Dans un monde où l’information est devenue une arme, la souveraineté d’un Etat ne se limite pas à contrôler ses frontières. Elle se mesure aussi à sa capacité à maîtriser son environnement informationnel. Monaco l’a bien compris. Située au cœur d’une Europe fracturée, entre les ambitions de puissances émergentes et les tensions croissantes au sein des démocraties occidentales, la principauté doit se protéger des risques d’ingérences étrangères, mais aussi des manipulations économiques et des cyber offensives qui pourraient menacer sa stabilité. Pour cela, des structures de contrôle existent. La sûreté publique a été créée en 1902, en remplacement de l’ancien service de police. Elle dépend du département de l’intérieur. Parmi ses missions se trouve la surveillance du territoire. Monaco a ensuite lancé, au début des années 2000, la Section des informations générales, des études et du renseignement (SIGER). Il s’agissait d’une petite unité, chargée de missions d’intelligence économique et de gestion de renseignements. En 2017, une ordonnance souveraine a créé la Direction du renseignement intérieur (DRI) au sein de la sûreté publique, en remplacement de la SIGER. Ses missions consistent à la collecte, à l’analyse et à la transmission de renseignements internes destinés aux autorités monégasques, notamment au prince, au ministre d’État, et au gouvernement. Huit ans plus tard, dans le cadre d’une réforme du renseignement, la DRI pourrait voir ses effectifs renforcés, et cela, pour de multiples raisons. A l’heure où les menaces transnationales se complexifient, Monaco est confronté à des défis qui dépassent largement son territoire. Après avoir été épinglé en janvier 2023 par Moneyval, l’organe de lutte contre le blanchiment d’argent du Conseil de l’Europe, le Groupe d’action financière (Gafi) a placé Monaco sur sa liste grise le 28 juin 2024, ce qui pourrait fissurer sa crédibilité à l’étranger. Au niveau européen, l’inaction est interprétée comme un risque systémique, donc le gouvernement monégasque avance à marche forcée pour répondre aux attentes de Moneyval, et tenter de quitter cette liste grise, si possible, en juin 2026. Si la principauté attire les grosses fortunes, cette attractivité implique aussi des risques accrus : criminalité financière, fraudes complexes, et interférences étrangères, entre autres. Des problématiques géopolitiques pèsent aussi sur la principauté. Cyberattaques, espionnage industriel, influences venues d’autres pays : Monaco est une cible potentielle. Bien que protégée par des accords avec la France, la souveraineté monégasque passe aussi par une capacité autonome d’analyse, de veille et de réponse. La coopération extérieure, notamment française par le biais du Bureau des coopérations nationales (BCN) de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), est précieuse. Mais Monaco ne peut faire l’économie d’une capacité de veille stratégique nationale. Dans un monde instable, il est impératif pour chaque Etat de comprendre, de prévenir et de protéger. En renforçant sa DRI, Monaco sait qu’il défend aussi sa souveraineté. Et que cela est nécessaire pour affirmer encore un peu plus son rôle comme acteur fiable du concert international.
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