Le maire Horizons de Nice et président de la métropole Nice Côte d’Azur, Christian Estrosi (1), détaille pour Monaco Hebdo les différents projets destinés à désengorger les voies de circulation entre l’Italie, Monaco, et les Alpes-Maritimes. Interview.
Comment agissez-vous sur la question de la mobilité sur la Côte d’Azur ?
Depuis 2008, nous avons planifié à l’échelle de la Métropole un schéma des transports jusqu’en 2030, qui n’oppose personne et agit pour tous. Il vise une baisse de 126 000 tonnes de CO2 par an, soit environ 30 % de l’effort à fournir pour atteindre l’objectif de – 55 % d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Il s’agit, bien sûr, de diminuer les flux de circulation automobiles, d’améliorer la qualité de l’air grâce à une offre de transports 100 % « décarbonée », mais surtout d’offrir des solutions pour toutes les mobilités, sans les opposer : les automobilistes, les usagers des transports en commun, les cyclistes, et les piétons. Avec l’ensemble des maires de la Métropole, nous construisons cet équilibre territorial, là où les politiques d’urbanisme et les schémas de déplacement n’avaient pas été mis en cohérence par le passé. Les déplacements entre la Métropole et Monaco sont un sujet de préoccupation, que nous avons intégré dans notre schéma global.
Comment jugez-vous la qualité des déplacements sur la Côte d’Azur ?
Le trafic routier est très conséquent : plus de 30 000 véhicules transitent chaque jour. Compte tenu de l’attractivité importante de la principauté, tant au niveau économique que touristique, ce flux de circulation est amené à s’accroître encore davantage d’ici 2 030. Nous savons que les seules infrastructures actuelles ne sont pas adaptées à cela.
Que faire ?
Sur le volet routier, en complément du nouvel échangeur autoroutier de Beausoleil qui sera mis en service cette année par Escota, nous allons réaliser, avec la principauté et les autres acteurs institutionnels associés, plusieurs aménagements, dont la création d’une trémie sur la moyenne corniche, à Cap d’Ail, ou encore les études en vue de l’élargissement du giratoire de l’hôpital, et celui du boulevard du Jardin Exotique.
« Il y a l’idée d’une ligne à haute fréquence, pourquoi pas sous la forme d’un métro entre Nice et Monaco, avec des parties aériennes et souterraines, selon le tracé. Il est parfaitement cohérent avec la volonté du président de la République de déployer des RER métropolitains, et avec notre vision de territoire. C’est bien l’addition des solutions qui permettra d’atteindre nos objectifs climatiques »
Christian Estrosi. Maire Horizons de Nice et président de la métropole Nice Côte d’Azur
Et sur le rail ?
Parallèlement, dès mon élection en tant que président de région, fin 2015, j’ai souhaité améliorer l’offre de TER, afin de constituer une véritable alternative à la voiture. Or, nous avions hérité d’un réseau très fragile, avec 20 % de trains en retard, et 10 % de trains annulés chaque jour. Avec l’ouverture à la concurrence, nous doublerons l’offre d’ici 2025, avec un train tous les quarts d’heure, de 6 heures à 23 heures sur la ligne Cannes-Antibes-Nice-Monaco. Je rappelle aussi que depuis l’inauguration de la gare TER à l’aéroport de Nice en septembre 2022, au sein du vaste pôle d’échange multimodal que nous créons dans ce secteur, il est possible d’avoir une parfaite intermodalité entre l’avion et le train, permettant de rejoindre Monaco. Nous dénombrons déjà 6 500 usagers par jour contre 2 900 sur l’ancienne gare Nice Saint-Augustin.

Demandé par les élus du Conseil national depuis février 2018, où en est le projet de navette maritime Nice-Monaco-Menton ?
Le projet de liaison en navettes maritimes est toujours d’actualité. Le but est d’assurer un service régulier et complètement « décarboné » entre le port de Nice et Monaco, dans de bonnes conditions de déplacements, avec plus de 30 rotations par jour, en 40 à 50 minutes maximum. Après un premier appel d’offres qui n’a pas permis d’identifier une offre de transport suffisamment mature, un “sourcing” a été réalisé afin de mieux connaître l’état du marché en matière de navettes maritimes « zéro émission ». La mise en service à proprement dit d’une offre régulière « zéro émission » serait opérationnelle après 2026, d’après les industriels qui ont répondu à notre “sourcing”.
Que faire d’ici là ?
D’ici cette échéance, nous sommes convenus avec la principauté de Monaco de mener des expérimentations de bateaux « décarbonés » de plus petite taille. C’est un sujet que nous souhaitons pousser dans la perspective du sommet des Nations unies pour l’océan, que Nice accueillera en juin 2025. Il s’agit du troisième au monde après New York et Lisbonne, qui sera l’occasion d’un nouvel accord international autour de la protection de notre planète.
« Avec Giovani Toti, président de la Région Ligurie et Claudio Scajola, maire d’Imperia, et président de la province d’Imperia, nous sommes partis du constat qu’il est essentiel de renforcer les liaisons ferroviaires, notamment avec une ligne de train directe entre la future gare TGV « Nice aéroport » et Gênes, qui desservirait mieux Monaco, ainsi que le littoral de la région Ligurie »
D’autres solutions sont envisagées ?
