Les chiffres sont effrayants. Au Mexique, entre 2015 et 2024, 28 977 femmes ont été assassinées. Dans seulement 28 % des cas, soit 8 127 cas, une enquête pour féminicide a été ouverte. En 2023, selon des chiffres publiés par l’ONU, 85 000 femmes ont été tuées de façon intentionnelle. Le plus souvent, c’est à la maison que les drames se nouent, car 60 % des femmes ont été tuées par leur conjoint ou par d’autres membres de leur famille. Dans le monde, toutes les dix minutes, une femme est assassinée par un proche. Si à Monaco aucun féminicide n’est à déplorer à ce jour, les violences faites aux femmes constituent un sujet de préoccupation pour le gouvernement. En effet, de 33 faits de violences enregistrés par la direction de la sûreté publique en 2019, ce chiffre a explosé pour atteindre 60 cas en 2024. Interrogée par Monaco Hebdo, la déléguée interministérielle pour la promotion et la protection des droits des femmes du gouvernement monégasque, Céline Cottalorda, avait apporté cette grille de lecture : « La parole se libère petit à petit. Ces chiffres ne révèlent pas forcément une hausse des cas de violences, mais plutôt une volonté des femmes de prendre la parole. » Cela permet néanmoins d’obtenir une cartographie plus juste et plus précise de ce que subissent certaines femmes à Monaco. Issu de l’anglais “femicide”, construit par la contraction des mots anglais “female” et “homicide”, le féminicide a été théorisé par la sociologue et féministe sud-africaine Diana E.H. Russell en 1976. Ce terme vient définir « un crime de haine envers des femmes et perpétré par des hommes ». Le constat étant posé, certains outils manquent-ils pour mieux lutter contre ce fléau ? C’est la position défendue par deux élues du Conseil national, Béatrice Fresko-Rolfo, présidente de la commission des droits de la famille et de l’égalité, et Christine Pasquier-Ciulla, présidente de la commission de législation. « L’inscription du féminicide dans le code pénal monégasque constituerait une avancée importante », expliquent-elles dans une interview que Monaco Hebdo publie cette semaine, au sein d’un d’un dossier spécial consacré à cette question. « Le féminicide n’est pas un simple acte de violence, mais c’est un crime profondément enraciné dans des inégalités systémiques et des rapports de domination qui perdurent dans nos sociétés, souligne Béatrice Fresko-Rolfo. Inscrire le féminicide dans le code pénal, ce n’est pas juste ajouter un mot. C’est agir. Cela permettrait de qualifier clairement les homicides motivés par le genre. En faire une infraction autonome, assortie de peines spécifiques, enverrait un signal fort aux auteurs potentiels. » La justice serait donc plus efficace si le féminicide rejoignait le code pénal monégasque, estiment ces deux élues. « Une meilleure qualification d’un crime peut grandement faciliter le travail des enquêteurs et des professionnels du droit, y compris des forces de police », renchérit Christine Pasquier-Ciulla. De son côté, l’historienne et spécialiste des questions de violences sexistes et sexuelles dans une perpective mondiale, Christelle Taraud (1), que Monaco Hebdo a également interrogée, rappelle que si Monaco et la France n’ont pas intégré le féminicide dans la loi, d’autres pays l’ont fait : « L’Espagne a été un pays pionnier. En Belgique, la loi « stop féminicide » a été votée en Belgique en 2023, sous l’impulsion de la femme politique Sarah Schlitz. » Cette historienne avance aussi l’idée d’un « « continuum féminicidaire » qui va de choses évidentes et visibles, aux choses les moins évidentes et les moins visibles. Y compris les violences symboliques, les violences épistémiques, les violences historiques… Les femmes ont été effacées de l’histoire de leurs propres pays, comme si seuls les hommes avaient bâti les pays en question ». A Monaco comme ailleurs.
1) Féminicides : une histoire mondiale de Christelle Taraud (La Découverte, 2022), 928 pages, 39 euros.




