vendredi 17 avril 2026
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Pourquoi Bill Gates a été accusé d’avoir propagé la polio en Afrique

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Alors que Bill Gates était attendu en principauté pour lancer « l’appel de Monaco » pour l’éradication de la poliomyélite en compagnie de Jennifer Jones, la présidente du Rotary International, cette organisation est revenue sur un quiproquo à l’origine de la vaccination, qui a été à l’origine d’une vaste campagne de désinformation, teintée de conspiration, au sujet du milliardaire américain et de sa fondation.

La vaccination n’est pas une chose simple et, comme tout fait complexe, elle traîne derrière elle son lot d’inepties et de controverses. Le financement par Bill Gates et sa fondation Bill & Melinda Gates par l’initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite (IMEP) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en est l’illustration même. En avril 2020, une série de publications, qui ont ensuite circulé sur les réseaux sociaux, affirmaient qu’une campagne de vaccination contre la poliomyélite soutenue par la fondation Bill Gates en Inde aurait laissé 496 000 enfants paralysés entre 2000 et 2017. Mais aussi, plus largement sur le continent africain, et particulièrement au Soudan, toujours par l’intermédiaire des vaccins. Ces allégations ont ensuite été reprises par certaines personnalités politiques, comme la députée italienne Sara Cunial, qui était membre du Mouvement 5 Étoiles, avant d’en être expulsée depuis pour avoir, entre autres, tenu des propos anti-vax. Le 14 mai 2023, devant le Parlement italien, cette députée qualifiait cette campagne de vaccination de « génocide gratuit » et de « crime contre l’humanité », accusant le milliardaire d’être à l’origine de cas de paralysies infantiles. Ces accusations ont été démenties, à la fois par la fondation Bill & Melinda Gates et par l’OMS. Cette organisation est en effet revenue sur les origines du vaccin, et pourquoi il a été cru, à tort, qu’il propageait le virus de la polio.

Souches vaccinales et souches du virus

Le vaccin antipoliomyélitique oral (VPO) qui est transmis par voie orale dans les pays en développement, contient une faible dose du virus de la poliomyélite, de manière à activer une réponse immunitaire, comme c’est fréquemment le cas en matière de vaccination : « Quand le VPO est administré à un enfant, la souche vaccinale affaiblie se réplique dans l’intestin pendant une période limitée, ce qui lui permet de développer son immunité en synthétisant des anticorps », a expliqué l’OMS par le biais d’un communiqué. Mais, dans les pays où l’immunité est encore faible, il arrive que ce virus continue de circuler sur une durée prolongée et qu’il finisse par muter génétiquement. On parle alors d’un « poliovirus dérivé d’une souche vaccinale » : « En effet, quand trop d’enfants ne sont pas vaccinés, des mutations génétiques se produisent. Et le virus redevient dangereux, jusqu’à causer des cas de paralysie, dans de rares cas, explique Michel Zaffran, ex-directeur de l’IMEP à l’OMS. Nous sommes au courant de ce risque, et un nouveau vaccin est utilisé depuis 2021. Il est plus stable et nous commençons à en voir l’impact. Il permet de diminuer de manière sensible le risque de mutation génétique. En Europe, aux États-Unis et au Canada, nous n’utilisons plus ce vaccin oral. Nous utilisons un vaccin beaucoup plus onéreux que l’on injecte avec du personnel qualifié. »

Théories du complot

Depuis de nombreuses années déjà, de fausses informations et des théories du complot visant le cofondateur de Microsoft, sont diffusées. Elles ont continué de plus belle lors de la pandémie de coronavirus. Très engagé dans la lutte contre le Covid-19, le milliardaire américain a en effet été accusé de vouloir contrôler les populations par l’intermédiaire de la vaccination et de l’implantation de puces électroniques. Bill Gates a aussi été suspecté d’avoir contribué à la propagation du virus. Mais, au-delà du cas Bill Gates, la réticence à la vaccination dans son ensemble, et pas seulement contre la poliomyélite, relève d’une vision politique, plus que sanitaire. Et cela peut freiner les avancées dans la lutte pour l’éradication de ce virus, estime Michel Zaffran : « La réticence au vaccin est un frein pour la campagne d’éradication : elle a notamment posé un gros problème au Nigéria, pour des raisons de complotisme. La vaccination a dû être arrêtée. Mais, dans l’ensemble, ce n’est pas la raison pour laquelle nous n’arrivons pas à éradiquer la polio. Il s’agit davantage de raisons géopolitiques. Des groupes refusent la vaccination, non pas parce qu’ils sont contre le vaccin, mais parce qu’ils livrent une lutte politique contre leur gouvernement. Ils refusent, de manière générale, tout ce qui vient du gouvernement. »

Rumeurs

Outre ce cas ciblé, on trouve davantage de personnes réticentes à la vaccination dans les pays développés, où le virus préoccupe moins : « Dans l’ensemble, cette résistance à la vaccination est beaucoup moins importante dans les pays en développement que dans les pays d’Europe et aux États-Unis, où c’est en train de devenir un problème majeur. Les gens se demandent pourquoi continuer à se vacciner, puisqu’il n’y a plus de maladie. Dans les pays en développement, au contraire, les parents veulent que leurs enfants soient protégés. Ils ne veulent surtout pas qu’ils attrapent la rougeole, la rubéole, ou la polio, toutes ces maladies infantiles qui tuent. La résistance est moins importante, malgré les rumeurs qui circulent. » Malgré tout, la lutte progresse. Depuis 2014, le virus est certifié comme éradiqué en Asie du Sud-Est par l’OMS. Depuis 2020, sa souche sauvage a également été éradiquée sur le continent africain.

Pour revenir au début notre dossier « Éradiquer la polio dans le monde : l’appel de Monaco », cliquez ici.

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