Nous travaillons sur toutes les pistes qui nous permettront d’avoir un maillage de solutions entre notre Métropole et Monaco. Je pense ainsi au cadencement et à la sécurisation de la régularité de la ligne TER du littoral, aux phases 1 et 2 de la ligne nouvelle Provence-Côte d’Azur, au renforcement des lignes des chemins de fer de Provence et Nice-Breil, mais aussi à la création des lignes de tramways 4 et 5, directement connectées aux gares ferroviaires, au pôle d’échange de l’aéroport, aux communes de l’ouest, et à celles de la vallée du Paillon.
La création d’une ligne de métro entre Nice et Monaco a aussi été évoquée en octobre 2020 [à ce sujet, lire notre article Bientôt un métro entre Nice et Monaco ?] : qui est à l’origine de ce projet ?
Parmi ces projets complémentaires, il y a en effet l’idée d’une ligne à haute fréquence, pourquoi pas sous la forme d’un métro entre Nice et Monaco, avec des parties aériennes et souterraines, selon le tracé. Il est parfaitement cohérent avec la volonté du président de la République de déployer des RER métropolitains, et avec notre vision de territoire. C’est bien l’addition des solutions qui permettra d’atteindre nos objectifs climatiques. Bien évidemment, s’agissant d’un sujet d’Etat à Etat, ce dossier est sur la table des gouvernements français et monégasque. J’ai d’ailleurs eu l’occasion d’échanger à ce sujet avec Pierre Dartout, ministre d’Etat de la principauté (2) et également, avec Elisabeth Borne, la première ministre.
Il est aussi question de relier la piste cyclable qui relie Imperia à Ospedaletti, en Italie, jusqu’à Cagnes-sur-Mer, en passant par Menton et Monaco : quel est le calendrier espéré sur ce projet ?
Je tiens à rappeler que nous soutenons conjointement ce projet avec la principauté de Monaco, la région Ligurie, et la province d’Imperia, car cette piste cyclable servirait à améliorer la mobilité au quotidien et à développer le tourisme durable entre nos territoires. Nous en sommes actuellement au stade des études, car cela s’intègre plus largement dans une réflexion globale sur l’ensemble des déplacements ouest-est, le long du littoral de la Métropole. La réflexion menée est donc à l’échelle de toutes les mobilités.
Vous étiez il y a quelques semaines à Gênes et vous avez discuté avec Claudio Scajola le président de la province d’Imperia : quelles sont les principales avancées en ce qui concerne la mobilité ?
Avec Giovani Toti, président de la Région Ligurie et Claudio Scajola, maire d’Imperia, et président de la province d’Imperia, nous sommes partis du constat qu’il est essentiel de renforcer les liaisons ferroviaires, notamment avec une ligne de train directe entre la future gare TGV « Nice aéroport » et Gênes, qui desservirait mieux Monaco, ainsi que le littoral de la région Ligurie. Au-delà des atouts pour la mobilité du quotidien, cette liaison renforcée permettrait de mieux exploiter les atouts de nos territoires : le grand port à Gênes et l’aéroport international à Nice.
« La mise en service [d’une navette maritime Nice-Monaco-Menton — NDLR] avec une offre régulière « zéro émission » serait opérationnelle après 2026, d’après les industriels qui ont répondu à notre “sourcing” »
Quels autres sujets ont été abordés à cette occasion ?
Lorsque j’ai rencontré Claudio Scajola, je lui ai proposé de mettre en place deux programmes de développement transfrontalier. L’un sur le littoral, axé sur la mobilité et le développement économique, évoqué plus haut, en associant la principauté, et un autre sur nos territoires montagnards de la Métropole, d’Imperia et de Cuneo, qui aurait comme priorités la prévention et la gestion des risques, le développement du tourisme durable et la protection de la biodiversité. Avec un fil rouge : la prévention du dérèglement climatique. L’un des enjeux est d’accompagner les acteurs économiques, pour qu’ils puissent anticiper et soient mieux armés face aux crises à venir. Le tourisme durable a toute sa place dans cette économie de montagne que nous avons débuté avec le lancement des « Routes du Sel » qui permettent aux visiteurs et aux habitants de nos territoires de les découvrir de façon différente dans l’esprit du “slow-travel” [« voyage lent » ou « tourisme lent » — NDLR].
Envisagez-vous un Grand Prix de Formule 1 (F1) à Nice et si oui, ce Grand Prix viendrait-il concurrencer le Grand Prix de Monaco ?
La F1 est un sport populaire, particulièrement attractif, et suivi dans le monde entier. Je me bats avec le président de la République et le gouvernement auprès de la Formula One Group pour que la France retrouve son Grand Prix de F1, et je souhaite que celui-ci puisse continuer d’avoir lieu sur le circuit Paul-Ricard. Au Castellet, nous avons un circuit permanent et une organisation qui fonctionne. Nous avons de grandes villes à proximité pour l’hébergement et nous maîtrisons la question de la mobilité.
1) Christian Estrosi est aussi élu à la région Sud où il occupe les fonctions de premier vice-président délégué aux grands événements, aux relations internationales et à la francophonie et de vice-président de la commission permanente.
2) Contacté par Monaco Hebdo, le gouvernement monégasque n’a pas souhaité donner suite à notre demande d’interview. Également sollicité, le Conseil national n’a pas été en mesure de répondre avant le bouclage de ce numéro, mardi 11 juillet 2023.
Pour lire la suite de notre dossier « Mobilité : face à l’asphyxie, quelles solutions ? », cliquez ici.



