vendredi 17 avril 2026
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« J’encourage le ministre à garder l’esprit de notre poignée de main »

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Réélu dans la soirée du 2 avril 2026 à la présidence du Conseil national, Thomas Brezzo, doit désormais composer avec En avant Monaco, un groupe minoritaire qui compte trois élus. Dans cet entretien avec Monaco Hebdo, il commente ce changement dans le paysage politique monégasque, tout en évoquant les principaux dossiers que suivra l’Assemblée monégasque en 2026. Propos recueillis par Raphaël Brun

Quelle est votre réaction suite à votre réélection à la présidence du Conseil national, le 2 avril 2026 ?

C’est évidemment un honneur. Cela prouve à ceux qui pourraient en douter que la démocratie est bien vivante à Monaco, puisque le Président remet en jeu son siège chaque année. Cela m’oblige auprès de mes collègues comme pour l’ensemble des Monégasques pour l’année parlementaire qui s’ouvre.

Une voix a pourtant manqué dans le groupe majoritaire ?

En effet une voix manque mais, je vous rassure, ce n’est pas un drame. Rappelons que dans la mandature précédente cela était arrivé une fois et au final c’était une erreur de vote. Je considère que la majorité n’est pas remise en question et que si c’est un geste politique ou un geste d’humeur, l’intéressé(e) m’en parlera certainement dans les jours à venir.

« Cette réélection est évidemment une joie et un honneur. Cela prouve à ceux qui pourraient en douter que la démocratie est bien vivante à Monaco, puisque le président remet en jeu son siège chaque année. Cela m’oblige pour l’année parlementaire qui s’ouvre. » Thomas Brezzo. Président du Conseil national. © Photo Conseil national

En tout cas, le temps de L’Union des 24 élus est désormais révolu : quel regard portez-vous sur cela, suite au départ de trois élus de la majorité, à savoir Brigite Boccone-Pagès le 3 avril 2024, suivie de Régis Bergonzi et Roland Mouflard le 7 février 2026 ?

Révolu ? Le groupe parlementaire de l’Union, fort de ses 21 membres s’est au contraire renforcé suite à ce non événement. Les choses sont plus claires. Personne n’est dupe, d’autant que les raisons avancées [pour expliquer le départ de L’Union de Régis Bergonzi et Roland Mouflard — NDLR] sont des prétextes creux pour faire passer la pilule d’une grosse poussée d’ego de l’un d’entre eux, qui n’a jamais compris le fonctionnement parlementaire ni, et c’est encore plus préoccupant pour lui, les règles du travail collectif. Quand ils annoncent sur leur site Internet que leur principe fondateur est que, je cite « la politique se fait avec les citoyens, pas à leur place », je tombe de ma chaise. Les Monégasques peuvent se demander à quoi servirait d’élire leurs conseillers nationaux ! Si leur principe fondateur c’est de remplacer la démocratie représentative par des commentaires TikTok, c’est qu’ils n’ont rien compris ni à l’esprit, ni à la lettre de la Constitution.

Le nouveau groupe politique constitué par ces trois élus, En avant Monaco, a promis de déposer une proposition de loi tous les 45 jours : quel regard portez-vous sur cette méthode de travail ?

L’annonce du dépôt d’une proposition de loi tous les 45 jours, pourquoi pas tous les mois ou tous les mercredi, est un effet d’annonce populiste. Alors que l’Assemblée a, ces dernières années, fait un travail considérable en terme de textes votés, pour nous le travail législatif est qualitatif, pas quantitatif, et il ne sort en aucun cas d’une « boîte à idées ». C’est la réponse de l’Assemblée à un besoin juridique, souvent complexe, qui demande des semaines, voire des mois d’étude, de consultations, et d’échanges, avant d’aboutir à la rédaction d’un texte qui a pour vocation de compléter notre droit. On se plaint de la désaffection de certains envers la chose publique : ce n’est pas avec ce genre de lubies démagogiques qu’on y apportera une réponse appropriée. Cela étant dit, oui, le contact permanent des élus avec les Monégasques est essentiel et il nourrit le travail parlementaire.

