L’Institut monégasque des statistiques et des études économiques (IMSEE) a présenté, le 28 juin, un observatoire de la démographie pour la première fois. Cette analyse dévoile de nombreuses données sociologiques sur les nationaux.
La population monégasque comptait 8 675 membres au 31 décembre 2012. Elle s’élevait à 3 004 nationaux en 1951. Jusqu’alors, la constatation se bornait au renforcement décennal de la communauté et au fait que les femmes y étaient historiquement et logiquement toujours plus nombreuses que les hommes. Elles le demeuraient encore l’an dernier avec 4 852 représentantes (55,9 %) contre 3 823 mâles nationaux (44,1 %). Une étude, menée par l’IMSEE à partir des données du service de l’état civil de la mairie, a permis de préciser les contours de péripéties qui surviennent dans la vie des Monégasques (naissance, mariage, divorce, décès, acquisition de la nationalité). C’est cet Observatoire de la démographie, que le directeur de l’institut Lionel Galfré et son collaborateur Pascal Ferry, ont présenté vendredi 28 juin dans les locaux de l’IMSEE. « Nous disposons enfin d’indicateurs traditionnels pour nous comparer avec les pays qui nous entourent. Nous avons assez de recul pour anticiper les tendances. Les lois statistiques s’appliquent néanmoins avec prudence compte tenu de la petite population que représente les Monégasques », a annoncé Lionel Galfré. Et le directeur de l’IMSEE de caractériser l’étude : « Du point de vue démographique, Monaco fait penser au Japon et à la France. Nous avons une natalité assez dynamique et une population assez vieillissante. En principauté, on fait tout un peu plus tard qu’en France. La pyramide des âges est large en haut mais elle s’alimente aussi par les côtés, grâce à l’acquisition de la nationalité par le mariage et les naturalisations. La loi sur la nationalité de 2011 va permettre de rendre plus homogènes les statistiques hommes/femmes. »
Le Monégasque moyen est un quadra
Selon les données établies par l’IMSEE, en 2012, les hommes étaient âgés de 40,6 ans en moyenne et les femmes de 46,3 ans. L’âge moyen du Monégasque atteignait donc 43,8 ans l’an dernier. A ne pas confondre avec l’âge médian : 44,7 ans, qui divise la population en deux : ceux qui ont plus et ceux qui ont moins. Les 65 et + représentent 24,4 % des nationaux et les 15 ans et -, 17,6 %. Selon l’étude de l’IMSEE, il y avait une poignée de femmes monégasques centenaires en 2012, pas d’hommes en revanche. La tendance pourrait toutefois changer avec l’allongement de l’espérance de vie. « On peut s’attendre à un nombre conséquent de centenaires dans dix ou vingt ans. Il n’y a pas de raison que Monaco soit à l’écart de ce phénomène. En France, les maisons de retraite sont en train de réfléchir à l’accueil des hommes centenaires car les infrastructures sont majoritairement adaptées pour accueillir des femmes de plus de 100 ans », développe Lionel Galfré. L’espérance de vie d’un(e) Monégasque à la naissance en 2012 grimpait à 84,7 ans. Ce qui constitue, à ce jour, très probablement l’espérance de vie la plus élevée au monde. Dans les conditions de vie de l’an dernier, les femmes pourraient ainsi vivre 86,8 ans et les hommes 82,7 ans.
Les nationaux immigrent peu
Paradoxe pour une terre qui accueille plusieurs milliers de travailleurs et résidents expatriés, les Monégasques eux, immigrent peu. Une écrasante majorité de nationaux (94,9 %) vivent en principauté. 4,1 % des Monégasques habitent en France. Seulement 1 % d’entre eux, soit 867 nationaux, résident dans d’autres pays. Nombre de Monégasques de l’étranger avaient déclaré dans nos colonnes courant 2011 réfléchir à un retour à Monaco après leur exil dans le but de mettre leur expérience au service du pays. Le rapport précise en outre que sur la population arrêtée au 31 décembre 2012, « 63,6 % des Monégasques sont nés à Monaco (70,4 % d’hommes et 58,3 % de femmes) ». 29,1 % des nationaux sont originaires de France ou d’Italie. Les 7,3 % restants sont natifs d’autres pays.
Le célibat
L’IMSEE dénombrait, en 2012, 39,3 % de célibataires monégasques (45,9 % des hommes et 34,1 % des femmes). Le terme « célibataire » est à prendre avec des pincettes en principauté. En effet, un jeune couple pourrait très bien se trouver en concubinage ou en union libre mais le Pacte civil de solidarité (PACS) n’ayant pas d’équivalent ici, il s’apparente à deux célibataires dans les statistiques. Les moins de 20 ans mis à part, la plus grande tranche d’âmes esseulées ou de concubins est visible chez les 20-29 ans. Célibataires, les hommes le sont plus souvent de 20 à 40 ans. Ensuite, un glissement s’opère. Les femmes demeurent plus seules que leurs homologues masculins de 40 ans à 99 ans.
Premier enfant monégasque après 30 ans
2012 a vu naître 86 bambins nationaux. L’âge moyen de la mère et du père au premier enfant monégasque a été calculé dans le cadre de cette étude. 30,5 ans pour madame, 32,3 ans pour monsieur. Cette donnée s’est stabilisée depuis les début des années 2000. Les couples enfantent plus tard qu’au siècle dernier. Entre 1950 et 1959, la mère avait 26,1 ans et le père 29,5 ans. Quid de l’âge moyen à l’accouchement (peu importe le rang de l’enfant) ? 31,9 ans pour elle, 34,7 ans pour lui. Là encore, cette moyenne s’est élevée d’environ cinq ans pour les femmes et plus de trois ans pour les hommes depuis les années 1950. Le sex ratio à la naissance était quant à lui de 83 garçons pour 100 filles en 2012 mais sur une période de 60 ans, ce ratio est de 106 garçons pour 100 filles. « Après avoir constamment augmenté depuis 1951, le nombre de naissances est assez stable depuis le début des années 1990, avec 91 naissances en moyenne », affirme l’observatoire.
