
Depuis 2008, la Principauté mène une politique dynamique de coopération internationale pour lutter contre la pauvreté. Objectif d’ici 2015 : consacrer à cette cause 0,7 % de son revenu national brut. C’est aussi l’objectif donné par les Nations unies aux pays développés et auquel s’est engagée l’Union européenne. Par Marie-Evelyne Colonna.
Le 2 avril, la Coopération internationale monégasque et la fondation Albert II ont signé un accord avec l’Agence française de développement (AFD). Un accord par lequel les premières se sont engagées à soutenir les actions de la seconde : la fondation Albert II pour l’environnement, la Coopération internationale pour l’humanitaire. A noter que cet accord renforce aussi le partenariat déjà entamé sur des opérations humanitaires dans le domaine de l’obstétrique. Monaco ayant notamment financé une partie des échographes installés par l’AFD en Mauritanie dans le cadre de son programme d’implantation de consultations obstétriques.
5 millions en 2010 pour le secteur “santé et social”
Le 10 mars, la direction de la coopération internationale et la chambre de développement économique (CDE) ont rassemblé une trentaine d’entreprises monégasques, actives sur le continent africain, pour établir un premier bilan de la commission de partenariats public-privé lancée en septembre 2008. L’occasion de partager des exemples concrets de projets d’aide au développement initiés dans le cadre de cette commission. Et d’en lancer de nouveaux.
Le 30 mars, le conseiller pour les relations extérieures et les affaires économiques, Franck Biancheri, a signé avec les 4 plus importants établissements de santé monégasques : le centre hospitalier Princesse Grace (CHPG), le centre cardio-thoracique de Monaco (CCM), l’institut monégasque de médecine et de chirurgie sportive (IM2S) et le centre d’imagerie médicale de Monaco (CIMM). Autant d’accords de partenariat en matière de coopération humanitaire, autour de trois axes de développement : la santé primaire, la lutte contre les pandémies et maladies négligées et le développement de partenariats hospitaliers. Des accords qui viennent renforcer une coopération humanitaire à l’international entamée avec ces établissements depuis plusieurs années. Ce qui confirme que le gouvernement a fait de la santé son domaine d’intervention humanitaire prioritaire (1). D’ailleurs, en 2010, il dédiera au secteur “santé-social” 5 millions d’euros. Ce qui représente 50 % du budget total que le gouvernement consacre à la coopération humanitaire.
Une aide qui augmente de 25 % par an
Ces récentes actions en témoignent : sous l’impulsion du Prince Albert, le gouvernement mène une politique dynamique de coopération internationale de lutte contre la pauvreté. Objectif : atteindre celui fixé par les Nations unies à ses pays membres et accepté par l’Union européenne : consacrer à cette cause 0,7 % du revenu national brut (RNB) d’ici 2015. Pour y parvenir, le gouvernement augmente de 25 % par an son aide publique au développement (APD). Il y consacrera plus de 10 millions d’euros en 2010, répartis sur une centaine de projets, programmés dans une vingtaine de pays partenaires et menés depuis la direction de la coopération internationale (DCI).
« Quand elle a démarré sa politique de coopération internationale, il y a une dizaine d’années, la Principauté avait 30 à 40 ans de retard par rapport aux pays les plus avancés. On est en train de rattraper ce retard à grands pas », affirme Frédéric Platini, le directeur de cette structure administrative. Créée en 2007, la DCI dispose aujourd’hui d’une quinzaine de collaborateurs fonctionnaires en Principauté, regroupés par géographie et par thème. A noter que l’équipe est complétée, sur le terrain, par une dizaine de jeunes volontaires (monégasques et autres nationalités) nommés, pour leurs compétences “coordonnateurs techniques” chargés de suivre l’avancement de projets particuliers (2).
Avec l’appui des entreprises monégasques
De plus, dans chacun des pays où elle intervient, la Coopération internationale monégasque bénéficie de l’appui des consuls de Monaco.
Après avoir créé une DCI, le gouvernement, qui soutient d’ailleurs une vingtaine d’organisations non gouvernementales (ONG), fait désormais appel à des entreprises monégasques. Dans ce but, une commission de partenariats public-privé a été créée en septembre 2008 entre la DCI et la CDE. « On ne demande pas de fonds privés, mais on fait appel à l’expertise et aux compétences de nos entreprises », souligne Platini. Des partenariats sont déjà mis en œuvre avec une dizaine d’entreprises monégasques (lire par ailleurs). D’autres sont en cours. Notamment avec la SMEG, l’IM2S, le centre d’imagerie médicale de Monaco et la SONEMA, une entreprise spécialisée dans les télécoms. l
(1) Entre autres exemples : des équipes orthopédiques du CHPG et de l’IM2S, en lien avec la Croix-Rouge monégasque, se rendent chaque année au Niger pour opérer une trentaine de patients et former le personnel local.
