Dans les foyers monégasques comme ailleurs, le confinement a contribué à faire encore évoluer l’utilisation du numérique et des écrans par les enfants et les adolescents. Selon une étude sur la parentalité numérique (1) réalisée par l’Union nationale des associations familiales (Unaf) et publiée en février 2022, « la crise sanitaire a accéléré la croissance du temps d’écran au sein des familles : 44 % des parents déclarent que leur consommation d’écrans a augmenté et 53 % pour les enfants. Les parents comme les enfants estiment passer trop de temps devant leurs écrans : 77 % pour les parents, contre 62 % pour les enfants ». Les parents interrogés évoquent aussi les « risques » liés au numérique. Ils parlent notamment de dépendance (51 %), de cyberharcèlement (49 %), et de mise en contact avec des inconnus (43 %). De leur côté, les enfants mettent en avant des maux de tête (43 %), des difficultés d’endormissement (42 %), et la passivité (39 %). Alors, les écrans sont-ils forcément néfastes pour les enfants et les adolescents ? Fin août 2023, une étude publiée dans The Journal of Child Psychology and Psychiatry (1) s’est intéressée à l’impact des écrans sur le développement des enfants. Elle est venue relativiser les effets négatifs du temps passé devant une télévision, un ordinateur, une console de jeux, une tablette, ou un smartphone pour les enfants âgés de 2 ans, de 3 ans et demi, ou de 5 ans et demi, et à pointer le rôle joué par les facteurs individuels et familiaux. « Le contexte d’utilisation des écrans jouerait un rôle important, sans doute plus que le seul temps passé devant les écrans », a indiqué au Monde Jonathan Bernard, du centre de recherche en épidémiologie et statistiques [Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, universités Paris Cité et Sorbonne-Paris-Nord – NDLR], qui a piloté cette étude. Néanmoins, une heure quotidienne d’écran se traduirait par 0,5 point de QI en moins. En revanche, « les 2 % ou 3 % d’enfants qui consomment quatre heures d’écran par jour, aux âges respectifs de 3 ans ou de 5 ans, verraient leur QI baisser de 2 points », a expliqué Jonathan Bernard au Monde. En avril 2023, ce chercheur a estimé, qu’en moyenne, les enfants de 2 ans étaient devant un écran 56 minutes par jour selon des données de 2013-2014. À 3 ans et demi, cette durée passe à 1 h 20, d’après des données de 2014-2015. Et à 5 ans et demi, le temps passé devant les écrans monte à 1 h 34, selon des données de 2017. Des chiffres situés bien au-delà des préconisation de l’association française de pédiatrie ambulatoire, qui estime qu’il faut se limiter à 20 minutes d’écran entre 3 et 6 ans, à 30 minutes entre 6 et 8 ans, à 45 minutes entre 8 et 10 ans, et à une heure après 10 ans. De son côté, l’organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de ne pas exposer les enfants de moins de 2 ans aux écrans, et ensuite de contenir ce temps à une heure par jour entre 2 et 5 ans. Pour circonscrire ce sujet complexe et clivant, le dialogue avec les enfants sur leurs pratiques numériques reste encore trop rare. D’ailleurs, selon l’Unaf, même s’il est en augmentation, en France ce dialogue n’est mis en place que par un parent sur quatre. De plus, les parents manquent encore trop souvent d’informations sur ce sujet. L’étude de l’Unaf souligne ainsi que 46 % des parents disent ne pas se sentir suffisamment accompagnés par rapport aux usages numériques des enfants. Complexe, ce dossier réclame de la nuance. Et sans doute de nouvelles études scientifiques, pour tenter d’y voir plus clair.
1) Cette étude de l’Unaf a été réalisée auprès de 2 000 parents et 600 enfants et adolescents de 7 à 17 ans.
2) L’étude publiée dans The Journal of Child Psychology and Psychiatry est consultable sur Internet. Cette étude repose sur l’analyse de données de près de 14 000 enfants, suivis au sein de la cohorte française étude longitudinale française depuis l’enfance (ELFE).




