Conseiller, organiser et superviser le patrimoine de grandes fortunes internationales. De l’investissement à la gouvernance familiale, de la philanthropie au secrétariat, c’est une large palette de services que propose le multi family office créé en 2001 par François Mollat du Jourdin à Paris et Genève. Il explique à Monaco Hebdo le fonctionnement d’un MFO.
C’est l’un des tout premiers multi family office (MFO) du territoire français. Depuis 2001 et la création de son entreprise MJ&Cie, François Mollat du Jourdin accompagne plusieurs riches familles. « Nos clients sont des personnes fortunées, donc confrontées à des enjeux lourds et complexes. Il leur faut disposer d’une ressource sur laquelle s’appuyer pour décider, coordonner, administrer et contrôler, en toute indépendance, la stratégie (investissements, juridique et fiscal, familial) la plus pertinente pour eux. L’expertise et l’alignement d’intérêts sont donc fondamentaux », débute le chef d’entreprise. Face à ce constat, l’ancien banquier ouvre une entité indépendante « pour éviter les conflits d’intérêt ». Dans son entreprise, basée boulevard Haussmann dans le 8ème arrondissement de Paris, le capital est exclusivement détenu par les associés. Tous travaillent uniquement au service de ce family office et sont donc rémunérés par les honoraires facturés au client. « Que notre client décide de mettre 100 millions d’euros en gestion ou de les investir dans un immeuble ne changera rien à notre rémunération. Notre travail est de faire en sorte que ce choix stratégique soit cohérent par rapport à ses objectifs de long terme. Et que l’exécution soit réalisée dans les meilleures conditions. »
« Chef d’orchestre »
Au quotidien, l’équipe pluridisciplinaire qu’il a composée met à la disposition du client une ressource complète dans quatre domaines : le conseil en investissement, la structuration du patrimoine, la gestion administrative et l’accompagnement de la famille. « Nous sommes l’interlocuteur de confiance et travaillons en complémentarité avec tous les professionnels qui entourent le client. Nous sommes un chef d’orchestre. Nous coordonnons l’ensemble des musiciens, c’est-à-dire les professionnels nécessaires à l’administration et la gestion du patrimoine du client » résume celui qui occupe aussi le poste de secrétaire général de l’association française du family office (AFFO). Grâce à l’appui de spécialistes, le MFO cherche à faciliter la prise de décision à son client. Car c’est bien lui qui entérine le choix final. « Nous sommes un peu comme le fondé de pouvoir du XIXème siècle. Mais dans un monde éminemment complexe et mondialisé. Nous devons savoir qui est qui, qui fait quoi, qui est bon en quoi, ou à défaut pouvoir lancer une recherche pour identifier le bon spécialiste. »
Rémunération
Pour exécuter ce travail, une rémunération « dépendante de la volumétrie globale du patrimoine du client » est fixée en amont. Chez MJ&Cie, cette rémunération est trimestrielle. « Il est impératif que le family office ait des ressources suffisantes, humaines et technologiques, pour déployer les outils nécessaires à la prestation de ses clients. Notre entreprise doit aussi garantir à ses clients une pérennité sur le très long terme » justifie ce patron. Le profil de ses clients ? De grandes fortunes internationales « qui ont des intérêts ou un tropisme franco-européen fort et qui veulent s’appuyer sur un chef d’orchestre en Europe », aussi bien que de grandes fortunes françaises, de grands patrons de l’industrie ou des vieilles fortunes… Patrimoine minimum dans tous les cas pour faire appel à ses services : quelques dizaines de millions d’euros. Depuis le récent vote de la loi qui autorise l’activité de MFO à Monaco, François Mollat du Jourdin ne cache pas son intérêt pour l’ouverture d’un bureau. « Monaco est une place importante en matière de gestion de fortune. Avec cette loi, la Principauté marque un point important dans l’émergence et la structuration d’un nouveau métier au service des très grandes fortunes. »
25 %
A l’époque, l’ouverture d’un bureau à Genève avait été motivée par l’ampleur de la Suisse en matière de ressources disponibles. Mais ce professionnel estime que la place financière monégasque peut répondre à d’autres opportunités. « Cette avancée devrait amener MJ&Cie à se poser la question d’une installation à Monaco. Alors que jusqu’à maintenant, cela n’avait pas été envisagé », acquiesce-t-il. Pour lui, le potentiel d’activité des MFO est encore loin d’être atteint. « Je pense que 20 à 25 % des personnes concernées sont équipées en family office. Il y a donc un potentiel de développement très significatif. » Cette prise de conscience « certaine » serait alimentée par un fort besoin de tranquillité d’esprit et de confidentialité. « La valeur ajoutée du family office peut se mesurer aussi par le degré de confort qu’il apporte à ses clients, observe t-il. Nous sommes les gestionnaires des risques financiers, mais aussi juridiques, fiscaux, humains. Ce contrôle permanent empêche les dérives. Cela permet en particulier d’amortir très significativement les grands chocs. »



