La décarbonation du secteur du bâtiment et de la construction est un défi de taille qui mobilise une multitude d’acteurs. À Monaco, c’est le marché du crédit carbone qui séduit.
Ce n’est pas juste un moyen de compenser des émissions polluantes, c’est aussi une manière de financer la lutte contre le changement climatique : à l’heure où de multiples acteurs s’engagent à travers différentes initiatives pour mieux protéger l’environnement, le secteur du BTP participe lui aussi, avec ses outils, à l’effort collectif pour atteindre la neutralité carbone, un objectif clé de l’Accord de Paris. Parmi ces outils, les crédits carbone volontaires offrent la possibilité de réaliser des impacts positifs. Pour les entreprises du bâtiment qui font face à des défis spécifiques en matière d’émissions de gaz à effet de serre, ces crédits peuvent s’avérer précieux. À Monaco, c’est ce que fait groupe Caroli, qui a décidé de compenser l’intégralité de ses émissions de carbone. Mais de quoi s’agit-il exactement ?
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Volontaire
Un crédit carbone volontaire correspond à une tonne de carbone d’équivalent CO2 (tCO2éq). Il s’agit d’une unité de mesure utilisée pour évaluer l’impact climatique des activités humaines. Ce crédit représente une tonne de CO2, qui a été évitée ou séquestrée, grâce à des actions volontaires en faveur de l’environnement. Concrètement, cela signifie que si une entreprise de construction adopte des pratiques qui réduisent ses émissions, elle peut obtenir des crédits carbone qui seront ensuite échangés sur le marché volontaire du carbone. Pour bien comprendre ce mécanisme, il existe trois scénarios différents. Premièrement, la situation où les émissions de gaz à effet de serre sont évitées : en choisissant des matériaux bas carbone ou en intégrant des énergies renouvelables dans les projets de construction, le secteur du BTP peut réduire ses émissions. Chaque tonne de CO2 évitée générera ensuite un crédit carbone, valorisable sur le marché. Autre scénario, les puits de carbone : ce sont des solutions naturelles ou technologiques qui captent et stockent le CO2. Dans le BTP, cela peut inclure des initiatives comme la végétalisation des toits ou l’utilisation de béton absorbant le CO2. Et enfin, troisième scénario, le crédit carbone volontaire : il est acheté par les entreprises qui souhaitent volontairement compenser leur empreinte carbone, sans y être obligées par la réglementation.
Un crédit carbone volontaire correspond à une tonne de carbone d’équivalent CO2 (tCO2éq). Il s’agit d’une unité de mesure utilisée pour évaluer l’impact climatique des activités humaines
Un marché adapté au BTP
Le marché des crédits carbone volontaires permet en effet aux entreprises du BTP de compenser leurs émissions en investissant dans des projets qui réduisent ou séquestrent du CO2. Ce marché, qui fonctionne de manière indépendante des systèmes de quotas obligatoires, est particulièrement pertinent pour le BTP, un secteur parfois pointé du doigt pour ses émissions. Le secteur du bâtiment représenterait en effet 23 % des émissions en France, selon les données de l’Agence de la transition énergétique, l’Ademe. Et, d’après l’Insee, en 2021, le bâtiment et la construction représentaient le 3ème poste des millions de gaz à effet de serre émis en France, soit une émission de 43,8 million de tonnes éq. CO2. À l’échelle d’un chantier moyen, cela représenterait un vol aller-retour Paris-New-York par passager, par mètre carré construit, pour une empreinte carbone estimée entre 850 et 1 000 kg de CO2e par m². En investissant dans des crédits carbone, les entreprises peuvent ainsi soutenir des projets environnementaux, tout en affichant une démarche responsable. Sachant que différents projets peuvent générer des crédits carbone, les projets éligibles sont divers, et touchent de nombreux secteurs, y compris le BTP. Ils se répartissent généralement en deux sortes. Tout d’abord, les projets d’évitement : ce sont des initiatives qui permettent de réduire les émissions actuelles, en optimisant, par exemple, l’efficacité énergétique des chantiers ou en utilisant des engins à faibles émissions. Il y a aussi les projets de séquestration : ces projets consistent à capter et à stocker du CO2, comme la plantation d’arbres autour des sites de construction ou le développement de technologies innovantes de capture du carbone. Une démarche qui a séduit Axel Caroli : « Chaque année, notre entreprise versera une contribution financière pour rembourser l’ensemble des émissions qu’elle a généré. L’intérêt pour les entreprises, c’est de payer moins, et pour payer moins, il faut générer moins d’émissions. Nous avons donc reçu des conseils pour être plus vertueux au niveau de nos émissions de carbone, en utilisant, par exemple, du béton bas carbone, qui génère moins d’émissions, ou en limitant les exportations plus lointaines. »
Le secteur du bâtiment représenterait 23 % des émissions en France, selon les données de l’Agence de la transition énergétique, l’Ademe. Et, d’après l’Insee, en 2021, le bâtiment et la construction représentaient le 3ème poste des millions de gaz à effet de serre émis en France, soit une émission de 43,8 million de tonnes éq. CO2
Des certifications
Pour garantir la qualité et la crédibilité des crédits carbone, plusieurs labels de certification ont vu le jour. Ces labels, inspirés des standards de certification du marché réglementé, aident à assurer que les crédits reflètent réellement des réductions ou des séquestrations de CO2. Parmi les labels les plus reconnus, on trouve le Gold Standard et le Voluntary Carbon Standard (VCS), qui exigent une comptabilité rigoureuse des projets et des réductions de gaz à effet de serre. Malgré tout, il faut s’armer de vigilance selon Antonio Novi, consultant indépendant à Monaco sur le marché du crédit carbone : « Pour éviter le “greenwashing” [écoblanchiment, une technique qui consiste à communiquer autour d’actions douteuses pour vanter sa responsabilité écologique — NDLR], il est important d’investir dans des projets qui sont certifiés. Nous avons aidé le groupe Caroli a identifier les projets que nous estimons être les plus sérieux. » Concernant le coût de ces crédits carbone, le prix varie considérablement, allant de quelques euros à plusieurs centaines par tonne de CO2. En 2022, l’ONG Geres a rapporté que le prix moyen des crédits était de 4,60 euros par tCO2éq, bien que cette moyenne masque des disparités selon la localisation, la labellisation et le type de projet. Les crédits dotés de certifications rigoureuses, comme le « Label bas carbone », peuvent atteindre des prix bien plus élevés, jusqu’à 31,80 euros par tCO2éq. En définitive, pour le BTP, investir dans des crédits carbone volontaires représente non seulement un engagement pour le climat, mais aussi une opportunité de valoriser ses démarches de réduction d’empreinte carbone auprès de ses clients et de ses partenaires.
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