mercredi 29 avril 2026
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Radio Monte-Carlo : l’émetteur de Roumoules a fêté son 50ème anniversaire

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Mercredi 11 septembre 2024, le cinquantième anniversaire du centre émetteur de Roumoules (Alpes-de-Haute-Provence) a été commémoré, en présence du prince Albert II. Une belle occasion de revenir sur l’histoire de cet équipement « qui a fait entrer Radio Monte-Carlo dans une nouvelle ère », explique Jean-Charles Allavena, fils de l’ancien directeur technique de la radio monégasque.

Sans Roumoules, que serait Radio Monte-Carlo (RMC) ? À cette question, Jean-Charles Allavena, fils de Lucien Allavena (1930-2018), ancien directeur technique de la station de radio monégasque, apporte une réponse franche : « L’émetteur de Roumoules, construit en 1974, a clairement fait entrer RMC dans une nouvelle ère. Pensez donc, avant sa construction sous l’impulsion de mon père, RMC était surtout connue comme une radio du sud, limitée par ses émetteurs du col de la Madone — situés au-dessus de Monaco. La couverture de RMC atteignait à peine Lyon au nord, et s’étendait à l’ouest jusqu’à Montpellier, formant un arc qui excluait une grande partie du territoire français. Avec Roumoules, RMC est allé jusqu’à Paris et même au-delà, devenant une radio nationale. Cela a eu un impact direct sur l’audience et sur les recettes publicitaires. »

Il n’était donc pas surprenant de voir, mercredi 11 septembre 2024, de nombreuses personnalités assister à la commémoration du cinquantième anniversaire de l’émetteur de Roumoules. Le préfet des Alpes-de-Haute-Provence, Marc Chappuis, le maire de Roumoules, Gilles Megis, Claude Cottalorda et Jean-Charles Allavena — respectivement président et vice-président de Monaco Media Diffusion —, ainsi que le frère de ce dernier, l’homme d’affaires Jean-Luc Allavena. Sans oublier le prince Albert-II, qui a dévoilé une plaque commémorative, et Jean-Pierre Foucault, ancien animateur de la radio.

Radio Monte-Carlo RMC Roumoules
© Photo Michael Alesi / Direction de la Communication

Des accords avec l’État français

Si la construction de cette structure méritait d’être célébrée, c’est parce qu’elle a concrétisé « plusieurs mois et années d’efforts » menés par Lucien Allavena. En effet, au début des années 1970, la radiodiffusion en France était sous monopole d’État, ce qui empêchait une station de diffuser librement depuis le territoire français. Les grandes radios périphériques, comme RTL, Europe 1 ou encore Sud Radio, diffusaient alors depuis des pays étrangers : RTL depuis le Luxembourg, Europe 1 depuis l’Allemagne et Sud Radio depuis Andorre. RMC, quant à elle, diffusait depuis Monaco. « Il était donc délicat d’installer un émetteur en France, souligne Jean-Charles Allavena. Il a fallu trouver un accord avec l’État français. La France et Monaco ont négocié, et trouvé, quelques astuces diplomatiques pour contourner ce monopole, tout en s’appuyant sur les liens historiques entre les deux États, et en évitant de perturber le monopole de la radiodiffusion en France. » La nécessité de trouver un accord avec l’État français n’est pas la seule difficulté à laquelle a dû faire face Lucien Allavena. « Forcément, on ne peut pas émettre des ondes radiophoniques depuis n’importe où, rappelle Jean-Charles Allavena. Mon père a mené les recherches nécessaires pour identifier un site adéquat et superviser sa construction. Roumoules se distingue par sa situation géographique particulière, un plateau dans les Alpes-de-Haute-Provence offrant des conditions optimales pour installer des antennes de grande envergure, un des rares endroits plats dans la région sud-est. Roumoules, c’est le bébé de mon père. »

Radio Monte-Carlo RMC Roumoules
© Photo Michael Alesi / Direction de la Communication

« L’émetteur de Roumoules, construit en 1974, a clairement fait entrer RMC dans une nouvelle ère »

