Edito n°1381 : « Multilatéralisme »

« On peut dire que c’est le succès de Nice : plus de 60 pays se sont engagés. » Au moment de faire un bilan suite à la troisième Conférence des Nations unies sur l’océan (UNOC3) qui s’est déroulée à Nice du 9 au 13 juin 2025, le président de la République française, Emmanuel Macron, a mis en avant le traité sur la haute mer, lors de l’émission « Urgence océan : un sommet pour tout changer » sur France 2. En ouverture de ce grand rendez-vous, le 9 juin 2025, Emmanuel Macron avait appelé à la « mobilisation », face à des océans « en ébullition ». Alors qu’avant cette conférence 31 pays avaient ratifié l’accord sur la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique marine dans les eaux internationales, il fallait en mobiliser au moins 60 pour que ce traité puisse entrer en vigueur. Depuis le 13 juin 2025, 37 pays supplémentaires ont décidé de rejoindre ce mouvement [à ce sujet, lire notre article UNOC : plusieurs avancées actées en faveur des océans, publié dans ce numéro de Monaco Hebdo – NDLR]. En parallèle, de nombreux Etats ont indiqué leur volonté de revoir à la hausse le nombre, et la taille, de leurs aires marines protégées. « A l’heure où le multilatéralisme est mis à mal dans toutes les enceintes, y compris onusiennes, à l’heure où la science est l’objet d’un déni de la part d’un certain nombre de grands Etats, nous avons voulu, à Nice, […] faire que nous ne puissions plus jamais aller en arrière » a lancé devant les journalistes Olivier Poivre d’Arvor, ambassadeur de l’océan et architecte de l’UNOC3. Cette troisième Conférence des Nations unies sur l’océan a attiré 64 chefs d’État, contre 11 à l’UNOC2, en 2022, mais aussi 174 délégations et 12 000 délégués. Un beau succès de fréquentation qui s’est aussi traduit par des engagements. L’un des documents finaux de cette manifestation est intitulé les « Engagements de Nice pour l’océan », et il est accompagné par une déclaration à travers laquelle les pays renouvellent leur « engagement ferme en faveur de la conservation et de l’utilisation durable » de l’océan. Alors que de très grands pays comme les Etats-Unis et la Russie, jouent la carte de l’immobilisme, l’UNOC3 a démontré que cela n’empêchait pas le reste du monde de se montrer actif. Si Donald Trump et Vladimir Poutine n’ont pas fait le déplacement à Nice, ils ont reçu un certain nombre de messages. Notamment Emmanuel Macron qui a indiqué que « l’Antarctique » ou « les abysses » n’étaient « pas à vendre ». De son côté, le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Philippe Baptiste, a défendu la science et les chercheurs, souvent attaqués par le président américain. En 2022, à l’issue de la COP15 biodiversité à Montréal, l’objectif de protéger 30 % de l’océan d’ici 2030 a été fixé. D’après le Marine Conservation Institute, après Nice, on est passé de passé de 8,4 % d’espaces maritimes mondiaux protégés, à environ 11 % (1). La tâche qu’il reste à accomplir est immense, mais un sursaut a été observé à Nice. Il faudra que ce mouvement se vérifie, et se prolonge, du 10 au 21 novembre 2025, à la COP30 de Belem, au Brésil.

1) Le site Internet du Marine Conservation Institute est consultable ici : https://mpatlas.org/