Ce phénomène est appelé « surverse », par les professionnels du secteur. Lorsque les débits d’eau entrant dans l’usine de prétraitement des eaux résiduelles de Monaco sont trop élevés, les vannes sont ouvertes en direction de la mer Méditerranée. Avec quelles conséquences ? Monaco Hebdo a posé la question aux responsables.
A Monaco, il est courant de vivre de forts épisodes de pluies. Si la plupart du temps la météo est sèche, il arrive que, pendant quelques heures, de très grandes quantités d’eau tombent. Si à la surface, les habitants ne s’en rendent pas compte, une véritable course contre-la-montre commence sous terre. Si, en temps normal, l’usine de prétraitement des eaux résiduelles (UPTER) traite environ 15 millions de litres d’eau quotidiennement, ce volume peut dépasser les 100 millions de litres par temps de fortes pluies. Or, les installations de l’usine ne sont, selon la direction de l’UPTER, « pas capables de gérer une aussi grande quantité d’eau, sans faire déborder les installations ».
« Si votre voiture est très sale, vous allez la laver au jet d’eau. Les premières minutes, l’eau va être très sale et très concentrée. Mais, au bout d’une heure, l’eau va être claire. C’est exactement pareil pour moi »
Des risques pour l’environnement ?
Alors, que se passe-t-il dans ces cas-là ? Un système de dernier recours est installé dans l’usine. Il se matérialise sous un énorme tube d’acier qui s’enfonce dans la roche. Pour éviter les débordements sur la voie publique, les techniciens ouvrent les vannes de sécurité, qui réorientent les eaux usées à 80 mètres du rivage, dans la mer. Quels risques cela représente-t-il pour l’environnement et pour notre santé ? « Ils sont minimes », assure l’UPTER. Laurent Tallarida, technicien territorial en chef de la section assainissement, prend l’exemple du lavage à domicile des voitures : « Si votre voiture est très sale, vous allez la laver au jet d’eau. Les premières minutes, l’eau va être très sale et très concentrée. Mais au bout d’une heure, l’eau va être claire. C’est exactement pareil pour moi. Ce qui m’intéresse, ce sont les premières eaux, celles qui sont chargées en polluants. »

Les aires marines protégées contrôlées ?
Si sur le principe l’exemple peut paraître séduisant, dans les faits, l’UPTER envoie en mer des eaux qui ne passent pas par l’ensemble des différentes étapes de traitement de l’usine. Cette même eau est jetée à quelques centaines de mètres des deux aires marines protégées (AMPN) de la principauté. Que ce soit l’aire marine protégée du Larvotto ou celle des Spélugues, située à côté du musée océanographique, elles sont en contact direct avec les eaux rejetées par ce système de « surverse ». « A chaque fois que l’on rejette, on va prévenir toutes les entités concernées, que ce soit le musée, les thermes, ou les aires marines protégées. De plus, des analyses sont régulièrement faites par la direction de l’environnement dans ces espaces », ajoute Laurent Tallarida. « On analyse la masse d’eau, on va aller plutôt sur des propriétés environnementales du milieu. On fait notamment des mesures de sédiments en plusieurs points qui nous permettent de mesurer l’impact d’une potentielle pollution à long terme », explique Valérie Davenet, à la tête de la direction de l’environnement. Elle affirme que sept points de contrôles sont présents tout au long des côtes monégasque, mais que la traque des composés polluants, notamment les micropolluants, est gérée en amont, par l’UPTER : « Les contrôles sont fait avant le rejet en mer, sinon ça ne sert pas à grand-chose. L’objectif c’est que la pollution soit stoppée avant d’arriver sur nos côtes. » Depuis une quinzaine d’années, les micropolluants présents dans les eaux usées sont de plus en plus au cœur des problématiques de santé publique. Pourtant, ce qui inquiète la directrice relève plutôt d’autres données : « On a des mesures depuis 50 ans, et ce qui est alarmant, c’est la hausse de la température de l’eau qui, forcément, joue sur le milieu naturel. Mais sinon, toutes les autres données restent stables. »
Des bassins d’orage en solution annexe
Ces rejets en mer n’auraient donc pas d’incidence à long terme selon la direction de l’environnement. De son côté, l’UPTER affirme n’avoir que très rarement recours à cette solution qui est « le dernier levier pour éviter tout débordement en principauté ». Laurent Tallarida l’affirme : « Je ne vais pas m’amuser à rejeter de l’eau souillée par temps sec quand les gens se baignent. Si je fais ça, je vais au casse-pipe. » En parallèle, une solution se développe en principauté. Il s’agit des bassins d’orage, qui servent comme éléments de rétention lors des fortes pluies. Il en existe deux en principauté. Le premier est opérationnel depuis 2008, à l’entrée de Cap d’Ail, près du cimetière. Le second a été lancé en 2020 à proximité de Mareterra. Ce système permet de retenir 4 700 m3 d’eau lors des fortes pluies. De plus, la direction de l’assainissement affirme que l’ensemble des grands chantiers de l’Etat ainsi que la plupart des grands chantiers privés sont désormais équipés de ce système. Toutefois, aucune donnée chiffrée sur le nombre de bassins de rétention à Monaco n’a pu nous être transférée. Mais par manque de place et par contrainte vis-à-vis du coût au mètre carré à Monaco, ce système peine à augmenter en volume en principauté.