Jean-Charles Allavena

Ainsi, si Roumoules a retenu davantage l’attention que d’autres communes qui avaient été pressenties, c’est notamment parce que le projet nécessitait un terrain de 150 hectares. En consultant les relevés cadastraux, les équipes de Lucien Allavena ont en effet constaté que la plupart des terrains agricoles qui constituaient les diverses parcelles potentielles appartenaient au même propriétaire : la municipalité. De bon augure en vue des négociations pour une acquisition. De fait, l’accord fut rapidement trouvé avec le maire et le conseil municipal de Roumoules. Il faut dire que l’affaire était alléchante : comment refuser l’installation d’une entreprise — à l’écart du village qui plus est —, qui ne produit ni déchets polluants, ni fumées, qui ne génère pas de va-et-vient de camions ou d’engins, et qui se présente sous un label prestigieux, celui d’une entreprise monégasque ? « Roumoules était d’autant plus destinée à accueillir l’émetteur de RMC que la commune est très liée à l’histoire de la principauté, s’amuse Jean-Charles Allavena. La baronnie de Roumoules appartenait en effet aux Grimaldi-Régusse au XVIIème siècle. Un panneau a d’ailleurs été installé par le prince Albert II à l’entrée du village, signifiant l’appartenance de Roumoules au réseau des sites historiques Grimaldi de Monaco. »

« L’implantation de RMC vit aussi l’arrivée de techniciens et de leurs familles dont certaines s’installèrent sur le village. Leurs enfants permirent de sauver l’école dont la classe unique risquait de fermer »

Gilles Megis. Maire de Roumoules

20 mois de travaux

Entamés au début de l’année 1973, les travaux dureront près de 20 mois, avant que l’émetteur ne soit mis en service le 14 juillet 1974. Un chantier titanesque, qui a impliqué la construction d’infrastructures complexes, avec notamment des tranchées pour installer des réseaux de câbles souterrains en cuivre. Mais, au-delà de l’aspect technique, l’évocation de cet émetteur ravive, pour Jean-Charles Allavena, des souvenirs personnels et familiaux : « Je me souviens être monté dans les pylônes, avec mon père, mon frère Jean-Luc et les techniciens de RMC. C’était impressionnant, surtout pour un adolescent comme moi. Et l’idée d’avoir assisté à la construction d’un équipement qui a marqué l’histoire de la radio monégasque est plus que plaisante. » Du côté de la mairie de Roumoules, on avoue volontiers que cette implantation a profondément marqué cette commune qui comptait 735 habitants en 2021. « L’implantation de RMC vit aussi l’arrivée de techniciens et de leurs familles dont certaines s’installèrent sur le village, se souvient, pour sa part, Gilles Megis, maire de Roumoules. Leurs enfants permirent de sauver l’école dont la classe unique risquait de fermer. Au contraire, les effectifs augmentèrent par la suite, permettant d’ouvrir une deuxième, une troisième, puis une quatrième classe. […] Notre commune gagna aussi en renommée. Dans le département et même dans la région, lorsqu’on parle de Roumoules, les gens y associent tout de suite les antennes de RMC. Il y aussi, pour toujours, le souvenir des animations proposées lors de la fête du village au mois d’août, où Jean-Pierre Foucault, et tant d’autres, tenaient la vedette. Depuis 50 ans, il y a eu des évolutions. Les habitudes changent, la radio a dû s’adapter, mais la commune reste fidèle à son centre émetteur. »

« L’émetteur de Roumoules a traversé les années. Je ne suis pas inquiet pour l’œuvre de mon père. Malgré toutes les innovations technologiques, on aura toujours besoin de la radio »

Jean-Charles Allavena

L’âge d’or de RMC

Et c’est grâce à l’émetteur de Roumoules que RMC va connaître un véritable âge d’or. « En devenant nationale, RMC a doublé son audience, passant de 6 à 14 % en quelques années, ce qui nous a mis au niveau des autres grandes radios périphériques, se félicite Jean-Charles Allavena. Cette expansion a également permis à la station d’affirmer son identité innovante, avec des émissions plus décontractées et des personnalités qui ont marqué les ondes. Parmi elles, Jean-Pierre Foucault, qui a vu sa carrière décoller grâce à l’impact national de RMC. La radio lui a ouvert les portes de la télévision et lui a permis de prendre une nouvelle dimension. » Outre Jean-Pierre Foucault, RMC s’est ainsi affirmée comme un vivier de talents, révélant des animateurs comme Julien Lepers, Patrick Roy, Alain Chabat ou encore Jules-Edouard Moustic.

Radio Monte-Carlo RMC Roumoules
© Photo Michael Alesi / Direction de la Communication

