Edito n°1340 : Cible

Depuis le 5 juillet 2024, le nouveau premier ministre britannique s’appelle Keir Starmer. Leader du Parti travailliste, cet ancien avocat de 61 ans a pris la tête du gouvernement du Royaume-Uni après la déferlante en sa faveur, à l’occasion des législatives. Il n’a pas été nécessaire d’attendre l’intégralité des résultats dans les 650 circonscriptions concernées par ces élections. Le Labour a obtenu 412 députés, contre 122 pour les conservateurs, et 71 pour les libéraux-démocrates. Très vite, le premier ministre sortant, Rishi Sunak, n’a pas eu d’autre choix que d’avouer sa défaite. Quelques instants après, il a démissionné de la direction du Parti conservateur. Après avoir reçu la bénédiction du roi Charles III au palais de Buckingham, Keir Starmer a officiellement pu endosser le costume du 58ème premier ministre britannique. Après Ramsay McDonald (1866-1937), Clement Attlee (1883-1967), Harold Wilson (1916-1995) et Tony Blair, il est le cinquième premier ministre britannique de gauche, depuis la création de ce parti en 1900. Après avoir promis de relancer le NHS, le service de santé public gratuit britannique, l’homme fort du Labour a aussi promis « des frontières sécurisées, des rues plus sûres, tout le monde traité avec dignité et respect au travail, la possibilité d’une électricité britannique plus propre, en abaissant les factures d’énergie pour de bon. Pierre par pierre, nous reconstruirons les infrastructures ». Keir Starmer a aussi souligné que la tâche serait ardue, car « il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton pour changer un pays ». La marge de manœuvre s’annonce effectivement étroite pour la gauche, car la dette publique pèse et, elle doit être réduite dans les cinq années à venir. Pour doper les moyens des services publics, le Labour devra donc identifier de nouvelles sources de recettes, ou baisser un certain nombre de dépenses. Autres solutions possibles : l’emprunt ou la hausse d’impôts ciblées. Cela passera par la fin du statut des « resident non domiciled », les « non dom », mais aussi la taxation des “carried interest”, c’est-à-dire les plus-values de cession des gérants, tout comme la taxation des profits exceptionnels des géants pétroliers. La TVA sur les frais de scolarité des écoles privées devrait aussi être engagée. Le statut des « non dom » permettait aux grosses fortunes de résider au Royaume-Uni, tout en conservant leur domicile permanent à l’étranger. Avantage : les impôts étaient uniquement prélevés sur les seuls revenus de source anglaise ou sur les revenus étrangers rapatriés. Ce changement de contexte politique et économique au Royaume-Uni pourrait-il profiter à Monaco ? C’est ce que veut croire la principauté qui, sentant venir le changement après 14 ans de présence au pouvoir du Parti conservateur, a lancé une grande opération séduction en juin 2024, montrant ainsi que le placement de Monaco sur la liste grise du Groupe d’action financière (Gafi) le 28 juin 2024 n’avait pas affecté sa détermination. L’objectif reste inchangé : il faut attirer des ultras riches en principauté. Après ces législatives, le Royaume-Uni est une cible de choix.