Comment troquer les Mc Do et kebabs de nos ados contre des fruits et laitages?? Le nutritionniste Pierre Dukan propose d’inscrire au menu du Bac la lutte contre les kilos en trop. La mesure fait polémique et relance le débat sur l’alimentation de nos (grandes) têtes blondes.
Moins de malbouffe pourrait-il valoir plus de points au baccalauréat?? Depuis qu’il a lancé l’idée début janvier, le nutritionniste médiatique Pierre Dukan n’en finit pas de susciter les critiques. En cause?? La proposition de création d’une option « poids d’équilibre » apportant des points supplémentaires aux élèves ayant stabilisé leur IMC (indice de masse corporel) entre 18 et 25 de la Seconde à la Terminale. A l’appui, le bon docteur Dukan fait valoir la progression de l’obésité chez les futurs adultes. Entre 18 et 20 % des ados seraient concernés par le surpoids — dont 60 % en souffriront encore adultes… Principal accusé?? La malbouffe façon barres chocolatées, sodas ou burgers. 80 % des 15-19 ans avouent grignoter facilement. Selon l’étude Nutrinet rendue publique cet hiver, les 18-25 ans seraient trois fois moins nombreux à suivre les recommandations nutritionnelles. Ils « sécheraient » tout particulièrement les reco de cinq fruits et légumes quotidiens ainsi que de trois produits laitiers hebdo…
Revendication du plaisir
S’ils s’inquiètent des risques de stigmatisation ou de troubles alimentaires que pourrait créer l’évaluation de l’IMC dès le lycée, de nombreux spécialistes remettent surtout en cause le constat de base du docteur Dukan. Depuis quelques années en effet, plusieurs enquêtes menées sur le terrain, avec le concours d’anthropologues notamment, montrent que nos ados sont loin d’être de simples victimes consentantes de la « malbouffe ». « Les ados ont une culture alimentaire plus « hybride » qu’on ne l’imagine?: ils connaissent les messages nutritionnels mais revendiquent une vraie dimension de « plaisir » dans leur alimentation. La nourriture contribue à construire leur identité?: la convivialité et les liens sociaux qui se tissent autour du repas sont souvent très importants et ils expriment une vraie curiosité pour ce qu’ils mangent », confie Véronique Pardo, anthropologue et directrice adjointe de l’OCHA (Observatoire Cniel des habitudes alimentaires). Pendant 4 ans, la chercheuse et son équipe ont suivi quelque 2?000 ados dans 500 familles à travers la France. Pour voir ce qu’ils consommaient à table, mais aussi en soirée, au lycée ou pendant les réunions familiales. Conclusion?? « Ils mettent en avant dans les enseignes de restauration rapide la possibilité de se retrouver à plusieurs autour d’un café ou d’un cornet de frites, mais ils parlent également avec envie des bons plats cuisinés en famille qu’ils ne peuvent généralement pas se payer faute de budget… »
Menus et ateliers ados
L’enjeu n’est donc pas tant de stigmatiser leurs penchants de « malbouffe » que de valoriser une alimentation qui corresponde plus à leurs modes de vie. Certains experts ont ainsi récemment proposé la création de « menus ados » à moins de dix euros dans les restos, qui feraient le pendant des menus enfants existants. « On pourrait aussi développer les ateliers cuisine dans les lycées?: dans les établissements où ils sont mis en place, ils font salle comble?! Les réseaux sociaux pourraient également être mis à contribution?: des web series sont en projet, évoquant les repas et la cuisine de jeunes installés en colocation… » Dans ses propositions, le docteur Dukan évoquait également le lancement de « Mc Du », burgers à base de galettes de son d’avoine, concurrents des McDo classiques. Suggestion certes moins médiatique que l’option régime du Bac, mais probablement bien plus efficace pour faire évoluer les habitudes de nos chers ados…



