A partir du 21 février, Laurent Nouvion sera le nouveau président du conseil national. Pas question de dévoiler la composition de son équipe avant son élection. En revanche, le chef de file d’Horizon Monaco détaille dans cette interview ses priorités. Notamment la prochaine réunion de la commission mixte Société des bains de mer à la mi-mars pour évoquer le plan de relance très attendu de la SBM.
Propos recueillis par Milena Radoman.
Monaco Hebdo : Comment se sont passés ces dix premiers jours depuis l’élection ?
Laurent Nouvion : Les premiers jours ont permis de réaliser ce qui s’est passé et de digérer le stress positif que génère la victoire. J’ai reçu énormément de messages très émouvants, par courrier, sms ou sur les réseaux sociaux. J’ai utilisé ma semaine pour répondre à tout le monde et m’occuper de mes coéquipiers. Des élus et de ceux qui ne l’ont pas été. Nous avions besoin de nous retrouver en famille, pour échanger des impressions et des ressentis. Nous avons vécu ensemble des moments de stress et de grande fatigue et comme nous ne sommes que de pauvres humains, il faut récupérer (sourire)…
M.H. : Comment avez-vous fêté votre victoire ?
L.N. : Nous fêterons a priori la victoire à la mi-mars. L’urgence était de préparer l’installation du 21 février. La constitution est bien faite et je vous assure que le délai prévu de 11 jours est un minimum. C’est un laps de temps indispensable pour s’adapter à la situation et de ne pas se laisser envahir par l’émotion le jour de l’élection.
M.H. : A votre connaissance, êtes-vous le seul candidat pour l’élection du président du 21 février ?
L.N. : A ma connaissance oui. Mais il est toujours possible que quelqu’un d’autre se présente…
M.H. : Comment se déroulera cette soirée ?
L.N. : La soirée du 21 février sera à la fois solennelle et familiale. Solennelle car il s’agit de l’élection à bulletins secrets du président et du vice-président puis des présidents de commissions. Le conseil national désignera également les membres des commissions et des groupes de travail. Les représentants officiels de la Principauté et les familles seront présents. On a essayé d’organiser un système de grand écran pour les personnes qui ne pourront pas rentrer dans l’hémicycle. Puis, il y aura un cocktail dînatoire pour remercier les familles et les sympathisants. On a la chance d’avoir un très beau conseil national, grâce au prince qui a validé sa construction, mais on ne peut pas faire rentrer 600 personnes…
M.H. : Il y a 5 ans vous vous étiez positionné contre la construction de cet édifice…
L.N. : Effectivement je n’étais pas pour mais c’est un clin d’œil de la petite histoire finalement… Ce qui est important désormais, c’est que ce conseil national vive, à l’unisson de tous les élus. Ce bâtiment doit être un endroit animé, adopté par les compatriotes, et utilisé par les résidents et les responsables d’association. Je ferai en sorte, à ma modeste place, que ce soit une destination où les Monégasques aient envie de venir. On va réfléchir à ce que la porte du conseil national soit en permanence ouverte les jours ouvrés. Ce sera d’ailleurs le cas pour la cellule de veille pour la priorité nationale que nous allons créer.
M.H. : Vous avez parlé d’un numéro vert pour cette cellule de veille pour la priorité nationale. Qu’en est-il ?
L.N. : Quelqu’un m’a suggéré l’idée d’un numéro vert pour ceux qui n’utilisent pas le système interactif. Je trouvais la symbolique intéressante pour cette cellule qui doit être ouverte à tous, à tous moments. Ce qui serait une première. Mais nous n’avons pas encore déterminé les modalités de fonctionnement. Cela fera l’objet d’une communication structurée au printemps.
M.H. : Vous êtes en train de former votre cabinet. On parle de Philippe Mouly comme nouveau secrétaire général ?
L.N. : Je ne ferai aucun commentaire. Les choses se mettent en place, en respectant scrupuleusement les règles de recrutement dans la fonction publique. Il n’y aura pas d’annonce avant la mi-mars. La seule chose que je peux vous dire, c’est qu’il n’y aura pas de chef de cabinet. Pour le reste, je tiens à rappeler qu’il y a déjà en place une équipe de permanents au conseil national qui restera à 70 %.
M.H. : Il n’y aura donc pas de chasse aux sorcières ?