(2) Fin 2007, la DCI a créé un programme de jeunes volontaires expatriés (VIM, 21-35 ans) pour renforcer des actions menées sur le terrain en coopération avec des partenaires locaux. Les VIM sont en poste pour des missions d’un an renouvelables deux fois.
Une politique basée sur les objectifs des Nations unies
Pour sa politique d’aide au développement, la Coopération monégasque s’inspire très largement des 8 objectifs du millénaire pour le développement (OMD) (1) fixés par les Nations unies et déclinés à travers 4 domaines d’intervention prioritaires. Parmi ces domaines, la DCI a choisi de mettre l’accent sur son action en faveur du secteurs “santé et secteur social”. Un secteur auquel elle a d’ailleurs consacré la moitié de son budget en 2009, avec des opérations à Madagascar, au Maroc, en Mauritanie, au Niger, au Burkina Faso et au Mali. En apportant notamment des équipements en infrastructures de santé, ou en faisant de la vaccination contre la polio, de la lutte contre le paludisme, des actions auprès des enfants (réinsertion, lutte contre la faim), de lasensibilisation contre l’excision, etc.
Pour les trois autres secteurs, plusieurs actions ont été menées.
– Education et formation : les actions étaient en faveur des enfants et de leurs parents dans 7 pays d’Afrique et du Liban (6 écoles construites, 22 centres de lecture, programmes d’éducation spécialisée pour quelque 1 500 enfants, programme d’éducation non formelle en zones rurales)…
– Appui aux activités micro-économiques : en 2008, la DCI a créé un programme d’appui technique aux petites et moyennes institutions de micro-finance (IMF) africaines à fort impact social. Objectif : favoriser l’accès des plus démunis aux services financiers. Une action qui a bénéficié, en 2009, à plusieurs milliers de femmes de pays d’Afrique et qui a permis de générer des revenus complémentaires aux populations locales grâce à la réhabilitation d’oasis au Maroc et en Tunisie.
– Préservation et valorisation des ressources naturelles : il s’agit de la lutte contre la désertification et pour le reboisement, l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, le développement urbain respectueux de l’environnement et de la préservation de la biodiversité. En 2009, les actions soutenues par la DCI ont permis, entre autre, la réhabilitation de plus de 1 000 hectares de terres dégradées au Niger. Et de 450 hectares de palmeraie au Maroc et en Tunisie. Mais aussi de faciliter l’accès à l’eau potable à 150 000 personnes dans différents pays d’Afrique.
(1) OMD1 – Éliminer l’extrême pauvreté et la faim ; OMD2 – Assurer l’éducation primaire pour tous ; OMD3 – Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ; OMD4 – Réduire la mortalité des enfants de moins de cinq ans ; OMD5 – Améliorer la santé maternelle ; OMD6 – Combattre le VIH/SIDA, le paludisme et d’autres maladies ; OMD7 – Assurer un environnement durable ; OMD8 – Mettre en place un partenariat mondial pour le développement.
“Rattraper le retard de la Principauté”
Le patron de la coopération internationale, Frédéric Platini, explique pourquoi Monaco s’engage aussi fortement dans la lutte contre la pauvreté. Interview relue. Propos recueillis par Marie-Evelyne Colonna.
Monaco Hebdo : Pour- quoi Monaco s’engage aussi fortement contre la pauvreté ?
Frédéric Platini : Parce que le Prince Albert a choisi de placer son règne sous le double signe de l’éthique et de la coopération. Il veut que Monaco soit solidaire de la communauté internationale. Du coup, le gouvernement augmente de 25 % par an son aide au développement. Ce qui est une goutte d’eau par rapport aux 100 milliards de dollars annuels de l’aide internationale. Mais c’est un signal fort vis-à-vis de la communauté internationale. Cette marche forcée vers l’objectif de l’ONU pour rattraper le retard de la Principauté et la placer parmi les plus vertueuses, à l’heure où d’autres pays, confrontés aux difficultés économiques, freinent leur coopération, marque la volonté princière d’inscrire Monaco parmi les grandes nations.
