lundi 9 mars 2026
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Cambriolage au Louvre – Lionel Beffre : « Nous sommes dans une configuration différente de celle du Louvre »

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Le 19 octobre 2025, le musée du Louvre a été la cible d’un vol spectaculaire : munis d’une nacelle, des cambrioleurs ont pénétré dans la galerie d’Apollon pour dérober huit bijoux historiques du XIXème siècle, issus des parures impériales et royales françaises. Plus d’un mois après, malgré l’arrestation de plusieurs suspects, ces pièces précieuses restent introuvables. Face à ce risque, comment les musées monégasques organisent-ils leur sécurité ? Lionel Beffre, conseiller-ministre de l’intérieur, a répondu aux questions de Monaco Hebdo.

Votre réaction suite au cambriolage du Louvre ?

On ne peut que déplorer l’atteinte au patrimoine que constitue ce cambriolage au Louvre mené par un commando de personnes très préparées. La police française a fait un remarquable travail pour retrouver les auteurs présumés. En fonction des évolutions de l’enquête, ils seront traduits en justice. Il importe que les œuvres soient retrouvées, afin que le Louvre puisse à nouveau présenter ces joyaux au public.

Comprenez-vous la polémique qui a suivi ?

On peut comprendre la profonde émotion et l’émoi légitime suscités par ce vol, ce qui montre l’attachement profond de la population à son patrimoine. Celui-ci est un bien précieux. Mais chacun doit reconnaître le travail remarquable réalisé pour identifier les auteurs de ces actes graves de délinquance.

Ce vol a été décrit comme « un cambriolage éclair » et très organisé : ce type de menace est-il envisageable pour les musées monégasques ?

Nous ne sommes malheureusement jamais à l’abri de ce type de menace, et il serait très présomptueux de prétendre le contraire. Néanmoins, tout est mis en œuvre à Monaco pour minimiser ce risque. A l’exception des collections du musée océanographique présentées de manière permanente, les musées de la Principauté présentent des expositions temporaires pour lesquelles la sécurité est millimétrée, et je dirais même contractualisée, à la demande des institutions prêteuses, en fonction de la valeur des œuvres présentées et de la scénographie envisagée. Dès lors qu’il n’existe pas d’expositions permanentes, les possibilités de préparer un vol ou un cambriolage sont limitées. Nous sommes donc dans une configuration différente de celle du musée du Louvre, qui présente ses riches collections dans des galeries dédiées.

« A l’exception des collections du musée océanographique présentées de manière permanente, les musées de la Principauté présentent des expositions temporaires pour lesquelles la sécurité est millimétrée, et je dirais même contractualisée,à la demande des institutions prêteuses »

Comment est organisée la sécurité dans les musées de la principauté ?

A Monaco, les musées disposent de gardiens permanents, figurant à l’organigramme. S’ajoutent à ces personnes, des gardiens de sécurité provenant d’entreprises privées. Cette organisation est placée sous la vigilance constante de la direction de la sûreté publique.

Pour protéger un musée monégasque des vols, à quelles contraintes est-on soumis en Principauté ?

Nous n’avons jamais observé de contraintes qui auraient empêché de répondre aux normes de sécurité. Nous avons toujours trouvé les moyens de concilier les prescriptions sécuritaires et le respect du classement des bâtiments.

La Principauté a recensé 110 bâtiments et 41 façades présentant un intérêt patrimonial particulier, et ces structures sont protégées par des réglementations spécifiques (1) : cela peut-il limiter la sécurité dans les musées de Monaco, notamment lorsqu’il s’agit, par exemple, d’installer des barreaux aux fenêtres ?

Ce ne sont pas nécessairement, et uniquement, les barreaux aux fenêtres qui sécurisent les bâtiments. La Villa Paloma et la Villa Sauber font partie des 110 bâtiments remarquables protégés par une réglementation spécifique. La Villa Paloma a été transformée en musée, en incluant des mesures sécuritaires, par des dispositifs anti-intrusion. En ce qui concerne la Villa Sauber, elle va faire l’objet à partir de 2026 d’une importante restructuration. L’imposant bâtiment du musée océanographique a, quant à lui, également été sécurisé sur tous ses accès.

Comment concilier des demandes, parfois contradictoires, entre la sécurité, la conservation, et l’adaptation au changement climatique, notamment ?