L.N. : Pas avec moi. Quoi qu’il arrive, je recevrai un par un, avant la fin de la semaine, les permanents et les membres du cabinet qui veulent rester. Je suis respectueux de leurs engagements politiques. C’était leur droit de s’engager politiquement avec la majorité précédente et je ferai tout avec le ministre d’Etat, autorité suprême pour la fonction publique, afin qu’ils conservent leur rang, leurs avantages et leur traitement s’ils souhaitent retrouver un poste ailleurs dans la fonction publique. Je m’engage publiquement pour que les choses se passent en bonne intelligence de façon respectueuse. Quand on parle d’un conseil national apaisé, respecté et ferme, ça passe aussi par là !
M.H. : Quant à l’équipe d’élus, avez-vous pris des décisions notamment concernant la vice-présidence ?
L.N. : L’équipe est faite mais je ne peux faire aucun commentaire officiellement avant l’élection du 21 février.
PRIORITE NATIONALE
M.H. : Quelle est la première de vos priorités ?
L.N. : Je veux mettre en place une commission de veille de la priorité nationale, fixer une commission mixte SBM à la mi-mars ainsi qu’une commission de placements de fonds début avril. Par ailleurs, le dossier du conseil de l’Europe nous rattrape : les membres de la commission de Venise viennent en principauté à la mi-mars.
M.H. : Quand cette commission de veille de la priorité nationale sera-t-elle opérationnelle ?
L.N. : Elle sera opérationnelle à la mi ou fin mars. Une équipe dédiée s’en occupera mais elle concerne bien évidemment tous les élus, y compris ceux qui n’appartiennent pas à Horizon Monaco.
M.H. : Concrètement, à quoi servira-t-elle ?
L.N. : C’est une cellule qui permettra de faire remonter des informations au gouvernement, autant sur les cas de précarité d’emploi que de non respect du Vademecum imposant de faire appel aux entreprises monégasques, pour les commandes publiques. Il y a déjà, rien que sur mon bureau, 18 dossiers en cours d’emplois ne correspondant pas aux profils, de jeunes en suppléance, de problèmes au sein de services… Chaque cas fera l’objet d’une analyse précise totalement objective de la cellule de veille. Tout cas qui nous paraîtrait refléter un dysfonctionnement majeur avéré fera l’objet d’une intervention auprès du gouvernement.
M.H. : Lors de la campagne, vous avez déclaré qu’avec Horizon Monaco, il n’y aurait plus de chômage. Comment comptez-vous faire ?
L.N. : Je n’ai pas dit ça exactement. Vous sortez cette phrase du contexte. J’ai dit qu’il était anormal qu’un certain nombre de jeunes compatriotes restent 7 ans en suppléance, en situation précaire ou en quasi-situation de chômage. Dans ce domaine, une obligation de résultat pour arriver à 0 est très compliqué. Il ne faut pas être démagogique. Par contre, je vous assure que l’on mettra tout en œuvre pour sensibiliser le gouvernement de manière très active pour ne laisser aucun Monégasque sur le bord du chemin.
M.H. : Comment ?
L.N. : Par des courriers, des actions immédiates sur l’économie, des aides à la création d’une première entreprise, y compris dans les métiers manuels. Vous savez, il s’agit de courage politique. Quand vous avez décidé de régler un problème, c’est une question de volonté…
SBM
M.H. : L’élection d’un élu Renaissance est un signe fort de problèmes à la Société des bains de mer. Comment allez-vous prendre en compte ce message de la population dans votre action ?
L.N. : Il y a eu une vague de sympathie pour les gens de cette liste qui se sont présentés de manière authentique. Et il y a en effet un signe fort. On ne peut pas ne pas prendre en considération l’élection d’un Renaissance. C’est la première fois depuis 2002 et le changement de mode de scrutin qu’est élu le représentant d’une troisième liste. Je respecte M. Eric Elena, ses convictions, et sa démarche. Ce sera intéressant de voir sur le plan pratique comment il va aborder les sujets, notamment ceux ayant trait à la SBM, et comment il va peser de son poids et proposer des solutions pour sortir de ce marasme social à la SBM.
M.H. : Qu’allez-vous proposer lors de la commission mixte SBM que vous souhaitez organiser en mars ?