M.H. : La Principauté attend autre chose de cet engagement ?
F.P. : En engageant cette politique, on s’acquitte des efforts que l’on doit entreprendre : le développement global intégré et la réduction des disparités, sont les thématiques phares du moment et pour l’avenir. C’est aussi un bon moyen de lutter contre la pauvreté, qui est aussi un terreau du terrorisme. Et aussi pour juguler les flux migratoires.
M.H. : Les principales cibles de vos actions ?
F.P. : Le gouvernement travaille principalement avec les pays en voie de développement parmi les plus défavorisés : 70 % de l’aide est consacrée aux pays les moins avancés (PMA) situés dans la zone d’influence de la Principauté, avec l’Afrique et la Méditerranée. (Ndlr : voir carte des actions en 2010). En revanche, l’aide humanitaire d’urgence est délivrée en dehors de toute considération géographique. Pour le choix des domaines de sa politique d’aide au développement, la coopération monégasque s’inspire très largement des objectifs fixés par les Nations unies. En privilégiant le premier d’entre eux : “santé et secteur social”. (voir encadré « Une politique basée sur les objectifs des Nations unie »)
M.H. : L’argent est distribué par quels circuits ?
F.P. : La coopération monégasque se déploie au travers d’une coopération bilatérale avec des partenariat avec des Etats, des collectivités locales et des ONG. Ou multilatérale, en faisant intervenir différentes structures internationales comme le programme des nations unies pour le développement (PNUD), l’organisation mondiale de la santé (OMS), l’agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), le programme commun des Nations unies sur le VIH-Sida (ONUSIDA), la convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD), ou l’organisation internationale de la francophonie (OIF), par exemple. De plus, la DCI peut appuyer l’action de l’ensemble des ONG monégasques par un co-financement de projets, un appui technique ou encore la prise en charge de formations.
M.H. : Mais comment être sûr que cet argent n’est pas détourné ?
F.P. : On reçoit beaucoup de demandes d’aides. Du coup, on réalise une analyse préalable et on finit par évacuer 80 % de ces demandes. Notamment parce que les partenaires ne sont pas assez sérieux. Ou parce que le projet concerne un pays hors zone d’influence de Monaco. Ensuite, quand on construit, on ne fait pas que du BTP : on soutient aussi l’aide au fonctionnement. Pas en payant des salaires, mais en finançant l’investissement dans du matériel de pointe et dans les évaluations des structures pour voir comment améliorer la qualité des soins apportés. Enfin, on réalise des audits internes et externes sur chaque projet engagé. D’ailleurs, l’Etat monégasque nous demande des comptes clairs sur chacun d’eux.

Les entreprises monégasques à la rescousse
Le gouvernement incite les entreprises privées à entreprendre à ses côtés dans l’humanitaire.
La commission de partenariats public-privé, créée en septembre 2008 entre la direction de la coopération internationale (DCI) et la chambre de développement économique de Monaco (CDE) permet à la DCI de solliciter l’expertise et les compétences des entreprises monégasques pour l’étude et la réalisation de ses projets. A noter que les entreprises s’engagent à ne tirer aucun profit dans leurs actions entreprises dans le cadre de ce partenariat.
Sur la première trentaine de sociétés monégasques visées par ce partenariat, une dizaine a déjà entamé une action aux côtés de la DCI. Parmi elles, certaines n’avaient pas encore entamé de démarche vers l’humanitaire. Interrogées sur leurs motivations pour répondre aux sollicitations de la DCI, elles évoquent en priorité leur situation de dépendance vis-à-vis du gouvernement monégasque, affirmant leur bonne volonté à contribuer au rayonnement de la Principauté. « En participant à l’aide au développement, les entrepreneurs monégasques bénéficient du réseau de la coopération monégasque et de la CDE à l’étranger », souligne Frédéric Platini. Mais il ne semble pas, que pour ces entreprises la coopération apporte un plus en matière d’installation ou de développement à l’international. Focus sur ces entreprises qui misent aussi sur l’humanitaire.
Es-Ko : la santé d’abord
Cette entreprise qui est spécialisée dans la logistique et le ravitaillement, s’est engagée, depuis 2007, à aider la coopération monégasque sans faire de profits sur les actions communes qui sont entreprises dans le domaine de la santé. Exemples : constructions d’un dispensaire de santé (à Madagascar, en 2007 – 2008), d’un centre de lutte contre le paludisme (Madagascar, 2008-2009), d’une caserne de pompiers (Mauritanie, 2009-2010), d’un centre de santé (Niger, 2010) et aménagements complémentaires de 2 centres de santé au Niger (2009-2010).
