
Sur le terrain, l’équipe monégasque n’est pas encore sortie de l’auberge.
En parallèle, Simone doit s’adapter à une politique de recrutement tous azimuts.
Par Kevin Ballanger.
Comme les supporters monégasques, Dmitry Rybolovlev n’a pas dû vraiment apprécier la fin du film entre Monaco et Lens, lundi soir au stade Louis-II, un match que le nouveau propriétaire de l’ASM a suivi en compagnie notamment de sa fille aînée Ekaterina. Les Monégasques menaient paisiblement 2-0 après une heure de jeu contre une équipe lensoise amorphe, se dirigeant vers une troisième victoire consécutive, la deuxième de la saison à domicile. Et puis ils ont lâché prise dans les vingt dernières minutes, laissant Lens revenir de nulle part et égaliser à la dernière seconde. Une issue assez intolérable et désolante. L’entraîneur Marco Simone, qui avait cru bon ajouter un défenseur (Hansson) à la place d’un milieu offensif (Dingome) à dix minutes de la fin, a vu son coaching produire l’effet inverse à celui recherché, puisque le blindage n’a pas tenu. Monaco n’a donc pas encore soigné toutes ses lacunes et au lieu de faire un pas supplémentaire pour s’extraire de la zone rouge synonyme de relégation, l’équipe de la Principauté reste encore empêtrée dans sa situation bancale, à la 18ème place, tout en restant invaincue depuis cinq rencontres.
Une nouvelle équipe entière??
Face à Lens, on aura assisté à la première véritable sortie de l’ASM en version russe, autrement dit avec des recrues attirées avec les moyens du nouveau pouvoir en place à l’ASM. Kagelmacher a disputé tout le match en défense, Ibrahima Touré est entré en jeu sur le front de l’attaque et Barazite est resté sur le banc. C’était un échantillon, car aux dernières nouvelles, mardi, au moment où nous bouclions cette édition, on se dirigeait vers une dizaine de renforts au total, pour des transferts et des contrats ficelés à toute vitesse?! Après Kagelmacher (URU), Touré (SEN), Barazite (HOL), Wolf (RUS-ALL), Subasic (CRO), Jemal (TUN), Tziolis (GRE), Koman (HON), Dirar (BEL-MAR) et Tzavellas (GRE), se tramaient ou se murmuraient les arrivées de Tamuz (ISR) ou encore Huszti (HON). Quasiment une nouvelle équipe entière. On devait sans doute y voir plus clair hier matin quant à cette profusion annoncée de joueurs plutôt méconnus en France, tous issus de championnats étrangers, mais pour la plupart internationaux, et qui risquerait bien de donner des maux de tête à Simone. Il est gâté, certes, mais ce n’est pas toujours un cadeau d’avoir autant de joueurs à intégrer, surtout d’origines et de langues aussi diverses.
Ça interpelle, mais une chose est sûre, Rybolovlev a bien commencé à dépenser dès ce mois de janvier pour tenter de donner un coup de fouet à l’ASM, lui qui a promis d’investir au moins 100 millions d’euros sur quatre ans après avoir racheté le club pour un euro symbolique. Si, comme l’évoquait la presse belge de mardi, l’ASM a bien déboursé 7,5 millions d’euros pour arracher le milieu offensif international marocain au FC Bruges Nabil Dirar, alors l’investissement sur ce seul mercato d’hiver tournerait déjà autour de 20 millions d’euros?!

Nouvel équipage
Le club a donc bien changé de dimension, avec Rybolovlev comme mécène et son bras droit Evgeny Smolentsev à la baguette et à la manœuvre en ce qui concerne le recrutement. L’ex-directeur sportif du Spartak Moscou et de Zhemchuzhina Sotchi en Russie a carte blanche et semble disposer de vastes réseaux à travers toute l’Europe. Il s’appuie aussi sur l’expérience du Belge Filips Dhondt, qui a fait ses preuves en tant que directeur général au FC Bruges (2001-2010) avant de connaître des expériences plus courtes à Zulte-Waregem (BEL) et Ujpest Sosza (HON). Dhondt fut pressenti un temps pour devenir secrétaire général de la Fédération belge. Il fut aussi directeur sur le site de Bruges lors de l’Euro 2?000 et l’ex-président de Bruges Michel D’Hooghe se souvient de Dhondt comme « d’un excellent collaborateur, loyal et compétent ». Chez les supporters monégasques, l’arrivée d’un bienfaiteur tel que Rybolovlev a évidemment été bien accueillie et perçue comme une aubaine puisque le club n’aura cessé de « piquer du nez sous la présidence d’Etienne Franzi depuis 2010 ».
