
L’annonce dans la presse d’un gel des travaux du marché de la Condamine a soulevé la colère du maire de Monaco Georges Marsan, des élus du conseil communal et des commerçants. D’une même voix, ils dénoncent un préjudice moral et financier. Et une marque de mépris du gouvernement à leur égard.
C’est une petite phrase publiée dans la presse qui a mis le feu aux poudres. Alors que les premiers coups de pioche pour amorcer la rénovation du marché de la Condamine devaient être donnés, selon la mairie, en septembre, le leader de Rassemblement et Enjeux Laurent Nouvion a jeté un pavé dans la mare en annonçant à la presse locale, le lundi 19 septembre, qu’un « gel des travaux » avait été décidé par le gouvernement. Une annonce qui intervient alors que l’Etat avait déjà repoussé le calendrier des travaux à plusieurs reprises. Aussitôt publiée dans la presse, l‘information soulève une colère noire de la mairie. Autant sur le fond sur que sur la forme. « Aucune information officielle et aucun courrier ne nous sont parvenus en mairie à ce sujet alors que l’architecte, les services gouvernementaux, les services de la mairie et les cabinets d’études ont tous travaillé d’arrache-pied sur ce projet, tempête le maire Georges Marsan. On était assez furieux de ne pas être mis au courant et d’apprendre la nouvelle dans les journaux ». Tous ont alors décidé de faire front commun. Maire, commerçants et élus du conseil communal. « Le financement est assuré totalement par le gouvernement, qui est maître d’ouvrage. On est donc totalement tributaire de ses décisions. C’est important de le souligner par rapport à la population car j’entends souvent les commerçants ou les résidents dire que la mairie ne veut pas faire en sorte que ce projet aboutisse », insiste Georges Marsan.
Marché, médiathèque?: bis repetita??
D’autant que ce projet a aussi subi une substantielle baisse budgétaire?: en avril 2011, l’enveloppe est en effet passée de 9 millions à 7,260 millions d’euros. Discipline budgétaire oblige. « Nous comprenons l’obligation du gouvernement de devoir réduire son train de vie. Avec résignation, nous avions pris acte du report de certains projets municipaux comme la médiathèque ou la surélévation de la mairie. Notre institution sait être raisonnable quand il le faut. Mais si notre pays doit faire des économies, doit-il faire aussi l’économie des règles les plus élémentaires?: respect, bon sens et franchise?? », a lancé l’élu Yann Malgherini, lors de la dernière séance du conseil communal, le 26 septembre, pour laquelle plus d’une vingtaine de commerçants et quelques élus du conseil national avaient fait le déplacement. Il faut dire que la mairie à de quoi être échaudée. Sur la forme, les reports successifs du marché rappellent ceux subis par la médiathèque. « Avec la médiathèque et le marché, nous touchons deux aspects populaires de la principauté. La marché est un lieu d’échange, de vie et la médiathèque un lieu de culture populaire. Le gouvernement ne cesse de parler d’économie et d’attractivité. Mais ne pense pas suffisamment à la qualité de vie des résidents et des Monégasques. C’est quelque chose de très grave », a lancé de son côté l’élue Françoise Gamerdinger.

« Le marché tourne au ralenti »
Au-delà de ce nouveau « gel » annoncé dans la presse, c’est tout un passif entre maire et gouvernement qui remonte aujourd’hui à la surface. Avec en toile de fond le préjudice moral et financier subi par les commerçants. « Le marché vit au ralenti. Derrière, il y a des commerçants qui attendent depuis 2006 cette restructuration. A leur égard, c’est un total manque de respect. D’autant que depuis 3 ans, de notre côté, on a vidé le marché, et on n’a plus renouvelé les autorisations. De nombreuses cabines sont restées fermées. Chaque report supplémentaire dégrade un peu plus la situation », ajoute le maire, qui rappelle d’ailleurs que « 1?000 m2 de surfaces commerciales ne sont pas utilisés en plein centre-ville. Alors que c’est un projet qui va dynamiser tout le quartier, et dont le coût n’est pas exorbitant ». Une colère évidemment partagée par les commerçants de la place. « Cette situation est honteuse. Car c’est un cercle vicieux. Etant donné que les cabines ont été fermées au fur et mesure et non renouvelées, il y a de moins en moins de monde qui vient au marché », explique de son côté Dominique Olivier, boucher à la Condamine depuis 25 ans.
« Crise de confiance »
En séance publique, certains élus sont allés encore plus loin. « Un nouveau report sine die serait un mépris de la population, des commerçants et de la mairie, a avancé de son côté l’élu Nicolas Croesi, C’est une opération d’utilité publique, un lieu de vie, un lieu de travail, le cœur populaire de Monaco. On ne peut pas laisser péricliter le marché alors que l’attractivité est, nous dit-on, une priorité de l’Etat. Ce que je vois c’est une crise de confiance avec le gouvernement ». Une situation qu’a également commentée celui par qui le « scandale » est arrivé. « A force d’être dans la culture du consensus préalable sur tous les sujets, on s’aperçoit que certaines institutions ne se font pas respecter. Ce qui est important c’est que la haute assemblée et la mairie soient unies sur ce sujet et que les arbitrages budgétaires ne mettent pas en péril des projets prioritaires », explique Laurent Nouvion. « Je comprends la colère de la mairie car il y a déjà eu un précédent avec la médiathèque, souligne de son côté l’élu de la majorité Bernard Marquet. Je regrette le manque de concertation entre le gouvernement et la mairie » (1). Et le président de l’Union des commerçants et artisans de Monaco (UCAM) d’enfoncer le clou. « Avec tous ces reports successifs, c’est presque à se demander quelle est la motivation réelle du gouvernement. Est-ce qu’il considère que la rénovation est toujours nécessaire?? », lance Pierre Brezzo pour qui le marché de la Condamine doit incarner « une locomotive pour l’ensemble du quartier ». Au final, ce dernier remue-ménage ne repose peut-être que sur un manque de communication entre institutions. Voire, à en croire la réponse du gouvernement, sur un gros malentendu.