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« Ce qui distinguait RMC des autres radios de l’époque, c’était son ton distinct, plus léger et humoristique, qui tranchait avec le sérieux des stations nationales », résume Jean-Charles Allavena. Ce dernier regrette néanmoins que la radio monégasque soit « passée à côté du virage de la FM. Malgré les succès des premières années, RMC a connu un déclin à partir des années 1980, principalement en raison de l’émergence des radios FM. Nous n’avons pas su prendre au sérieux la concurrence des nouvelles radios comme NRJ ou Skyrock. » La gouvernance a aussi pesé sur l’histoire de cette radio. « RMC était détenue en majorité par l’État français via la Société financière de radiodiffusion, et en minorité par l’État monégasque, à l’inverse d’Europe 1 et RTL par exemple, qui étaient des radios totalement privées. Son directeur était donc nommé par l’État français. Il y a eu, jusqu’en 1981, une grande stabilité. Mais ensuite, les changements de direction ont été plus fréquents, avec une volonté de changer la grille des programmes en profondeur. Or, une grille des programmes, ça se bouge millimètre par millimètre, si on veut comprendre le fonctionnement de l’auditeur. » Qu’importe : RMC a traversé les années, et s’est réinventée, jusqu’à devenir un nom important de la bande FM. « L’émetteur de Roumoules a, lui aussi, traversé les années, conclut Jean-Charles Allavena. Je ne suis pas inquiet pour l’œuvre de mon père. Malgré toutes les innovations technologiques, on aura toujours besoin de la radio. »

Radio Monte-Carlo RMC Roumoules
Le 11 septembre 2024, le prince Albert II a dévoilé une plaque commémorative devant la mairie, en compagnie du maire de Roumoules, Gilles Megis. Albert II a été fait citoyen d’honneur de cette ville des Alpes-de-Haute-Provence, qui comptait 735 habitants en 2021. © Photo Michael Alesi / Direction de la Communication

Radio Monte-Carlo : deepuis 1943, les dates-clés

1er juillet 1943 : inauguration de la première émission de la station. Elle est alors sous emprise de l’occupant allemand.
24 août 1944 : Retrait de l’armée allemande, qui détruit l’émetteur et le pylône, stoppant les émissions de la station.
1er juillet 1945 : les émissions reprennent officiellement.
10 octobre 1945 : mise en service d’un nouvel émetteur de 10 kW sur le site de Fontbonne. Par la suite, deux émetteurs ondes courtes de 30 kW seront installés.
1949 : L’émetteur est remplacé par un modèle de forte puissance, de 120 kW. Une nouvelle augmentation de la puissance est effectuée en 1954, la portant à 200 kW, avec implantation du pylône rayonnant sur la base militaire du Mont Agel.
1957 : un second émetteur de 200 kW est couplé au premier pour atteindre les 400 kW.
1958 : première diffusion en FM sur la fréquence de 98,5 MHz.
1965 : création du centre émetteur du col de la Madone, en grandes ondes au travers de trois pylônes de 300 m formant l’antenne alimentée par un émetteur de 1 200 kW.
1966 : montage d’un nouvel émetteur ondes moyennes au col de la Madone (120 kW) à la fréquence de 702 kHz, pointé en direction de Milan. Il propose un programme calqué sur celui de Radio Monte-Carlo, mais en italien.
15 juillet 1974 : les émissions en grandes ondes sont diffusées depuis le nouveau site de Roumoules au travers d’un émetteur de 1 000 kW.
15 octobre 1974 : mise en service d’un second émetteur de 1 000 kW couplé au premier.
1975 : l’ancien émetteur du col de la Madone est transformé pour émettre en ondes moyennes, sur la fréquence de 702 kHz avec le programme italien et sur 1 467 kHz avec le programme français.
1978-1981 : création de trois nouveaux programmes diffusés uniquement sur la bande FM (RMC Côte d’Azur, RMC Rock, RMC Classique), sur les fréquences de 90,30 MHz, 93,50 MHz et 106,50 MHz.
1987 : RMC est diffusée à Paris sur 103,10 MHz.
1987 : installation d’un émetteur ondes moyennes de 1 200 kW sur la fréquence de 1 467 kHz sur le site de Roumoules, avec un système d’antennes multi directionnel. Il est destiné à diffuser les émissions religieuses de la TWR (Trans Word Radio).
1999 : remplacement des émetteurs grandes ondes du centre de Roumoules par deux équipements Thalès S7HP entièrement transistorisés de 1 800 kW chacun, couplés.
2002 : un émetteur de 400 kW haut rendement, transistorisé, est installé sur le site du col de la Madone. Il vient remplacer les deux anciens émetteurs ondes moyennes.
2012 : arrêt des ondes courtes. Déplacement sur le site du col de la Madone de l’émetteur de 300 kW diffusant le programme de France Info en ondes moyennes.
2016 : arrêt de toutes les émissions en ondes moyennes du centre du col de la Madone.
2017 : installation des premiers émetteurs de télévision numérique (TNT) sur le site du Mont Agel.
2019 : restauration et aménagement du pylône de diffusion des programmes et relais FM.
28 mars 2020 : le centre émetteur des grandes ondes de Roumoules cesse ses émissions.
28 septembre 2021 : le site de la Madone change de nom. Il est rebaptisé centre « Lucien Allavena ».

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