À première vue, les chiffres évoqués lors du budget primitif 2026, du 11 au 18 décembre 2025, déjouent les pronostics [Monaco Hebdo bouclait ce numéro le 16 décembre 2025 — NDLR]. Dans un contexte pourtant chargé d’incertitudes — inscription sur la liste grise du Groupe d’action financière (Gafi), fin des grands chantiers structurants, suspension depuis septembre 2023 des négociations pour tenter d’aboutir à un accord d’association avec l’Union européenne (UE) —, sans compter la montée des protectionnismes et les multiples tensions géopolitiques, l’économie monégasque ne marque toujours pas le pas. En effet, pour 2026, les recettes attendues atteignent 2,2 milliards d’euros. Elles sont même en hausse de 5,7 % par rapport à l’année précédente, alors que le budget de l’Etat affiche un solde résolument positif. Une performance qui témoigne de la résilience du modèle monégasque, largement portée par la vitalité des transactions commerciales et de la TVA. Pour le gouvernement dirigé par Christophe Mirmand, ces résultats ne doivent rien au hasard. Ils seraient le fruit de « stratégies assumées », d’une « maîtrise de la dépense publique », et d’un « environnement favorable aux acteurs privés ». Mais ce constat flatteur a été accompagné d’un avertissement clair, formulé à plusieurs reprises par les élus du Conseil national, à l’occasion de ces débats budgétaires de fin d’année : cette dynamique pourrait ne pas durer. La fin des recettes exceptionnelles, notamment liées à l’immobilier, ouvre une période plus incertaine. Entre 2026 et 2028, un recul de 150 à 200 millions d’euros a d’ailleurs été anticipé. Dès lors, la question centrale devient celle de la croissance future. Le gouvernement monégasque a avancé plusieurs pistes : adaptation du cadre financier, alignement accru sur les standards internationaux, élargissement de l’assiette fiscale et amélioration du recouvrement. Des orientations prudentes, mais encore largement programmatiques. C’est précisément sur ce point que le Conseil national a exprimé ses réserves. Si les élus ont reconnu la solidité actuelle des finances publiques, ils ont appelé à une vision plus structurée, mieux planifiée, et donc davantage tournée vers le long terme. Et puis, au-delà des chiffres, c’est une fois de plus la question de la méthode qui a cristallisé les tensions entre les élus et le gouvernement. Les parlementaires ont dénoncé un programme d’actions jugé trop dense, peu hiérarchisé, et insuffisamment opérationnel. Ils ont plaidé pour une feuille de route claire, assortie d’objectifs mesurables, afin de mieux anticiper les défis à venir : hausse des dépenses de fonctionnement, pression sur le logement, saturation des mobilités, ou encore maîtrise des grands projets d’infrastructure. Car l’enjeu dépasse l’exercice budgétaire pour la seule année 2026. Il s’agit de voir plus loin, dans un contexte international plus contraint, et moins prévisible. La prospérité actuelle, aussi réelle soit-elle, ne saurait être considérée comme acquise, ont insisté les élus. À Monaco comme ailleurs, c’est lorsque les comptes sont à l’équilibre que se pose avec le plus d’acuité la question de leur pérennité. Entre prudence affichée et ambition revendiquée, ces débats budgétaires ont révélé une interrogation de fond : comment transformer les bons résultats actuels en modèle durable ?
En cette fin d’année 2025, Monaco Hebdo marque une pause. Toute l’équipe se joint à moi pour vous souhaiter de joyeuses fêtes. Vous pourrez retrouver Monaco Hebdo n° 1405 chez votre marchand de journaux habituel, ou sur abonnement, à partir du jeudi 8 janvier 2026.




