Qu’il s’agisse de faire soigner ses dents à moindre coût ou de s’offrir une opération esthétique au soleil, le tourisme médical est de plus en plus en vogue. Et continue de susciter l’inquiétude. Un premier guide des soins hors frontières vient de paraître pour s’orienter au mieux (1). Eclairages avec l’auteur, Anouk de Clayssac.
Monaco Hebdo?: Que sait-on exactement de l’essor actuel du tourisme médical??
Anouk de Clayssac?: On sait que ce tourisme suscite un flux croissant d’adeptes, mais il est encore difficile d’obtenir des chiffres précis. Selon des données américaines récentes, les interventions esthétiques hors des frontières auraient plus que doublé ces dix dernières années. Le Centre national français des soins à l’étranger recense près de 130?000 patients qui se rendraient chaque année à l’étranger pour se faire soigner – dont un sur dix pour des soins dentaires. Les destinations phares des Français restent l’Europe de l’Est pour les dents et le Maghreb pour l’esthétique.
M.H.?: Votre guide recense près de 200 cliniques dans une quarantaine de pays – de la Hongrie aux Philippines en passant par l’Inde ou la Serbie. Comment avez-vous sélectionné ces établissements??
A.C.?: Le critère premier était d’identifier les établissements les plus ouverts aux francophones. On a privilégié ceux qui ont des sites en Français ou un personnel francophone. Afin de les évaluer, on s’est fait passer pour des patients à la recherche d’interventions de réductions mammaires, d’implants dentaires ou de micro-greffes capillaires. On a envoyé des photos, évalué leur réactivité, analysé les devis et les services proposés. Pour mieux évaluer de la qualité des soins, il faudrait enquêter sur le terrain auprès de tous. C’est justement pour cela que l’on a lancé un site (www.guidedeclayssac.com) qui permet aux patients de partager leurs expériences dans des établissements à l’étranger.
M.H.?: Ce tourisme est souvent assimilé à une médecine “low cost”. Or votre guide tend à montrer que c’est de moins en moins le cas??
A.C.?: En effet, on est souvent loin de l’image des cliniques de fortune généralement véhiculées. D’une part, parce que si les interventions peuvent coûter de 15 à 80 % moins cher, la différence s’explique en bonne partie par des coûts qui n’ont rien à voir avec la qualité même des soins. Qu’il s’agisse de l’assurance des risques plus faible, du niveau des rémunérations locales, voire de subventions octroyées aux établissements dans certains pays pour attirer les touristes. D’autre part, le confort et la sécurité ont fait d’énormes progrès. Les infections nosocomiales y sont souvent mieux maîtrisées que dans nos pays développés. Le confort y est globalement supérieur et les délais pour se faire soigner plus rapides.
M.H.?: Comment s’organise le suivi post opératoire??
A.C.?: L’organisation est à la charge du patient ou de l’agence de voyage qui chapeaute le déplacement. Il est recommandé de rester sur place le temps indiqué – même si beaucoup préfèrent écourter par souci d’économies. Plus on reste longtemps, plus les risques s’amoindrissent. Pour le suivi à plus long terme, certaines cliniques bien organisées disposent de correspondants dans le pays du patient. D’autres se contentent de le faire à distance ou demandent aux patients de revenir.
M.H.?: Quelle est la position des médecins en France à l’égard de ces “voyages médicaux”??
A.C.?: La méfiance reste forte. Nombre de praticiens refusent d’ailleurs encore d’assurer un suivi de soins post-opératoires pratiqués à l’étranger, alors que les textes officiels, comme celui de l’Ordre des chirurgiens-dentistes, les y obligent. On reste sûrement trop accroché à une certaine image d’excellence de la médecine française. Mais le tourisme médical montre bien que la mondialisation des soins et en cours. Et elle profite aussi à nos praticiens qui reçoivent déjà des patients étrangers.




