Edito n°1335 : « Pari »

Décidément, les Français de Monaco ne se passionnent guère pour les élections européennes. En 2019, le taux de participation n’avait pas dépassé les 16 %. Six ans plus tard, on note une progression, mais elle reste modeste, puisque seulement 22 % des 5 354 inscrits sur les listes électorales se sont rendus aux urnes pour élire les eurodéputés français. Un chiffre qui contraste avec la France, où la participation a atteint 51,83 %, un résultat jamais vu depuis trente ans. Il faut remonter à 1994 pour trouver mieux, avec une participation à 52,76 %. Si en principauté la mobilisation a été très faible, en revanche, les résultats collent à ce qui a été constaté dans les Alpes-Maritimes et autour de Monaco [à ce sujet, lire notre article Elections européennes 2024 : à Monaco, le RN s’impose facilement, publié dans ce numéro — NDLR]. Comme dans 93 % des communes françaises, le Rassemblement national (RN) et Jordan Bardella sont arrivés en tête. A Monaco, il a obtenu 38,65 % des suffrages exprimés. Très loin devant Valérie Hayer (18,51 %) pour la majorité présidentielle, Marion Maréchal (12,94 %), François-Xavier Bellamy (9,51 %), Raphaël Glucksmann (8,14 %), et Marie Toussaint (4,11 %). En ajoutant les voix de Jordan Bardella et celles de Marion Maréchal, l’extrême droite a totalisé 51,59 % des suffrages exprimés à Monaco. Plus d’un électeur sur deux s’est donc tourné vers le RN ou Reconquête !, délaissant les partis plus traditionnels, que sont Renaissance, Les Républicains (LR), ou le Parti socialiste (PS). Malgré une très forte implantation dans les Alpes-Maritimes, LR n’ont pas pu dépasser les 9 %. A Monaco, où les sujets défendus par l’extrême droite sont peu prégnants, ce vote interroge. En tout cas, les Français de Monaco retourneront aux urnes pour des élections législatives les 29 et 30 juin 2024 pour le premier tour, et les 6 et 7 juillet 2024 pour le second tour. En effet, suite à cet échec aux élections européennes, le président Emmanuel Macron a décidé de dissoudre l’Assemblée nationale. Un « pari risqué » ont estimé certains observateurs, « un pari osé », ou même « une folie » pour d’autres : les commentaires ont abondé dans les jours qui ont suivi cette décision inattendue, y compris dans le camp de Macron. Le RN peut-il gagner seul, s’installer à Matignon et ainsi initier une cohabitation ? Le camp d’Emmanuel Macron peut-il se relever ? La gauche, qui s’est accordée pour lancer un nouveau « Front populaire » pour ces élections législatives, peut-elle créer la surprise et s’imposer ? Alors que le RN affirme discuter avec LR, ce que ces derniers ne confirment pas, un accord pourra-t-il être trouvé ? Alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro le 11 juin 2024, les questions se multipliaient. On sera fixé dans la soirée du 7 juillet.