« Au-delà de l’horizon de 2030, l’Assemblée a fortement insisté pour que les livraisons d’appartements pour les Monégasques demeurent régulières. À partir de 2028, nous aurons la livraison des Lucioles, soit 27 appartements, du Bel Air pour 197 logements, le Larvotto Supérieur avec 35 appartements et les Lierres Nathalie avec 60 logements, soit un total de 319 appartements »

Vous avez désormais en face de vous un groupe politique En avant Monaco concurrent composé de trois anciens élus de votre groupe L’Union, Brigitte Boccone-Pagès, Régis Bergonzi et Roland Mouflard : qu’est-ce que cela change pour vous ?

Pas grand-chose. Au final, c’est un retour à une géométrie plus classique, avec une large majorité et une minorité. Notre règlement intérieur protège les droits de cette minorité, ce que nous respectons à la lettre. Maintenant, rappelons que l’esprit de notre monarchie constitutionnelle n’est pas d’installer une majorité qui bataillerait avec l’opposition, mais bien de permettre à l’Assemblée dans la diversité de sa composition, d’établir le meilleur dialogue avec le gouvernement, quitte à s’opposer à lui sur certains sujets. Le gouvernement n’a pas pour vocation de regarder les bras croisés deux groupes qui s’affronteraient, ce serait contraire aux intérêts des Monégasques. J’attends évidemment de la minorité qu’elle respecte cette dimension, même si la dernière séance n’a pas été exemplaire, avec quelques attaques en dessous de la ceinture qui ne servent pas le débat public.

Lors de cette séance publique du 2 avril 2026, Régis Bergonzi s’en est pris à l’augmentation de la rémunération des élus : quelle est votre réaction ?

Sur ce sujet, je n’ai vraiment rien à cacher. D’une part, je n’ai pas assisté à la commission au cours de laquelle les revalorisations de tous les élus ont été actées et je n’ai donc, en aucun cas influencé la décision de l’ensemble des élus, prise – à ma demande – à bulletins secrets. Ce sont les élus, eux-mêmes, qui ont fixé le montant de ma rémunération. À cette occasion, Roland Mouflard avait d’ailleurs soutenu fermement, que la rémunération du président devait être encore plus élevée et au moins supérieure à celle des conseillers de gouvernement – ministres, ce qui n’est pas le cas au final. Ensuite, la revalorisation dont tous les élus ont bénéficié, y compris ceux de la minorité, est restée circonscrite dans l’enveloppe budgétaire fixée à ce titre. Cela signifie qu’aucune augmentation budgétaire n’a été demandée. Enfin, et comme je l’ai indiqué en séance publique, en accédant au poste de président que j’occupe à plein temps, j’ai accepté de percevoir des revenus inférieurs à ce que je percevais comme avocat. Je ne me plains pas, évidemment, mais je souhaite remettre les choses en perspective, et je ne peux accepter de laisser sous-entendre que j’exercerais cette fonction par intérêt financier. Rien n’est plus faux. Je rappelle qu’il ne s’agit pas d’une « rémunération » à proprement parler, mais d’« indemnités » qui ne sont pas soumise à cotisation.

Qu’est-ce que cela implique ?

Il m’appartient ainsi de cotiser personnellement pour pouvoir disposer d’une couverture sociale et d’une retraite. D’ailleurs, si l’on regarde le total de ce que reçoivent les présidents de parlement autour de nous — la plupart des données sont publiques — les montants sont bien supérieurs ou équivalents au montant que je perçois (1), sans compter les avantages en nature dont ces derniers bénéficient, tels qu’appartement de fonction, du personnel de maison ou de sécurité… Je n’ai rien de tout cela.

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« L’annonce du dépôt d’une proposition de loi tous les 45 jours [par le groupe politique En avant Monaco — NDLR], pourquoi pas tous les mois ou tous les mercredi, est un effet d’annonce populiste. […] On se plaint de la désaffection de certains envers la chose publique : ce n’est pas avec ce genre de lubies démagogiques qu’on y apportera une réponse appropriée. » Thomas Brezzo. Président du Conseil national. © Photo Conseil national

L’échange avec Régis Bergonzi a été tendu ?

