 000, vous avez bien lu — située à la ligne d’arrivée d’une compétition d’athlétisme, le 39ème meeting Herculis de Monaco, en l’occurence. Imaginez que ces photos aient une résolution d’image passant de 2 000 à 4 000 pixels, donc très nettes, et que ce bijou de technologie soit associé à une équipe technique pour qui les mots « précis » et « infaillibles » font partie du vocabulaire. Si les résultats de ce dernier Herculis étaient si précis, le 11 juillet 2025 au stade Louis II, et si des records ont pu être mesurés au millième de secondes, c’est, en grande partie, grâce au travail des chronométreurs d’Omega Timing, filiale de l’horloger suisse de luxe. Avec eux, peu de place au doute : depuis 1932, et les Jeux olympiques (JO) de Los Angeles, la maison suisse est garante du temps dans les plus grandes compétitions dont le golf, la natation, la voile et même le bobsleigh, cher au prince Albert II. Au meeting Herculis, ce concentré de technologie, homologué au préalable par la fédération française d’athlétisme, s’est concrétisé à hauteur d’une tonne et demi de matériel, 22 personnes déployées et un réseau d’outils interconnectés, où chaque donnée, chaque impulsion, chaque centième de seconde était capté, enregistré, et validé.
Pistolet connecté
C’était le cas dès la ligne de départ : exit la poudre du pistolet à blanc, celui-ci est électronique depuis 2010 et les JO de Vancouver. Relié à la sonorisation du stade, il émet un signal sonore simultané dans les enceintes placées derrière chaque starting-block. L’instant où la gâchette est pressée enclenche, en parallèle, le chronomètre officiel et les caméras de ligne d’arrivée. « Nous sommes présents, de A à Z, sur toute la chaîne, de la mesure jusqu’à l’affichage des résultats à la télévision pour les commentateurs », explique Alain Zobrist, directeur général d’Omega Timing, qui a convié la presse dans les coulisses de la chronométrie du meeting, quelques heures avant le début des compétitions.
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Et qui dit « chronométrie » dit sens du détail et de l’infiniment petit. Dans chaque plot de départ, un capteur de force mesure, 2 000 fois par seconde, la poussée exercée par l’athlète. Le temps de réaction est ainsi calculé au moment précis où la pression augmente. En deçà de 0,1 seconde, la disqualification est automatique. Les juges peuvent consulter la courbe de force, et les athlètes, eux-mêmes, s’y réfèrent souvent. Les cale-pieds, quant à eux, sont ajustés en fonction de la morphologie de chaque coureur.
Un capteur… de vent
Même le sens du vent n’est pas laissé au hasard. Quelques mètres avant la ligne, un capteur de vent contrôle en effet les conditions de course. Il a toute son importance car, au-delà de + 2,0 m/s, les performances ne sont pas homologuées. Puis, entrent en scène les fameuses caméras photo-finish à la ligne d’arrivée. À Monaco, il y en avait trois de mobilisées. Une caméra principale, une autre de secours et une dernière positionnée au sol. Il faut environ trois secondes pour analyser le passage d’un athlète ensuite, comme le précise Alain Zobrist. Le vainqueur de la course est déterminé à partir du point le plus avancé du torse, et rien d’autre : ni les bras, ni de la tête. Pour les distinguer, des petits repères noirs, au sol, permettent de distinguer les couloirs sur l’image.

L’improbable ex aequo
Impossible, compte tenu de cette technologie, d’obtenir des résultats ex aequo ? « Non », assurent les ingénieurs d’Omega Timing, mais c’est fortement improbable : « Lors de la finale olympique du 100 m aux JO de Paris, Noah Lyles et Kishane Thompson ont été départagés par cinq millièmes de seconde seulement, mais cela correspond à 5,6 centimètres sur nos écran », rappelle leur directeur général. À l’œil nu, bien sûr, cet écart serait invisible. D’ailleurs, ce ne sont pas les cellules photoélectriques de ces appareils qui indiquent le vainqueur. Celles-ci servent uniquement à déclencher l’arrêt du chronomètre en temps réel pour l’affichage au public et aux diffuseurs. Toutes ces données sont traitées en régie, dans une cabine silencieuse, située en hauteur de la piste, face à la ligne d’arrivée. Sur trois écrans, chaque chronométreur scrute les images des caméras et place lui-même, manuellement, un curseur sur le point le plus avancé du torse du coureur. Un opérateur, en accord avec l’arbitre, valide ensuite définitivement le résultat. Ce n’est pas tout : autour de la piste, seize antennes délimitent la position exacte des coureurs grâce à une puce RFID, une puce de radio-identification, incrustée dans leur dossard. Ces données serviront à alimenter les statistiques diffusées en direct, entre vitesses, écarts, trajectoires, et phases d’accélération. Pour les concours, des caméras de mesure millimétriques sont même utilisées au saut en longueur, au triple saut ou au lancer de poids. Javelot et marteau sont suivis par des tripodes laser. Seul souvenir « classique » d’un autre temps : l’immuable cloche du dernier tour reste, elle, actionnée à la main.