L.N. : M. Biamonti a désormais toutes les cartes en main. C’est une décision souveraine. Nous avons donc un seul interlocuteur. Ce qui facilitera la démarche et la transparence dans le cadre du projet qu’il a l’intention de mettre en place pour la SBM. Notamment le projet humain qui concerne les 3 secteurs (hôtels, administration et jeux) avec une importance particulière pour les jeux. Nous attendons que M. Biamonti, lors de la réunion de cette commission mixte, nous expose précisément et de façon illustrée son plan à 1,2 et 3 ans. J’attends avec impatience cette réunion.
M.H. : Vous n’allez pas proposer de votre côté les mesures préconisées dans votre programme électoral (création d’un vivier dans les différents secteurs de la SBM) ?
L.N. : Je n’ai rien à proposer. Nos positions sont claires. Elles sont inscrites dans notre programme. En revanche, la position de la direction de la SBM sur les jeux, je ne la connais pas. J’attends que M. Biamonti, qui est le président en titre et qui est à la tête des opérations, nous présente ce sur quoi il a réfléchi. Je ne suis pas là pour me mettre à la place de la direction de la SBM ou de l’actionnaire de référence. Je peux seulement vous dire que de notre côté, nous mettrons en place des réunions préparatoires avec les représentants des syndicats pour préparer les 4 commissions mixtes par an.
LOI ELECTORALE
M.H. : Vous souhaitez mettre en place un groupe de travail ou une commission ad hoc sur la refonte de la loi électorale. Vous vous engagez à une réforme d’ici à la fin du mandat ?
L.N. : C’est le docteur Rit, l’agrégé de la loi électorale, qui prendra la direction de cette commission qui pourrait être composée d’anciens élus voire de sachants ou de référents à Monaco. On n’a pas encore parlé des modalités pratiques mais je fais toute confiance au docteur Rit pour mener à bien ce projet. C’est un sujet compliqué et ce n’est pas une science exacte mais on va y arriver.
M.H. : Quel sera le calendrier ?
L.N. : Je m’engage à ce qu’il y ait une proposition de loi sous peu. Le texte pourrait même prendre la forme d’un projet de loi si le gouvernement est d’accord. C’est la première fois qu’une nouvelle majorité va vraiment le faire. C’est ça le changement.
M.H. : Quelle serait la teneur de cette réforme ? Vous comptez renforcer la dose de proportionnelle et supprimer le panachage ?
L.N. : A priori, on renforcera un peu la proportionnelle et on est tous d’accord pour supprimer le tir au pigeon. Mais personne n’a aujourd’hui le monopole de la solution parfaite sur la loi électorale. Il faut être très humble sur cette réforme. On prendra le temps nécessaire, un an et demi à deux ans si nécessaire. J’espère en tout cas qu’on arrivera à un vote à l’unanimité.
M.H. : Vous vous êtes engagé à voter au plus vite la nouvelle loi d’organisation du conseil national. Quand ?
L.N. : Cela fait partie des urgences. J’espère que cette loi sera votée d’ici le mois de juin 2014. Il y a des aller-retours à faire avec le conseil d’Etat et il faut que le texte soit tiré au cordeau.
M.H. : Bien avant cette date, vous avez promis de rendre publique la clôture des comptes 2012. La tendance est-elle bonne ?
L.N. : Cette présentation sera faite à la mi-mars. Pas plus tard que le 1er avril. Nous attendons les chiffres de clôture pour l’année budgétaire 2012 qui doivent être transmis à la dernière semaine de février, ainsi que les premiers mois de l’année 2013. C’est à ce moment que nous aurons une tendance.
M.H. : Vous aviez promis un chiffrage d’une partie des mesures de votre programme. Qu’en est-il ?
L.N. : Le coût de l’ensemble des mesures que nous demandons sur le plan de l’éducation et la fonction publique est raisonnable puisqu’il s’élève à une fourchette entre 8 et 10 millions d’euros. D’après nos calculs, qui n’engagent que moi, une optimisation de la gestion par l’intermédiaire de la création d’une foncière d’Etat peut également doper les revenus locatifs par une meilleure maîtrise des dépenses et des charges. On devrait arriver à sortir près de 20 à 25 millions d’euros sur 5 ans. On donnera un chiffrage plus précis quand nous aurons en main l’ensemble des documents.
M.H. : Quant à la transformation du FRC en fonds souverain ?