Les propos tenus par Régis Bergonzi au nom de la minorité sont dénués de toute intelligence. C’est exactement avec ce genre d’arguments que l’on fait naître le populisme anti-démocratie. Lorsqu’on est donneur de leçons, on évite de se tirer une balle dans le pied. Surtout que si l’on compare la rémunération de certains membres de la minorité et qu’on la compare à la mienne, au regard du temps de travail effectif : leur rémunération est largement supérieure à la mienne. Sans compter l’indemnité spéciale dont Régis Bergonzi bénéficie en sa qualité de président d’une commission qui ne s’est plus réunie depuis mai 2024. Je comprends mieux maintenant l’intérêt de sonner le tocsin pour annoncer à toute la population le montant que l’on reverse si généreusement à des associations. Les Monégasques jugeront pour la suite. Au vu des nombreux messages que j’ai reçu, leur sagesse ne fait aucun doute. Avançons.

Au niveau international, Monaco ne sortira finalement pas de la liste grise du Groupe d’action financière (Gafi) en 2026 : cela vous a surpris ?

Surpris, non. Mais attention à ne pas surjouer en mode défaitiste ! Votre « finalement » semble indiquer que l’on n’en sortira jamais, ce qui est évidemment impensable. En revanche, pour cette étape, cela fait plusieurs mois que je tire le signal d’alarme auprès du gouvernement qui semblait être, pour le coup, trop optimiste.

Le Conseil national a pourtant voté toute une série de textes pour répondre aux attentes du Gafi, mais ça n’a pas suffi : qu’est-ce qui a dysfonctionné ?

C’est l’ensemble de l’État qui doit se mobiliser. Pour notre part, au Conseil national, nous avons tout fait pour aligner le droit avec les exigences internationales, et d’ailleurs, ces instances l’ont reconnu. Ce qu’il s’est passé est malheureusement simple. La mise en œuvre du prononcé des sanctions, dont on rappelle qu’elle dépend aussi d’autres États dans de nombreuses affaires, ne se décide pas d’un claquement de doigts. Cela requiert du temps, en particulier dans l’instruction. Je suis le premier à dire que la volonté de l’État monégasque en la matière est incontestable pour permettre la sortie de Monaco de cette liste.

Pourtant, désormais, plus personne ne se risque à donner une date de sortie de cette liste grise : comment voyez-vous ça ?

Ce n’est pas un interrupteur « oui/non ». Il y a plusieurs étapes à venir, avec un calendrier imposé par les instances. Je rappelle que tous les acteurs économiques s’y sont mis de manière exceptionnelle. Et ce sont eux qui pâtissent le plus de ces mesures.

Toujours au niveau international, de mai à novembre 2026, Monaco assurera pour la toute première fois la présidence du Comité des ministres du Conseil de l’Europe, l’instance exécutive de l’organisation qui regroupe 46 États membres : quel rôle jouera le Conseil national et qu’attendez-vous de cette présidence ?

C’est une formidable opportunité pour Monaco, en sachant que le Conseil de l’Europe ne se limite pas au comité des ministres. La délégation du Conseil national à l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), dirigée par Beatrice Fresko-Rolfo, y est très active, bien au-delà de la taille de notre pays. J’en profite pour souligner l’importance que j’attache au dialogue interparlementaire. Resserrer nos liens avec nos homologues est crucial, pour faire avancer nos dossiers, pour partager nos expériences ou pour constituer des pôles d’influence, en particulier avec les petits États d’Europe.

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« Le gouvernement n’a pas pour vocation de regarder les bras croisés deux groupes qui s’affronteraient, ce serait contraire aux intérêts des Monégasques. J’attends évidemment de la minorité qu’elle respecte cette dimension, même si la dernière séance n’a pas été exemplaire, avec quelques attaques en dessous de la ceinture, qui ne servent pas le débat public. » Thomas Brezzo. Président du Conseil national. © Photo Conseil national

Plus localement cette fois, au sujet de la politique du logement des Monégasques, le 6 mars 2026 une commission a attribué 156 logements : le risque de pénurie d’appartements s’éloigne définitivement ?

Inutile de vous rappeler que le logement reste une de nos priorités. J’aimerais tant vous répondre positivement. Quand vous regardez les chiffres, il y a de quoi être moins optimiste : 156 logements, oui, mais il y avait 349 demandeurs ! Même si l’on prend en considération les demandes de mobilité dans les domaines, que je ne veux pas appeler de « confort », il reste toutefois un grand nombre de familles en attente d’être logées. Donc les besoins continueront d’être importants. Ce qui nous préoccupe le plus, ce n’est pas uniquement le taux de réponses satisfaisantes, mais de maintenir la dynamique de construction de logements neufs pour les prochaines années. Il s’agit de l’actualisation du plan national pour le logement, lancé par le prince souverain, pour lequel nous attendons une programmation réaliste sur le long terme.