Rencontré à la fin du match contre Lens, Stéphane, un Monégasque qui vit à Paris, fidèle supporter de l’ASM depuis 30 ans, relaie un sentiment assez partagé?: « C’est la fin de l’ère du copinage et de l’amateurisme. On est très content car on sent que c’est rigoureux, que c’est plus pro. Et puis on a quand même soufflé des joueurs à des clubs allemands de première division?! Maintenant, s’il arrive autant de joueurs, ça y va peut-être un peu fort. C’est peut-être un coup tactique. On teste plein de joueurs sur cette deuxième moitié de saison, et on ne gardera que les meilleurs pour la saison prochaine. Il y aura peut-être un gros loft avec des joueurs mis de côté. » Avant le match contre Lens, Monaco avait retrouvé un peu d’allant et de cohérence en signant deux nuls et deux succès dans le sillage de son capitaine Giuly et de Germain, symbole d’une jeunesse du centre de formation qui commençait à trouver ses marques. Maintenant que des joueurs débarquent de partout en nombre, leur horizon risque d’être plus limité. Simone va devoir déployer des talents d’acrobate pour jongler avec les éléments qui lui donnaient satisfaction et les « recrues Smolentsev », qui n’ont pas connu le traumatisme de la descente en L2 et peuvent donc aussi amener une fraîcheur nouvelle au sein d’un effectif désormais pléthorique.

La première vague de recrues
Cette année, le mercato d’hiver a été pléthorique pour l‘ASM. En deux temps, le club rouge et blanc a fait le plein. Zoom sur ces recrues tant attendues.
Par Kevin Ballanger.
KAGELMACHER,
en provenance du Real
Première recrue de l’ère Rybolovlev, ce défenseur urugayen, comme son nom ne l’indique pas, évoluait dans le club de Beerschot, actuel neuvième du Championnat belge, basé dans la ville d’Anvers. Il était sous contrat jusqu’à juin 2015. Il devait être transféré initialement dans le club de Kaiserlautern, 16ème du championnat allemand de première division. Il s’était même entraîné et était allé disputer un match amical avec les Allemands en Espagne, mais Monaco s’est incrusté pour le leur souffler en proposant une transaction estimée à 2,5 m d’euros. Agé de 23 ans, d’origine allemande par son père et sa grand-mère, Gary Christopher Kagelmacher Perez a grandi en Uruguay. Il avait disputé la Coupe du monde des moins de 17 ans au Pérou en 2005 et la Coupe du monde des moins de 20 ans au Canada en 2007. C’est là qu’il fut repéré par le Real Madrid, et à 19 ans, il traversait l’Atlantique pour faire ses gammes dans l’équipe réserve du géant espagnol, le Real Madrid Castilla, qui évolue au troisième niveau espagnol. L’accès à l’équipe première peuplée de stars étant difficile, il ne revêtit qu’une seule fois la célèbre tunique des Merengue, le 31 mai 2009 à Osasuna, au milieu des Casillas, Robben, Van der Vaart, Lassana Diarra, Raul et Higuain. A l’été 2010, il signait en Belgique et cette saison, il était le capitaine du Germinal Beerschot. Capable de jouer latéral droit ou dans l’axe, il s’est plutôt forgé une bonne réputation outre-Quiévrain. Il devrait donc être capable de s’imposer en L2. Pour son premier match contre Lens, lundi, il a fait preuve de solidité mais il a été pris dans son dos sur le premier but lensois.
SUBASIC,
première à l’étranger
Après Dado Prso, Jerko Leko ou Nikola Pokrivac, Monaco compte de nouveau un footballeur croate dans ses rangs. Convoité par le club allemand de Shalke 04, ce gardien de 27 ans a finalement lui aussi atterri à Monaco, qui aurait déboursé 700?000 euros pour l’acquérir en lui offrant un salaire annuel de 350?000 euros pour un contrat de quatre ans et demi. Danijel Subasic est international (3 sélections en match amical), mais il n’était pas présent au sein de l’effectif croate lors de l’Euro 2008. Avec ce transfert à Monaco, c’est la première fois qu’il quitte son pays. Il évoluait à l’Hadjuk Split depuis 2008. Il a la réputation d’être un gardien assez sobre et solide, avec une bonne technique, mais, selon certains observateurs, il manquerait parfois de réactivité et aurait parfois du mal à s’imposer dans les sorties aériennes. A voir. Du coup, Monaco se retrouve avec quatre gardiens, et évidemment, Subasic n’est pas venu à priori pour rester sur le banc. Il devrait donc garder le but monégasque lors du prochain match à Angers, demain, au détriment du jeune Sourzac, préféré depuis trois matches à Carrasso, alors que Chabbert, titulaire en début de saison, se remet d’une opération au genou gauche.