Les notions de conservation, de sécurité, de présentation des œuvres au public, mais également de prise en compte des risques au changement climatique, pour les œuvres comme pour les bâtiments, sont au cœur de la mission première des musées. Elles ne sont aucunement contradictoires. Pour reprendre l’exemple des fenêtres, l’adaptation au changement climatique se fait par des climatisations pour protéger les œuvres des variations d’hygrométrie, sans avoir recours à des fenêtres ouvertes vers l’extérieur.

« Les musées de la Principauté disposent d’ores et déjà de systèmes de vidéosurveillance et d’une proximité forte avec le maillage des différents postes de police en Principauté. Nous sommes dans une configuration très différente de celle du Louvre, car nous disposons d’agents de la direction de la sûreté publique à proximité des musées. » Lionel Beffre. Conseiller-ministre pour l’intérieur. © Photo Grimaldi Forum

La présidente-directrice du Louvre, Laurence des Cars, a proposé l’installation d’un commissariat de police au sein de son musée et le renforcement de la vidéosurveillance : Monaco envisage-t-il des dispositifs similaires pour protéger son patrimoine ?

Les musées de la Principauté disposent d’ores et déjà de systèmes de vidéosurveillance et d’une proximité forte avec le maillage des différents postes de police en Principauté. Nous sommes dans une configuration très différente de celle du Louvre, car nous disposons d’agents de la direction de la sûreté publique à proximité des musées.

Dans l’affaire du Louvre, certains objets ont été récupérés endommagés, d’autres semblent invendables en l’état, mais sont très fragiles : à Monaco, existe-t-il des protocoles pour restaurer ou protéger les œuvres en cas de dommage ?

Oui, il existe le plan de sauvegarde des biens culturels, que chaque institution monégasque a mis en place. Sous l’autorité de la présidente de l’antenne monégasque du Conseil international des musées (ICOM) [l’ICOM a été créé en 1946 — NDLR], ce plan prévoit les protocoles de sécurisation, de protection et de restauration pour chaque œuvre. Par l’intermédiaire de l’ICOM, Monaco est en relation avec les institutions internationales de premier plan, et a pu recueillir les préconisations en matière de sécurité en cas de vol, mais également de sinistre.

Au Louvre, des critiques ont notamment concerné les effectifs et les moyens humains jugés insuffisants pour surveiller les collections : comment la Principauté gère-t-elle la question des ressources humaines dans ses institutions culturelles ?

Les gardiens permanents sont compris dans l’organigramme des musées. Cette présence est complétée par des agents d’entreprises privées, selon les besoins d’une exposition temporaire, et en fonction de la valeur des œuvres présentées.

En France, selon un rapport de la Cour des comptes qui analyse la gestion du Louvre entre 2018 et 2024 et d’après les critiques des syndicats, les arbitrages budgétaires peuvent peser sur la sécurité et l’entretien du patrimoine : de son côté, comment Monaco équilibre-t-il l’investissement culturel et la protection des œuvres ?

Dans les budgets de la culture, toute exposition ou manifestation dispose d’un poste budgétaire dédié à la sécurité, qui tient compte de la valeur des œuvres exposées, et de l’accueil du public.

« A Monaco, les musées disposent de gardiens permanents, figurant à l’organigramme. S’ajoutent à ces personnes, des gardiens de sécurité provenant d’entreprises privées. Cette organisation est placée sous la vigilance constante de la direction de la sûreté publique »

En France, les syndicats et des experts ont appelé à des audits indépendants et à une transparence totale après ce vol : à Monaco, y a-t-il des procédures d’audit ou de contrôle pour évaluer la sécurité des musées ?

Le plan de sauvegarde des biens culturels est, en lui-même, un audit mené dans l’ensemble des institutions, avec l’expertise du corps des sapeurs-pompiers, de la direction de la sûreté publique et de la direction des affaires culturelles. En complément, lors de la mise en place de toute exposition, le gouvernement princier s’appuie sur la commission technique d’hygiène, de sécurité et de protection de l’environnement, et sur les bureaux de contrôle assermentés.

Les musées français prévoient des modernisations sur le long terme pour améliorer la sécurité : à Monaco, existe-t-il des projets similaires pour anticiper les risques futurs ?

Le gouvernement princier met en œuvre un projet muséal particulièrement ambitieux, avec la restructuration de la Villa Sauber, confiée au cabinet d’architecture de Renzo Piano qui, comme vous le savez, a construit plus d’une quinzaine de musées dans le monde, avec une signature architecturale forte. Ce projet intègre une étude approfondie de tous les aspects sécuritaires liés à la mission d’un tel bâtiment.