Quels sont les chantiers domaniaux en cours, pour combien de logements visés ?

Au-delà de l’horizon de 2030, l’Assemblée a fortement insisté pour que les livraisons d’appartements pour les Monégasques demeurent régulières. À partir de 2028, nous aurons la livraison des Lucioles, soit 27 appartements, du Bel Air pour 197 logements, le Larvotto Supérieur avec 35 appartements et les Lierres Nathalie avec 60 logements, soit un total de 319 appartements.

Quels autres projets souhaiteriez-vous voir lancés ?

C’est sur l’après 2030 qu’il faut avancer. Pas demain, tout de suite. Nous avons déjà obtenu une opération intermédiaire avec l’opération Hector Otto, pour un total de 76 à 90 appartements. Il faut la lancer dans les meilleurs délais et aller au-delà. Commençons par optimiser les opérations en cours, avec, par exemple, des surélévations mesurées comme au Larvotto Supérieur. Je pense aussi à l’Herculis, projet qui traîne depuis trop longtemps et qui doit être pensé dans son environnement direct, avec l’équipement sportif adjacent. Mais c’est évidemment vers le quartier de l’Annonciade II que nous portons toute notre attention. Ce sera un nouveau quartier, et le réservoir le plus important d’appartements domaniaux pour la prochaine décennie. Pour terminer sur la question du logement, j’en profite pour rappeler que l’agence domaniale, projet que nous portons depuis le début de la mandature, sera enfin opérationnelle d’ici le dernier trimestre de cette année 2026.

Pour éviter les dérapages budgétaires sur les chantiers publics, le ministre d’Etat, Christophe Mirmand, a proposé en décembre 2025 devant les conseillers nationaux une nouvelle méthode de travail : il vous a convaincu ?

Lors de la séance du 2 avril 2026, j’ai renouvelé mes encouragements au ministre à garder l’esprit de la poignée de main sincère que je lui ai tendue après le vote du budget primitif 2026. Rappelons que les dérapages que vous évoquez ont entraîné quelques sorties de route retentissantes si l’on s’en tient au respect des calendriers et des finances publiques. Nous pouvons nous estimer chanceux d’avoir des budgets excédentaires qui permettent d’amortir, au moins dans l’opinion, la gestion hasardeuse de certains dossiers aux enjeux considérables. Je pense aux années perdues et aux dizaines — parfois centaines — de millions d’euros de dérapage sur des chantiers emblématiques. Je sais que le ministre d’État, qui est sensible aux enjeux du contrôle de gestion de l’action publique, est conscient de la situation. Notre proposition de repenser le programme gouvernemental d’action, le fameux « PGA », qui a semblé convaincre le ministre, va dans ce sens. J’ai envie de dire « enfin ! ». Maintenant, il faut que cette disposition d’esprit, que nous soutenons pleinement, infuse dans tous les départements et services concernées. C’est une autre histoire, mais j’ai envie d’être optimiste. Quoi qu’il en soit, nous ferons le point lors des prochaines échéances budgétaires.

« J’ai proposé qu’un vice-président spécialement en charge du respect de la priorité nationale vienne épauler le président de la commission des intérêts sociaux et des affaires diverses (Cisad) du Conseil national pour s’occuper de cette question. Son nom sera révélé après vote de l’ensemble des élus »

Pour prendre un exemple concret, avec les dysfonctionnements constatés au collège Charles III, il y a urgence à mieux encadrer les travaux ?

Vous avez raison de prendre un exemple précis qui impacte la vie quotidienne de nos familles. Cette histoire invraisemblable de piscine peut paraître anecdotique, mais elle illustre parfaitement ce que je viens d’évoquer [à ce sujet, lire notre article Piscine du collège Charles III : des fuites qui font beaucoup parler, publié dans Monaco Hebdo n° 1412 — NDLR].

Vous avez eu un mot pour Frédéric Cottalorda, lors de votre discours de réélection à la présidence du Conseil national : que vous inspire sa nomination au poste de conseiller-ministre pour les finances et l’économie ?

