L’intelligence artificielle dans le secteur de la sécurité privée a eu un impact considérable. Et ce n’est pas fini. Les explications de Frédéric Ordan, responsable chez Caroli Sécurité.
A quoi peut servir l’intelligence artificielle dans le domaine de la sécurité privée ?
Les systèmes d’intelligence artificielle (IA) fonctionnent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 dans la surveillance et dans la détection des menaces. Ils renforcent notre sécurité, aussi bien sur le web que dans le monde réel. À l’heure où les cyberattaques sont de plus en plus nombreuses et complexes, l’IA est d’un précieux secours. L’introduction de l’IA dans le domaine de la sécurité privée apporte une interprétation, un sens, et une aide à la décision sur ce qu’un opérateur aura à visionner. Elle améliore considérablement la pertinence de son action et de sa productivité.
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Sur les vingt dernières années, comment ont évolué les caméras de surveillance, d’un point de vue technologique ?
Si aujourd’hui, la vidéosurveillance est largement répandue et utilisée par tout le monde, ce ne fut pas toujours le cas. Comme bien souvent, ce sont les militaires qui sont à l’origine de cette avancée technologique. Plusieurs facteurs sont à l’origine de cette évolution : le coût des caméras a fortement chuté en dix ans, leur utilisation est de plus en plus simple, et leur taille est de plus en plus réduite. La montée en puissance d’Internet a aussi joué, ainsi que le développement de la connexion sans fil, qui permet de brancher un appareil et de l’activer pour le connecter à son ordinateur ou à son smartphone. Tout cela a permis sa démocratisation auprès des professionnels, notamment les commerces et les banques, mais aussi les administrations, les villes, ainsi que les particuliers, pour la surveillance de résidences, par exemple. Les caméras sont de plus en plus « intelligentes ». Elles peuvent réagir en temps réel, sans intervention humaine, et elles sont capables d’enregistrer différents types de données, comme l’analyse biométrique des individus : visage, physique, démarche…
« L’introduction de l’IA dans le domaine de la sécurité privée apporte une interprétation, un sens, et une aide à la décision sur ce qu’un opérateur aura à visionner »
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L’intelligence artificielle rend possible quelles tâches qui étaient impossible auparavant ?
L’IA est utilisée pour des processus d’authentification plus sécurisés. Elle permet d’analyser les empreintes digitales, la rétine, ou les paumes des employés d’une entreprise. Elle permet également d’interdire l’accès d’un ouvrier sur un chantier, si ce dernier ne porte pas son casque, ou bien d’automatiser l’accès à un parking, à un garage ou à n’importe quel lieu par la lecture des plaques d’immatriculation. Elle peut aussi rendre possible le déclenchement d’une alarme incendie avec la détection des premières fumées, ou bien de sécuriser des lieux vastes, difficile d’accès, par souci d’esthétisme en virtualisant des zones de détection et en remplaçant les alarmes de détection traditionnelles. L’IA permet de déclencher des rondes virtuelles, en alternance des rondes physiques traditionnelles, voire leur remplacement. Enfin, l’IA rend possible la matérialisation d’une zone de détection sur un objet : œuvre d’art, vitrines…

« À l’heure actuelle, la fonction première de l’IA est de simplifier notre quotidien, et elle sera toujours soumise à contrôle et analyse humaine »
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L’intelligence artificielle peut encore aller plus loin ?
Nous sommes aux prémices de son développement et son utilisation s’améliore quotidiennement. L’IA permet d’accomplir et d’accélérer des tâches jusqu’à lors fastidieuses, avec une efficience sans pareille : il est possible d’identifier et de hiérarchiser les risques, de détecter les intrusions avant qu’elles ne se produisent, de visionner des séquences vidéos pour rechercher un élément, de gérer une multitude de caméras de plusieurs sites en temps réel.
L’utilisation de l’intelligence artificielle vous permet d’être plus efficace sur quels sujets ?
La vidéoprotection est l’une des composantes de la sécurité qui a évolué le plus fortement avec l’IA. Ces évolutions permettent une vidéosurveillance « homme-machine » optimisée. La vidéosurveillance est devenue un véritable prolongement de la mission de surveillance humaine sur des sites sensibles. Elle apporte sécurité et compétitivité à notre métier.
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La reconnaissance faciale en temps réel est un outil technologique qui peut venir s’ajouter à l’intelligence artificielle, mais qui n’est pas encore encadré par un texte de loi à Monaco : que pourrait permettre cet outil ?
C’est un sujet épineux qui donne lieu à des problématiques de justice et d’éthique. Nous avons tous à l’esprit « big brother » dans 1984 (1949) de George Orwell (1903-1950), où la vidéosurveillance est présentée sous un angle dangereux et liberticide. En 1993, les pouvoirs publics monégasques ont pris les devants pour éviter toute dérive, il y a plus de 30 ans, en instituant un organisme de contrôle : la Commission de contrôle des informations nominatives (CCIN).
« Nous avons tous à l’esprit « big brother » dans 1984 (1949) de George Orwell (1903-1950), où la vidéosurveillance est présentée sous un angle dangereux et liberticide. En 1993, les pouvoirs publics monégasques ont pris les devants pour éviter toute dérive, il y a plus de 30 ans, en instituant un organisme de contrôle : la Commission de contrôle des informations nominatives »
Nous sommes passés d’une situation où on était filmé dans la rue, à une situation où nous sommes analysés : c’est une avancée technologique qui change tout pour la sécurité privée ?
C’est une révolution dans le domaine de la sécurité privée. Elle permet d’anticiper un acte délictueux, et donc d’améliorer les temps de réaction, et surtout d’intervention.
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Quelle est le niveau de fiabilité ?
Le niveau de fiabilité est en amélioration constante. La marge d’erreur existe toujours, et elle est soumise à la vérification humaine.
L’intelligence artificielle peut-elle décider seule, ou bien il y aura toujours besoin d’une supervision humaine ?
À l’heure actuelle, la fonction première de l’IA est de simplifier notre quotidien, et elle sera toujours soumise à contrôle et analyse humaine.
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Sur le plan de l’éthique, comment s’assurer que les caméras dites « intelligentes » respectent bien le droit à la vie privée, ainsi que les libertés individuelles ?
Il existe une réglementation et la CCIN veille. La surveillance de la voie publique par des caméras privées est soumise à une autorisation obligatoire, et au préalable, cela nécessite le consentement pour les personnes concernées.