WOLF,
la rigueur allemande
Monaco est allé chercher ce défenseur axial allemand plus expérimenté de 29 ans, qui a la particularité d’être né au Tadjikistan, l’une des anciennes républiques de l’URSS, et que Smolentsev connaissait tout particulièrement. Le Werder Brême a laissé partir pour 900?000 euros ce garçon affable et réputé rigoureux. Andreas Wolf a fait l’essentiel de sa carrière à Nuremberg, où l’ex-défenseur de Nice Pancho Abardonado l’a côtoyé de 2008 à 2009. « C’est un bon défenseur qui va vite, qui a un bon jeu de tête et qui n’est pas maladroit techniquement, assure Abardonado. Ça me fait bizarre de le voir quitter un club superstructuré comme le Werder et la D1 allemande pour Monaco et la L2. »
BARAZITE,
en passant par Arsenal
Né en Hollande de père marocain et de mère hollandaise, cet attaquant longiligne de 21 ans, international Espoirs hollandais, doit avoir un talent certain puisqu’il avait tapé dans l’œil d’Arsène Wenger, le manager français d’Arsenal. Nacer Barazite quitta les Pays-Bas et le NEC Nimègue à 16 ans. Direction Londres et la pouponnière d’Arsenal, où il n’a pas réussi à percer malgré une habileté manifeste en équipe de jeune notamment dans sa qualité de frappe et quelques apparitions en matches de Coupe, des blessures ayant freiné sa progression. Il a été prêté à Derby County, toujours en Angleterre, en 2008-2009, puis dans le club de Vitesse Arnhem, dans son pays, en 2010-2011. Mais l’expérience a tourné court et il s’est dirigé dès janvier 2011 vers l’Austria Vienne, en Autriche, où il a brillé, jusqu’à ce que Monaco arrive avec une offre estimée à 3 M d’euros pour s’adjuger ses services.
TOURE,
en passant par l’Iran
Ce géant sénégalais d’1,88 m est apparu, lundi soir, à la place du jeune Salli, blessé. Ibrahima Touré, 26 ans, est rentré au moment où le match commençait à basculer du côté de Lens, et s’il a chapardé quelques ballons aériens, il ne s’est pas montré réellement dangereux. Cet attaquant repéré par Jean-Luc Buisine aux Emirats arabes unis (Ajman club) aurait été acquis pour environ 1,1 million d’euros. Agé de 26 ans, il a suivi jusque-là un parcours assez atypique, qui l’a conduit a jouer (et à marquer) dans le Championnat iranien de 2007 à 2011.
La deuxième vague
Ammar JEMAL était recensé lui aussi mardi matin sur le site de la LFP au rayon des transferts de ce monopoly monégasque où il semblerait que tous les postes soient doublés ou triplés. Sixième recrue de ce mercato, ce défenseur tunisien appartenant au club suisse des Young Boys de Berne évoluait depuis le début de saison en Allemagne, au FC Cologne, où il était prêté. C’est un latéral gauche de 24 ans qui dispute actuellement la Coupe d’Afrique des Nations. Un peu plus tard, c’était au tour d’Alexandros TZIOLIS, un milieu international grec massif de 26 ans, plus ou moins titulaire au Racing Santander en Espagne, de s’engager en faveur de l’ASM pour trois ans et demi et un transfert estimé à 200?000 euros. Le transfert d’un autre international grec, Giorgios TZAVELLAS, défenseur ayant peu joué cette saison à l’Eintracht Francfort (D2 allemande), a été conclu, et la Sampdoria de Gênes (D2 italienne) a annoncé le départ pour la Principauté de Vladimir KOMAN, un milieu de terrain hongrois d’origine ukrainienne de 22 ans qui aurait signé 4 ans et demi. Quant au milieu offensif international hongrois Szabolcs HUSZTI, 28 ans, qui évolue au Zénith Saint-Pétersbourg (RUS), il semblait très proche lui aussi de l’ASM mardi, puisqu’un accord aurait été trouvé entre les deux clubs. Autre joueur pressenti dans le secteur offensif, l’attaquant israélien Toto TAMUZ, qui sévit à l’Hapoël Tel Aviv. Quant à la recrue phare de ce mercato monégasque, en tout cas la plus onéreuse, ce pouvait être le milieu offensif marocain du FC Bruges Nadir DIRAR, un international marocain qui n’a pas été retenu par le sélectionneur du Maroc à la CAN. Mardi, en fin d’après-midi, son agent assurait que son transfert était bouclé. Monaco aurait déboursé entre 6 et 7,5 millions d’euros pour ce joueur talentueux de 25 ans « qui a irrité plus d’une fois avec ses humeurs inégales en trois années et demi de présence à Bruges » selon le site internet du quotidien belge Le Soir. Il se serait engagé pour quatre ans et demi. Au final, Monaco pouvait donc, selon les dernières tractations dans la soirée de mardi, avoir recruté, en contrat longue durée et exclusivement à l’étranger, 9 à 12 joueurs (!), ce qui est étonnant pour un mercato d’hiver, et l’effectif comprendrait 35 à 38 pros, ce qui est énorme, en comptant les départs de Mango, de retour de prêt à Marseille, de Malcuit, prêté à Vannes (N) et de Nimani, prêté au PAOK Salonique (GRE).