Pour le connaitre depuis longtemps, je sais que Frédéric Cottalorda est un homme d’une grande rigueur technique, ce qui est indispensable à ce poste. C’est aussi une charge éminemment politique, ce qui l’amènera naturellement, comme pour ses prédécesseurs, à dialoguer avec nous sur des dossiers concrets. Prenons un exemple, le nouveau centre commercial de Fontvieille. Il y a plusieurs manières d’envisager les sommes à engager. On peut considérer que ce sont simplement des « dépenses ». On peut, et c’est notre position, penser que ces sommes sont un investissement productif, en raison des retombées économiques, mais aussi regarder l’utilité publique du projet. Là où nous tomberons toujours d’accord, c’est sur la nécessité de « bien » engager les crédits. Au-delà de ces réflexions, c’est avec plaisir et sens des responsabilités que nous attendons d’engager ce dialogue.

Les commerçants du centre commercial de Fontvieille ont exprimé leurs inquiétudes en faisant grève le 9 février 2026 : quelles avancées ont-ils obtenues et pensez-vous que d’autres grèves soient à craindre ?

Quand on nage dans l’indécision, comment s’étonner de l’insécurité que cela provoque chez ceux qui font vivre le centre commercial ? Nous sommes, depuis le premier jour à leurs côtés, avec Corinne Bertani qui les rencontre quotidiennement. Les commerçants demandaient à être respectés, que l’on envisage chacun comme un cas particulier, qui demande toute l’attention qu’il mérite. Le ministre d’Etat a, semble-t-il, fait des efforts dans la bonne direction, mais nous restons attentifs [à ce sujet, lire notre article Rénovation du centre commercial de Fontvieille : les indemnisations pour les commerçants sont chiffrées, publié dans Monaco Hebdo n° 1405 — NDLR].

Le projet définitif de nouveau centre commercial de Fontvieille vous a-t-il été présenté dans le détail, avec notamment les surfaces et le contenu précis ?

« Projet définitif » ? Par expérience, j’ai appris que le « définitif » n’est souvent que provisoire. Là encore, soyons positifs, en évitant d’être naïfs. Ce qui nous a été présenté n’était pas si éloigné, dans l’esprit, du projet initial. Cela vous donne une idée du temps perdu. À ce stade, sans avoir le détail précis, nous sommes rassurés et même plutôt séduits, par ce qui nous a été présenté. Je ne parle pas de l’esthétique qui, n’est d’ailleurs pas encore figée, mais, et c’est ce qui m’intéresse en tant qu’élu, de la prise en compte de tout ce que le futur centre commercial doit offrir et représenter pour toute la population et pour notre économie. Car n’oublions pas qu’il s’agit d’un lieu de vie et d’un investissement productif.

Que pensez-vous du projet en cours de future usine de traitement et de valorisation des déchets à Fontvieille, pour lequel le gouvernement monégasque souhaite mettre en place un « marché public global de performance », afin d’en organiser le fonctionnement ?

Écoutez, ce fameux centre de traitement et de valorisation des déchets (CTVD) est un cas d’école de ce qu’il ne fallait pas faire. Passons sur les atermoiements, les hésitations, les quinze ans perdus et les 55 millions d’études et indemnisations diverses, pour arriver à une situation où l’on repart, une nouvelle fois, quasiment de zéro [à ce sujet, lire notre dossier spécial Nouvelle usine de traitement des déchets : une si longue attente, publié dans Monaco Hebdo n° 1244 — NDLR]. Bref. Ce fameux « marché public global de performance » sonne sans doute bien, mais sans horizon de date, ni de coût, cela ressemble plutôt à une belle expression marketing. Donc, je ne me risquerai pas à vous répondre. Une réunion est programmée. Nous en saurons plus cette semaine, en espérant vous annoncer de bonnes nouvelles.

