Le 3 juin 2025, l’Union des commerçants et des artisans de Monaco a organisé sa première « Matinale du commerce ». Cet événement a réunit autour de la table les décideurs politiques, les commerçants et les syndicats. Pendant quelques heures, les différents maillons du commerce monégasque ont pu dresser un état des lieux.
« L’année 2024 a été superbe. » Alexandre Pasta, le président de l’Union des commerçants et des artisans de Monaco (Ucam) est un homme heureux. À l’occasion de la première matinale du commerce organisée le mardi 3 juin 2025, il est revenu sur la santé du commerce à Monaco. Pendant toute une matinée, les responsables politiques, les chefs d’entreprises et les membres de l’Ucam se sont retrouvés pour dresser un bilan, et pour préparer l’avenir. « Nous avions à cœur de renouer le dialogue entre toutes les instances. Cela nous permet aussi de visualiser les pistes de réflexions pour l’avenir, et d’en discuter tous ensemble », explique Alexandre Pasta. Dans le rétroviseur de tous ces acteurs, les chiffres, séduisants, du commerce en principauté sur l’exercice précédent avec 853 établissements, 3 140 employés et 455 employeurs.
PIB du commerce : une hausse de 62 % en dix ans
Un secteur « qui se porte bien et qui continue d’évoluer », assure Alexandre Pasta. Mais quels sont les leviers qui ont permis au commerce monégasque de briller depuis 10 ans ? Il faut tout d’abord étudier le contexte économique de ce secteur, notamment à travers l’évolution de la place du commerce dans le paysage économique du pays. Entre 2014 et 2024, le PIB du commerce a augmenté de 62 % à Monaco, atteignant 575 millions d’euros sur les 9,24 milliards d’euros qui composent le PIB du pays. Cette augmentation se comprend via plusieurs facteurs. Le premier, c’est la hausse continue du nombre de salariés en principauté, passant de 47 903 en décembre 2014 à 65 680 à la fin de l’année 2024, selon les chiffres publiés par l’Institut monégasque de la statistique et des études économiques (Imsee), ce qui représente une hausse de 37 %. Nous avons demandé auprès de l’Imsee des chiffres sur l’argent dépensé par chaque salarié dans les commerces de la principauté. Or, aucune étude de ce type n’a encore été réalisée par cet organe de statistiques. Le seul équivalent que l’on peut trouver, c’est l’enquête actuellement en cours sur les montants dépensés par chaque touriste à Monaco. Cette étude sera publiée en début d’année 2026. Mais on peut facilement penser que la hausse de travailleurs implique une hausse des dépenses journalières auprès des commerces, notamment dans les commerces de bouche. Pour Alexandre Pasta, cette hausse du nombre de salariés est intimement liée au climat, et « aux efforts mis en place depuis 50 ans pour rendre la principauté attractive en matière d’emploi ».
Entre 2014 et 2024, le PIB du commerce a augmenté de 62 % à Monaco, atteignant 575 millions d’euros sur les 9,24 milliards d’euros qui composent le PIB de la principauté
Le rôle de Carlo dans le commerce local
L’autre levier, c’est l’arrivée de Carlo dans le paysage économique monégasque. En effet, depuis son lancement en décembre 2020, cette application n’a cessé de prendre de l’ampleur dans le quotidien des résidents, mais aussi des travailleurs en principauté. En 2024, Carlo avait été adopté par 700 commerces et 80 000 utilisateurs, pour un total de 146 millions d’euros de transactions dans l’année. Cet outil est reconnu et, semble-t-il, apprécié par les différents organes de la vie politique locale. A commencer par la conseillère nationale Corine Bertani, qui expliquait à Monaco Hebdo en novembre 2024 que Carlo « a tout de suite été une bonne idée pour soutenir les commerçants. La volonté du Conseil national c’était que les gens n’aillent pas faire leurs courses ailleurs ».
L’interconnexion entre quartiers : la clé du succès ?
Outre Carlo et la hausse du nombre de salariés en principauté, un troisième axe a été présenté lors de ce premier rendez-vous de la « Matinale du commerce » comme étant responsable de la bonne santé du commerce. Il s’agit de l’interconnexion entre les quartiers. Pourtant, pour le président de l’Ucam, ce levier peut être rendu plus efficace : « Avec les projets du marché de la Condamine et du centre commercial de Fontvieille, nous espérons la mise en place d’une amélioration de la connexion entre les deux quartiers, pour favoriser les échanges. » Dans le même temps, Alexandre Pasta continue de penser à un projet « qui tient du rêve » : celui d’un ascenseur qui relierait la Condamine au Rocher : « Je pense que cela serait bénéfique pour les commerces de Monaco-Ville. Mais, on le sait, c’est un projet qui est dans les têtes depuis 50 ans, et qui ne devrait pas aboutir tout de suite. »
Bientôt Your Monaco dans chaque commerce ?
Pour 2025, la Matinale du commerce a aussi permis de présenter plusieurs actions concrètes qui vont être mises en place rapidement, notamment le développement de Your Monaco. Cette application offre à l’utilisateur une carte interactive pour savoir où se trouve le commerce dont il a besoin. Alexandre Pasta souhaite que chaque commerce de la principauté soit lié à un QR code, reliant l’utilisateur à l’application, selon ses besoins. L’autre grand projet, c’est la rénovation des commerces situés sur le boulevard des Moulins : « Encore très récemment, nous avons discuté avec le gouvernement pour savoir comment rendre cette artère du commerce plus attractive. Et nous avons choisi une « refloraison », ainsi qu’une végétalisation poussée de ce boulevard. » Le dernier projet qui va se concrétiser cette année, c’est l’amélioration de l’éclairage sur la partie basse du Larvotto : « Nous avions remarqué que cette partie était trop sombre, notamment en hiver. Nous allons donc avoir des éclairages supplémentaires. »
L’année 2025, aussi belle que 2 024
Seul point que regrettent plusieurs commerçants, que Monaco Hebdo a pu rencontrer dans le cadre d’un dossier récent sur le commerce de proximité [à ce sujet, lire notre dossier Le commerce monégasque freiné par des loyers élevés et par un manque de diversité, publié dans Monaco Hebdo n° 1360 — NDLR], la multiplication des enseignes au profit de la disparition des petites échoppes. Pour Alexandre Pasta, Monaco évolue avec son temps : « Comme dans toutes les grandes villes du globe, des enseignes connues s’installent. Effectivement, le commerce d’ultra-proximité diminue en principauté, car il y a d’autres offres. Il y a notamment l’influence d’Internet, qui permet aux personnes d’avoir accès aux produits du quotidien plus facilement. C’est comme ça, c’est l’évolution. Et Monaco doit la suivre, car la principauté est un pays au rayonnement international. » Selon Alexandre Pasta, l’année 2025 s’annonce aussi belle que l’année précédente, avec « des chiffres qui sont déjà très bons ». La Matinale du commerce fera son retour en 2026, pour sa seconde édition. De son côté, avec cet événement, l’Ucam espère attirer de nouveaux adhérents.