Mariages entre Monégasques : une rareté
En 2012, 41,8 % des Monégasques étaient mariés (44,3 % des hommes et 39,7 % des femmes). Les trentenaires forment le plus large contingent de couples à s’être passés la bague au doigt. A noter également que l’année dernière, les unions entre un époux monégasque et un époux français représentaient plus des deux tiers des mariages célébrés. Le dernier tiers concerne essentiellement les mariages entre époux monégasques et étrangers non français. Les unions entre Monégasques restent marginales. Une seule a été recensée en 2012 et en 2011. De 1950 à 2012, la part des mariages incluant un époux monégasque célébrés à Monaco est passée de 74,3 % à 90,8 %. A l’inverse, les mairies françaises comme lieu d’union ont beaucoup moins la cote qu’auparavant. 5,5 % des mariages avec un Monégasque y étaient célébrés entre 2010 et 2012 contre 19,5 % dans les années 1950. Autre donnée, les nationaux se marient le plus souvent en juin, septembre et juillet. Pour clore le chapitre « mariage », soulignons cette étonnante donnée trouvée parmi les Monégasques âgés de 10 à 19 ans recensés l’année précédente. Dans cette catégorie, une seule personne, de sexe féminin, s’est mariée avant ses vingt ans.
L’amour dure trois ou quatre ans
Cette jeune femme, nous n’espérons pas la retrouver dans la colonne des divorces dans les prochaines mises à jour de l’étude. En effet, les temps sont durs pour les mariés. En 2012, 12 % des Monégasques étaient divorcés ou séparés. Dans le même temps, 37 divorces incluant un époux monégasque ont été prononcés. Le taux brut de divorce s’élevait à 4,3 %, un taux constant depuis les années 80 mais qui a augmenté de 3 % en 60 ans. Les statistiques faisaient état de 4 divorces en 1951. Pascal Ferry a constaté « une rupture à partir des années 70 ». « A durée de mariage équivalente, les taux de divorce sont de plus en plus importants au fil des générations de mariages », démontre l’observatoire. Et l’IMSEE de citer en exemple la barre des 10 ans de mariage. Une fois cette barre atteinte, le taux de divorce s’élevait à 8,5 % pour ceux qui se sont unis entre 1950 et 1959, 12,5 % pour la génération de mariés 1960-1969 et respectivement 24,8 % et 24 % pour les années de mariage 1970-1979 et 1980-1989. Avec un taux de 33,1 %, les mariés des années 1990 à 1999 ont divorcé presque quatre fois plus après dix ans de mariage que ceux des années 1950 à 1959. Aussi les époux divorcent-ils plus tôt. Après 3 ans pour ceux de la génération 1990-1999 contre 5 ou 6 ans avant 1970. Quant à la génération 2000-2010, son pic maximal de divorces se situe pour l’instant après quatre ans de mariage. Le nombre de divorcés est le plus élevé chez les quinquagénaires, indique le rapport.
Plus de décès en hiver
Sans réelle surprise, l’hiver emporte davantage les vivants que les autres saisons. Plus particulièrement les mois de décembre et de janvier. « Le nombre de décès est relativement stable depuis la fin des années 90, avec 72 décès par an en moyenne », pointe l’étude de l’IMSEE qui précise : « Depuis le début des années 80, le taux de natalité est toujours supérieur au taux de mortalité. » En 2012, 81 décès ont été enregistrés. 7 % des Monégasques étaient veuf(ve)s. Une situation qui touche plus durement et, hélas, logiquement les octogénaires que les autres. L’âge moyen du décès se situait à 81,5 ans l’an dernier (77,6 pour les hommes, 84,4 ans pour les femmes).
La filiation, premier mode d’obtention de la nationalité
L’IMSEE s’est également penchée sur les modes d’obtention de la nationalité. Il en résulte qu’en 2012, presque les deux tiers de la population monégasque (64,4 %) l’avaient acquis par filiation. La proportion d’hommes est légèrement supérieure à celle des femmes dans cette catégorie. Celles et ceux l’ayant acquis par mariage représentent 19 % des nationaux avec, naturellement, un large nombre d’épouses. La loi sur la nationalité de 2011, autorisant l’acquisition de la nationalité par l’époux après dix ans de mariage, a permis à 177 hommes de devenir Monégasques l’an dernier. Enfin, les ordonnances souveraines de naturalisation forment 15,6 % des nationaux. La plus grande part de naturalisés, hommes et femmes confondus, se trouve aujourd’hui chez les Monégasques âgés de 60 à 69 ans. Dans la population âgée de 40 ans et plus, « près du tiers a obtenu la nationalité par mariage ou par ordonnance souveraine de naturalisation », mentionne le rapport de manière globale. Le 1 % restant concerne notamment celles et ceux qui ont fait l’objet d’une ordonnance souveraine de réintégration. Les Monégasques pourraient-ils être un jour la première communauté de Monaco ? « La prospective est difficile », estiment Lionel Galfré et Pascal Ferry. « Il y a deux paramètres à prendre en compte : l’augmentation régulière de la population monégasque et l’évolution de la présence des autres communautés. Si elles augmentent aussi, les courbes ne se croiseront jamais. Sur ce paramètre, nous n’avons pas la main », concluent-ils.