Lors de votre élection le 2 avril 2026, lors de votre intervention, vous avez indiqué que le respect de la priorité nationale était plus que jamais un objectif prioritaire du Conseil national : le vote d’une résolution sur ce sujet était-il vraiment nécessaire et quel accueil du gouvernement avez-vous reçu ? Oui, cette résolution était nécessaire et non, « l’accueil » du gouvernement ne peux pas entièrement nous satisfaire. Ce que tout le monde est censé savoir est souvent ce qu’on ne prend pas la peine de respecter, quand on ne le transgresse pas. Dans un pays où la population nationale est largement minoritaire, où le principe de la priorité nationale est inscrit dans la constitution, je ne comprends même pas qu’on se pose la question. Cette résolution n’était pas symbolique mais contenait une série de propositions concrètes, notamment pour la fonction publique. Lors d’une récente rencontre avec le gouvernement, à l’exception d’une mesure de renforcement d’une équipe et quelques mesures secondaires qui se réduisent à un exercice d’affichage et de communication, notre déception a été à la hauteur de l’espoir que nous portions. C’est pourquoi j’ai proposé qu’un vice-président spécialement en charge du respect de la priorité nationale vienne épauler le président de la commission des intérêts sociaux et affaires diverses (Cisad) pour s’occuper de cette question. Son nom sera révélé après vote de l’ensemble des élus. Nous y reviendrons, même si c’est un sujet que nous ne devrions pas avoir besoin d’aborder.

A propos du projet de réforme des retraites, la Fédération des entreprises monégasques (Fedem) a souligné qu’elle est liée à la mobilité, rappelant que le gouvernement prévoit qu’il faudra accueillir 123 000 salariés en 2070 pour que les caisses tiennent, contre 60 000 aujourd’hui : comment résoudre cette équation délicate ?

Qu’on soit d’accord ou pas avec les chiffres, la réalité est incontestable. Oui, la question de la mobilité est critique, mais pas uniquement pour les prochaines décennies, dès aujourd’hui ! En leurs temps, le percement du tunnel ferroviaire ou la mise en place de la dorsale avaient été des étapes majeures. Mais depuis l’ouverture du tunnel Albert II, il y a dix ans, aucun investissement majeur n’a été entrepris. Cependant, c’est évidemment en coopération avec les territoires voisins que la question doit se poser, depuis les communes limitrophes jusqu’à la région Sud et l’Italie. J’ai personnellement initié un rapprochement avec les maires de ces communes pour réfléchir sur ces questions, qui va s’approfondir maintenant que les élections locales sont passées. Mais nous devons regarder plus loin. L’éléphant dans la pièce, c’est évidemment l’étude d’un moyen de transport de masse à la hauteur des besoins, métro ou autre. Nous regarderons avec intérêt le résultat de l’étude de faisabilité d’un métro Nice-Menton de la fédération des entreprises monégasques (Fedem), sur ses deniers puisque la région Sud a refusé de le faire. J’ai toutefois bon espoir que les choses avancent.

Du côté de l’audiovisuel public, où en est l’audit sur TVMonaco évoqué par le prince Albert II et sera-t-il rendu public ?

Nous l’attendons encore et toujours avec beaucoup d’intérêt.

Concernant le rapprochement entre Monaco Info et TVMonaco, le ministre d’État Didier Guillaume (1959-2025) avait, en décembre 2024, indiqué qu’une chaîne unique ouvrirait en septembre 2025, puis son successeur Christophe Mirmand a estimé, en octobre 2025, qu’il fallait étudier le dossier, avant de laisser la place à un nouveau modèle : mais quel sera ce nouveau modèle ?

Encore un exemple de dossier dont la gestion tarde beaucoup trop. J’en profite d’ailleurs pour saluer la qualité du travail des deux chaînes. Ces dernières sont évidemment bien différentes par essence, l’une se voulant media indépendant [TVMonaco — NDLR] et l’autre étant l’émanation de la communication gouvernementale [Monaco Info — NDLR]. Une fois qu’on a dit cela, on doit se poser les bonnes questions : qu’en est-il de l’avenir des équipes, qu’est-ce qu’un budget ambitieux mais raisonnable, comment, là encore, respecter la priorité nationale, comment garantir la meilleure gouvernance de l’ensemble et, bien entendu, quelle programmation et contenus ? Enfin, on doit se placer dans un contexte médiatique bouleversé, le mode de visionnage de la télévision ayant énormément changé ces dernières années. Vivement que ce dossier prenne enfin forme.

Sur le plan sportif, quel regard portez-vous sur les affaires judiciaires qui touchent les deux clubs phares de la Principauté, l’ASM Basket et l’AS Monaco : c’est un nouveau coup dur porté à l’image de Monaco ?

