vendredi 17 avril 2026
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Application Carlo — Corinne Bertani : « Tout changer serait peut-être une erreur »

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Après des rumeurs de baisse de participation de l’Etat dans l’application Carlo, la conseillère nationale Corinne Bertani, vice-présidente en charge du commerce et de l’attractivité, espère une temporisation. « Discuter et réfléchir » sont ses mots d’ordre. Attractivité, TVA, prime aux fonctionnaires, elle espère pouvoir maintenir le système en place, tout en acceptant le fait « qu’on ne peut pas continuer comme cela ».

Quelle est la place du commerce de proximité à Monaco ?

A tort, beaucoup de personnes, pensent que Monaco est un pays qui ne vit que par les résidents. Cette pensée occulte la place des habitants locaux et leur place, c’est le cliché typique de quelqu’un qui ne s’intéresse pas à notre pays. Dans notre pays, il y a des gens qui travaillent, des gens qui en majorité ne sont pas riches. Ces gens-là, il faut bien qu’ils fassent leurs courses, qu’ils vivent comme tout le monde. On a besoin de boulangerie, de bouchers, de restaurants… Notre volonté, c’est de maintenir ce commerce de proximité, qui est d’une importance capitale dans le fonctionnement de notre territoire.

Dans ce contexte, quelle est la place de l’application Carlo ?

Je me souviens, pendant la période du Covid, je faisais partie de la cellule de crise. Nous avions tout de suite été associés au gouvernement pour parler de Carlo. Le Conseil national a immédiatement dit que c’était une très bonne idée pour soutenir les commerçants. Notre volonté, c’était que les gens n’aillent pas faire leur course ailleurs. C’est déjà difficile pour les commerçants installés à Monaco, et la crise sanitaire pouvait aggraver leur situation.

« On souhaiterait avoir des réunions avec le gouvernement pour que l’on puisse leur exposer notre point de vue, et surtout pour qu’on puisse discuter, tous ensemble, de l’avenir de cette plateforme »

La direction que prend l’Etat monégasque dans le financement de l’application Carlo est au cœur des discussions entre commerçants : quel est votre point de vue ?

On a voté le budget en octobre 2024. Nous sommes des élus responsables, et on sait bien que l’on ne peut pas continuer comme cela. Notre démarche, c’est de dire qu’il faut continuer, mais sans passer du noir au blanc. Il faut que cela soit progressif et que, comme au début de l’application Carlo, on puisse en discuter ensemble pour tenter de trouver une évolution, mais pas une évolution brutale. On veut se poser et savoir comment garder l’attractivité que Carlo a apporté.

Lire aussi | Quel financement pour Carlo ?

Quels sont les risques d’un potentiel retrait à long terme du gouvernement dans le financement de Carlo ?

Ce qui m’inquiète, personnellement, c’est surtout le problème de la prime donnée aux fonctionnaires [6 millions d’euros dépensés en 2023 — NDLR]. Cela représente une certaine part des achats réalisés dans les commerces du pays, notamment en période de fin d’année. Qu’est-ce qu’il se passera, si l’Etat décide de ne plus avoir Carlo comme prestataire ? Est-ce que cette prime Carlo sera supprimée, au profit d’un retour de l’ancien système ? A savoir, une prime que chaque fonctionnaire pourrait dépenser dans un autre pays ? C’est risqué, notamment parce que le commerce local souffre. Carlo n’a pas fait exploser l’activité des commerçants locaux, mais elle l’a maintenue, je dirais.

Que faire, alors ?

Il faut qu’on réfléchisse de manière globale avec le gouvernement. Il faut penser « attractivité » au-delà des économies réalisables. Il faut penser long terme plutôt que court-terme. Quel impact aura cette baisse de participation, si elle est actée ? Comment faire pour pérenniser les achats en principauté ? Ce sont les questions qui vont être au cœur des discussions des prochaines semaines ou des prochains mois.

Les craintes sont réelles ?

Il faut bien se rendre compte que nous sommes entourés de centres commerciaux de villes, où il y a beaucoup plus de commerces et de diversité. Le risque, c’est que les gens reprennent l’habitude de prendre le train le week-end en direction de Nice ou de Menton, pour dépenser leur argent. On sait que certains le font toujours, mais sans Carlo, cette part pourrait bien exploser. Derrière ces chiffres, je parle aussi de l’humain. Sans l’activité actuelle, les commerçants monégasques vont souffrir, et on peut facilement imaginer la fermeture de commerces. On a retrouvé une attractivité commerciale forte grâce à cette application. Cela a demandé des efforts, et je ne vois pas comment on peut se permettre actuellement de perdre cela.

Peut-on imaginer un système de bons d’achat interne au gouvernement pour prendre la place de Carlo, qui reste une entreprise privée ?

Je ne suis pas l’exécutif. Je pense qu’actuellement, on a un bon produit. On a quelque chose qui est maintenant dans les habitudes des consommateurs. Je ne vois pas pourquoi je changerais. Qu’on change les conditions d’utilisation, pourquoi pas ? Mais tout changer serait peut-être une erreur.

« Le risque, c’est que les gens reprennent l’habitude de prendre le train le week-end en direction de Nice ou de Menton, pour dépenser leur argent. On sait que certains le font toujours, mais sans Carlo, cette part pourrait bien exploser »

Quel va être le rôle du Conseil national dans l’évolution de ce dossier ?

On a demandé à rencontrer le gouvernement. Notamment pour que nous, conseillers nationaux, soyons liés aux discussions sur l’évolution de Carlo. On souhaiterait avoir des réunions avec le gouvernement pour que l’on puisse leur exposer notre point de vue, et surtout pour qu’on puisse discuter, tous ensemble, de l’avenir de cette plateforme. Il faut bien comprendre que rien n’est défini. Notre rôle c’est aussi de réfléchir en amont à l’impact potentiel sur l’économie monégasque, à long terme. Je n’ai pas les chiffres, mais Carlo apporte une plus-value certaine au niveau de la TVA, et donc des rentrées d’argent pour l’Etat. Si Carlo s’arrête et que les pendulaires décident de faire leurs courses à l’extérieur, il faut bien comprendre que l’argent gagné via la TVA va aussi baisser. C’est aussi là tout le fond du problème : il faut bien jauger pour savoir les pertes potentielles d’un tel retrait, à long terme.

Quels sont les retours que vous avez sur le terrain, et notamment de la part des commerçants ?

Je suis en contact avec les commerçants, j’ai une réunion ce vendredi [15 novembre 2024— NLDR] avec eux, pour prendre le pouls. Ils sont inquiets, puisque si la prise en charge du commerçant dans Carlo est supérieure à la prise en charge d’une carte de crédit, ils perdent en rentabilité. Mais, une fois de plus, tout cela est en cours de discussion, et nous avons bon espoir de voir Carlo perdurer dans le fonctionnement de l’économie locale.

Pour revenir au début de notre dossier sur l’application Carlo, cliquez ici.

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