« J’espère continuer ici »
A l’image de son club, Marama Vahirua a connu une première partie d’exercice compliquée. Plus souvent sur le banc que sur le terrain, il observe d’un œil attentif les changements au sein de l’ASM. Nouvelles recrues, encadrement modifié, avenir incertain… L’attaquant tahitien se confie.
Propos recueillis par Romain Chardan.
Monaco Hebdo?: Marama, connaissiez-vous vos nouveaux coéquipiers??
Marama Vahirua?: Non pas du tout, je les découvre à l’entrainement. Nous allons avoir le temps de faire connaissance dans les prochains jours.
M.H.?: Que pensez-vous de ce recrutement??
M.V.?: Comme je vous l’ai dit, je ne les connais pas trop. Comme tous les joueurs qui arrivent dans un club, ils sont volontaires et veulent se distinguer pour jouer. Après, il faudra voir sur le terrain, mais je pense que ce sera bénéfique pour le club.
M.H.?: Comment le groupe voit-il ces nouvelles arrivées??
M.V.?: D’un point de vue collectif, cela devenait nécessaire. Notre début de saison a été catastrophique, il fallait du sang neuf. Après sur le plan personnel, c’est vrai que l’on vit ça un peu difficilement parce que ça fait de la concurrence en plus. Mais on sait que ça fait partie du métier.
M.H.?: Comment vivez-vous le recrutement de deux joueurs à vocation offensive, vous l’attaquant??
M.V.?: C’est dur. Déjà que je ne joue presque plus. Je ne fais pas partie des choix du coach et je l’accepte. Mais voir des recrues arriver dans le secteur où j’évolue va me rendre la tâche encore plus difficile. Je m’accroche et j’espère pouvoir prouver ma valeur au coach et aux dirigeants.
M.H.?: Que pensez vous de l’arrivée des investisseurs et de l’encadrement russes au sein de l’ASM??
M.V.?: C’est une très bonne chose. Déjà pour l’équipe, ils amènent de l’argent et des joueurs. Ils ont amené leur rigueur aussi, un état d’esprit typique des russes. On a pu voir que leur arrivée a porté ses fruits depuis le début de l’année où on commence à se reprendre en championnat.
M.H.?: Sur un plan personnel, vous connaissez une saison difficile. Serez-vous toujours monégasque l’an prochain??
M.V.?: Je l’espère. J’ai toujours dit que je voulais rester à Monaco. Pour l’instant je n’ai eu aucune discussion avec le coach ou les dirigeants. J’attends de voir. Mais il est certain que si je vois que je vais dans le mur, je ne vais pas y foncer dedans tête baissée. Il faudra bien que l’on discute à un moment ou à un autre.
M.H.?: Vous avez des touches pour la saison prochaine??
M.V.?: Pas pour le moment. J’ai toujours mon contrat à Nancy, mais je n’y ai pas réfléchi pour le moment. Je veux déjà faire le maximum pour rejouer avec l’ASM cette saison et aider l’équipe à remonter la pente.
M.H.?: Est-ce dans cette optique que vous avez commencé les diplômes d’entraineur??
M.V.?: Non, non (rires). Je me prépare juste pour la suite. Je suis plus près de la fin que du début, et je ne voudrais pas arriver le jour où je m’arrête en ne sachant pas quoi faire. Je prépare donc ces diplômes pour prendre un peu d’avance.
M.H.?: Une petite préférence pour vos débuts d’entraineur??
M.V.?: J’aimerais bien une équipe de jeunes. J’aime beaucoup la formation, et ma passion pour le coaching pourrait m’amener à m’occuper d’un groupe de moins de quinze ou de moins de dix-sept par exemple. Une fois que le temps sera venu, j’enverrai des CV dans les clubs où j’ai joué, et on verra bien si une opportunité se présente.