S M. Eaux : faire barrage au désert
En 2004, cette petite structure d’une vingtaine de salariés, qui est une filiale de Veolia, s’est lancée dans un partenariat triennal avec l’Etat monégasque. Avec un soutien financier de 95 000 euros (45 000 euros en 2004-2006, puis 50 000 euros en 2007-2009) et la mise à disposition d’une aide technologique au pompage des eaux pour faire barrage au désert et permettre l’irrigation. Des actions de préservation des oasis et de réhabilitation de palmeraies dans le sud marocain qui facilitent l’élevage et la production de palmiers-dattiers et de maraîchage. « Attachés à la vie monégasque, il est normal de venir en soutien de ce que souhaite faire l’Etat », explique le directeur, Manuel Nardi.
Monaco Logistique : convoyer le matériel
« On est régulièrement sollicités par des associations humanitaires pour des participations financières ou du convoyage, explique la directrice d’exploitation de cette entreprise spécialisée dans la logistique, Annie Semerdjian. La DCI nous a mobilisés un peu en 2008. Et un peu plus en 2009 où on a convoyé du matériel médical jusqu’à Marseille avec nos camions. Ensuite, on a sous-traité la suite de ce convoyage auprès de nos partenaires, en nous contentant de répercuter le coût réel de ces actions, sans prendre de marge, conformément à nos accords. »
Eaunergie : rendre l’eau potable
Cette jeune entreprise a soutenu, en 2007-2010, la création d’un centre de santé en Mauritanie et développe les projets d’adduction d’eau potable à partir d’énergies renouvelables. Mehdi Hadj-Abed, gérant de cette petite structure, a été lauréat en 2007 du concours de l’entreprise innovante monégasque pour avoir développé un moyen simple et “durable” de rendre l’eau potable à partir de l’énergie solaire. « Mais même dans notre position, développer cette technologie dans les pays qui en ont besoin n’est pas simple », souligne ce gérant.
Centre cardio thoracique : opérer des enfants avec Monaco collectif humanitaire
Entre 2008 et 2010, grâce à Monaco collectif humanitaire, 68 enfants venus de pays les moins avancés (PMA) ont été opérés au centre cardio thoracique (CCT). Créé en 2008, Monaco collectif humanitaire a déjà permis d’opérer en Principauté plus de 80 enfants dont les pathologies n’étaient pas opérables dans leurs pays d’origine. Avec plus de 1 million d’euros récoltés à ce jour, une centaine d’enfants devrait pouvoir être opérés.
Samei : lutter contre une maladie rare
La société anonyme monégasque d’exportation et d’importation (Samei), spécialisée dans le courtage de différents produits, participe sur 2009 et 2010 à une étude de faisabilité sur le contrôle biologique intégré contre une maladie rare, la bilharziose, qui sévit au Sénégal.
Femmes chefs d’entreprises à Monaco : solidarité féminine pour soutenir la micro-finance
Cette année, les femmes chefs d’entreprises à Monaco apportent leur soutien à la création de centres d’affaires en micro-finance gérés par des femmes au Sénégal.
CFM : accord tripartite pour doper la micro-finance
Engagé depuis 2003 dans le développement durable, le crédit foncier de Monaco (CFM) a signé en mars un accord tripartite avec le gouvernement et la Fondation Grameen Crédit Agricole. Objectif : agir en faveur du développement d’institutions de micro finance (IMF). C’est-à-dire des structures qui permettent aux plus pauvres d’accéder à des biens essentiels comme la nourriture, l’eau, l’énergie et les soins médicaux. Mais aussi de développer une activité économique grâce à des conditions financières très favorables. Car le but de ces structures n’est pas de maximiser les profits mais de permettre aux populations locales, qui sont souvent rurales, d’entreprendre dans le respect de leur environnement et de gagner en autonomie. Des interventions qui ont un fort impact social en matière de lutte contre la pauvreté et de promotion sociale.
A noter qu’une première mission commune d’assistance technique entre le CFM et la Fondation Grameen Crédit Agricole, menée au Mali, a permis d’établir un plan de développement à 3 ans de l’IMF Miselini, une structure spécialisée dans la microfinance, créée en 1993 et dont le siège est à Bamako.