Face à la recrudescence des cambriolages de musées en Europe, y a-t-il une coopération internationale entre Monaco et d’autres institutions, pour échanger des informations sur la prévention et la sécurité ?

La Principauté est membre des organisations internationales Europol et Interpol, à travers lesquelles sont échangées de nombreuses informations, demandes de renseignements, diffusions ou fiches de recherche. La direction de la sûreté publique en charge du bureau central national Interpol, peut accéder à une base de données dédiée aux œuvres d’art. Cela concerne tout type d’œuvre d’art peinture, statue etc. Il peut s’agir d’une consultation et/ou d’une insertion d’éléments. La direction de la sûreté publique dispose encore, via son officier de liaison, d’un accès à des fichiers de police français : fichiers des objets et des véhicules signalés (Foves), fichiers des personnes recherchées, etc. Le cas échéant, des contacts peuvent être établis avec l’office central de lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC) de la direction centrale de la police judiciaire. Enfin, la direction de la sûreté publique, via le pôle de prévention situationnelle et de partenariat, peut être amenée à établir certaines préconisations en matière de sûreté, notamment bâtimentaire, la création de comités et l’établissement de chartes de bonne conduite avec le secteur privé, ainsi que la formation spécifique de certains personnels de sécurité.

1) Notamment l’ordonnance souveraine n° 3647 du 9 septembre 1966, qui encadre l’urbanisme et la construction dans des secteurs sensibles.

Cambriolage du Louvre : plus d’un mois après, les bijoux restent introuvables

Le 19 octobre 2025, un cambriolage spectaculaire a touché le Louvre. En moins de sept minutes, des voleurs masqués, et très organisés, se sont emparés de huit bijoux historiques dans la galerie d’Apollon : le diadème et le collier de Marie‑Amélie de Bourbon-Siciles (1782-1866), les boucles d’oreilles et le collier de l’impératrice Marie‑Louise d’Autriche (1791-1847), ainsi que le diadème, la broche nœud et la couronne d’Eugénie de Montijo (1826-1920). Les cambrioleurs ont ciblé des trésors royaux et impériaux d’une valeur inestimable, symboles du patrimoine français. Vers 9h30, profitant de travaux de construction, les voleurs ont utilisé un élévateur monté sur camion pour atteindre une fenêtre, qu’ils ont ouvert avec une meuleuse. Ils ont ensuite brisé deux vitrines et se sont finalement échappé sur des scooters avec leur butin. Le parquet de Paris a estimé le préjudice à 88  millions d’euros. Mais le véritable dommage est d’ordre patrimonial, a jugé la procureure Laure Beccuau. Si une couronne en émeraudes appartenant à l’impératrice Eugénie a été retrouvée brisée à proximité du musée, les autres objets dérobés restent introuvables. L’enquête mobilise plus de 100 policiers, des analyses ADN sont en cours, et Interpol a inscrit les bijoux sur sa base d’œuvres d’art volées. Alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro le 25 novembre 2025, quatre personnes avaient été mises en examen. Il s’agit d’une femme et de trois hommes. Ils sont accusés de vol organisé et de complicité. Sur le plan politique, le président français Emmanuel Macron a dénoncé « une attaque contre notre histoire », et ordonné le renforcement immédiat de la sécurité au Louvre. De son côté, la ministre de la culture, Rachida Dati, a reconnu des failles structurelles  : caméra mal placée, dispositifs anti-intrusion obsolètes, et des sous‑investissement répétés. Depuis le 19 octobre, quelques bijoux ont été transférés en lieu sûr, notamment à la Banque de France, mais ceux qui ont été dérobés sont toujours dans la nature. Que faire face aux cambriolages ? « Penser qu’on pourrait remplacer les œuvres par des copies, c’est presque nier ce qu’elles sont » a répondu au Monde le directeur du département des objets d’art au Louvre, Olivier Gabet, arguant que les bijoux volés ont « une portée esthétique, artistique, patrimoniale et historique » et en pointant qu’«  il serait spécieux, à mon sens, de considérer qu’on réserverait au grand public la vision de faux et de copies, tandis qu’un groupe beaucoup plus privilégié aurait accès aux vrais. Le musée inscrit ses missions dans un impératif de transmission et de partage avec tous ». Quant à l’installation d’un commissariat dans ce musée, le préfet de police, Patrice Faure, s’y est opposé, en expliquant qu’il préférait miser sur la protection « périmétrique ». Une certitude, ce vol est entré dans l’histoire du Louvre, et il laisse désormais planer la crainte que ces joyaux ne soient démontés, fondus ou dispersés pour toujours.

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