L.N. : Nous avons la grande chance d’avoir au département des finances un garçon que je connais bien et qui est un ami d’enfance (Jean Castellini, N.D.L.R.). Par ses précédentes fonctions chez Russel, une grosse boite de gestion institutionnelle, il connaît parfaitement la mécanique de gestion de fonds, et notamment des fonds d’Etat. Etant donné que c’est une matière que je connais bien comme Christophe Steiner, Marc Burini, Thierry Crovetto, le gouvernement sait que nous avons suggéré des idées ne remettant pas en cause tout le processus mais pour optimiser la gestion.
M.H. : Comment convaincre le gouvernement, qui est seul décisionnaire, pour transformer le FRC en fonds souverain ou créer une foncière d’Etat ?
L.N. : Ce sont des mesures de bon sens. La création d’une foncière d’Etat n’implique pas de coût supplémentaire et de grands changements. C’est une mesure assez attendue par un certain nombre de fonctionnaires. Concernant le fonds de réserve constitutionnel, ce sera peut être plus long. Il faut travailler sérieusement sur l’état actuel, les modes d’évaluation et de prise de décision. Il faut que la commission de placements de fonds soit remise au cœur du processus, ce qui n’était plus le cas depuis 10 ans. Nous souhaitons qu’elle se réunisse au minimum une fois par trimestre.
PAYSAGE POLITIQUE
M.H. : Quelles sont les implications de cette élection pour le paysage politique monégasque selon vous ? Qui sera le nouveau président de Rassemblement & Enjeux ?
L.N. : D’ici au mois de juin, l’assemblée générale de R&E désignera un nouveau comité politique grandement renouvelé. Sera issu de ce comité une nouvelle présidence. Il y a 4 postes : le président, deux vice-présidents, un secrétaire général. Je peux juste vous dire que vous ne serez pas déçus…
M.H. : La dénomination Horizon Monaco va-t-elle survivre ?
L.N. : Horizon Monaco n’a pas vocation à survivre, Horizon Monaco se porte très bien et reste le nom de la nouvelle majorité. Sur la suite des événements, il faut digérer le scrutin d’il y a 10 jours, continuer à parler avec nos partenaires de la majorité et voir comment nous pouvons consolider cette majorité et l’inscrire dans le temps. C’est très important. Il y a plusieurs solutions mais il est prématuré d’en parler aujourd’hui. On sera fixé d’ici au mois de juin.
M.H. : Il n’empêche que R&E se retrouve en force dans cette majorité…
L.N. : Je n’aime pas cette expression « en force » car depuis le mois de septembre, personne n’a parlé des 3 forces en présence (R&E, UP et Synergie monégasque, N.D.L.R.). Un gommage naturel s’est opéré. On était tous membres d’une même liste. Quand le 10 février, 4 membres de cette liste se sont retrouvés sur le carreau, la réaction a été unanime et familiale. Personne n’a souhaité fêter cette grande et belle victoire de façon ostentatoire. On est partis à 24, on aurait voulu arriver à 24. C’est une des grandes satisfactions de la campagne : certains ne se connaissaient pas, on a travaillé ensemble, on s’est engueulés ensemble et on est allés au charbon ensemble. Unis.
M.H. : Vous allez recevoir les membres de la commission de Venise du conseil de l’Europe dès le mois de mars. Quelle sera votre position ?
L.N. : Nous allons recevoir ces personnes avec courtoisie et nous allons leur expliquer que nous ne souhaitons pas les modifications sur lesquelles ils comptent faire un rapport technique (à savoir sur une extension éventuelle des pouvoirs du conseil national, N.D.L.R.). D’ailleurs, s’il s’agit soi-disant d’un rapport technique et que la commission de Venise ne sert à rien, pourquoi existe-t-elle ? Il y a un double langage de la part du conseil de l’Europe entre la définition des missions et attributions de cette commission et ce qui nous a été expliqué par les membres de l’APCE la veille du scrutin au conseil national (une délégation de 6 observateurs de l’assemblée parlementaire du conseil de l’Europe a assisté au déroulement des élections monégasques et a rencontré les listes en lice, N.D.L.R.). Nous, on reste cohérents avec nous-mêmes. Nous ne voulons pas changer de régime. Ce régime a été validé par les compatriotes. Et s’il y avait un doute, après le scrutin du 10 février, les choses sont claires…