Je réagis avant tout comme un supporter parmi les fans Monégasques. Donc, bien entendu, cela ne me laisse pas indifférent. Ces deux affaires n’ont rien à voir. À la place qui est la mienne, n’attendez pas de moi un quelconque commentaire. Je ne peut que vous assurer qu’avec les élus, nous ne pouvons qu’espérer que la pelouse et les parquets soient bientôt libres de toutes difficultés. Daghe Munegu [« Allez Monaco » — NDLR] !

Concernant l’attractivité aujourd’hui, où se situe Monaco et dans quelle mesure des résidents potentiellement déplacés par des crises, comme la guerre en Iran ou une fuite de Dubaï, pourraient-ils envisager de s’installer en Principauté ?

Ne cédons pas aux fantasmes. On ne choisit pas de s’installer durablement quelque part comme on craquerait pour une location de vacances. Il peut y avoir quelques effets d’aubaine, mais nous ne sommes pas dans un système de vases communicants. Maintenant, votre question générale est légitime, car elle permet de mieux réaliser à quel point Monaco dispose d’arguments inégalés en termes de stabilité politique juridique et économique, de sécurité et d’une qualité de vie qui n’ont rien à envier à d’autres destinations. Ajoutons que la Principauté est à portée immédiate de toutes les capitales européennes. En revanche, soyons attentifs aux évolutions géopolitiques qui impactent le climat économique global… Tout en reconnaissant qu’en général, Monaco, avec ses arguments, traverse plutôt bien les crises.

Il faudra faire preuve de prudence et contrôler chaque installation potentielle ?

Les procédures imposées par la Principauté sont déjà très encadrées. Elles n’ont pas besoin d’être renforcées. J’en profite pour vous rappeler que bien avant la crise actuelle, nous avons plaidé pour que, tout en étant strictes, ces procédures soient fluidifiées et accélérées, tout en conservant la même rigueur de contrôle. Nous avons voté plusieurs propositions de loi pour renforcer l’attractivité de la Principauté qui sont largement à la hauteur d’autres pays en ce qui concerne les mécanismes juridiques, comme les fondations patrimoniales ou les fiducies, et une évolution positive de notre droit international privé.

Enfin, quels textes pourraient être votés d’ici la fin de l’année 2026 ?

Sans surprise, les lois de budget, même si l’issue du vote dépend largement de notre dialogue avec le gouvernement sur les dossiers que nous avons évoqués. Pour le reste, vous ne serez pas étonné d’apprendre que notre programme législatif est encore très fourni. En établissant nos ordres de priorité, notre objectif est de privilégier tout ce qui renforce notre modèle économique et social. Modèle économique avec des textes sur le droit des sociétés, le droit au compte, les œuvres de l’esprit, les experts comptables, etc. Modèle social avec le handicap, le proche aidant, etc. Mais nous aurons l’occasion d’y revenir. Et puis, bien entendu, nous ne relâchons pas nos efforts sur tous les aspects de mise en conformité, avec, par exemple, un texte qui sera prochainement voté sur le « plaider coupable et la transaction pénale ». La session de printemps 2026 vient à peine de débuter. Tous les élus de la majorité sont pleinement mobilisés, y compris en étant à l’initiative de propositions de loi qui répondent à de vrais besoins, sans chercher à être déposées tous les 15, 30 ou 45 jours.

1) L’Europe affiche des écarts marqués. En Italie, le président de la Chambre des députés touche un peu plus de 208 000 euros par an, selon les données publiques de l’Union interparlementaire. En France, le président de l’Assemblée nationale perçoit 15 535 euros brut par mois, soit un peu plus de 186 000 euros par an, avec un budget de frais de mandat d’environ 6 000 euros par mois. En Allemagne, depuis juillet 2025, un député du Bundestag perçoit un peu plus de 11 800 euros euros brut par mois, et le président du Bundestag bénéficie d’une indemnité de fonction équivalente à l’indemnité de base, ce qui porte le total théorique à environ 23 667 euros par mois, soit un peu plus de 284 000 euros par an. En outre, il bénéficie d’indemnités forfaitaires pour frais environ 5 350 euros par mois et de représentation, autour de 1 000 euros par mois, non imposables et destinées à couvrir ses activités officielles. Ces élus bénéficient également d’avantages de fonction, comme des résidences officielles, des chauffeurs et des budgets de réception, qui ne sont pas inclus dans le salaire brut.

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