mardi 24 mars 2026
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Guy Antognelli : « L’idée n’est pas de faire venir plus de monde à Monaco »

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En 2025, Monaco a confirmé la solidité de son attractivité touristique avec une hausse du taux d’occupation hôtelier, du chiffre d’affaires lié au tourisme et des voyageurs d’affaires. Directeur de la direction du tourisme et des congrès, Guy Antognelli détaille pour Monaco Hebdo les tendances de l’année passée et les stratégies pour 2026. Propos recueillis par Mélicia Poitiers

La direction du tourisme et des congrès a récemment dressé son bilan pour 2025 : quelles grandes tendances en ressortent ?

On observe une progression du tourisme en volume, avec un taux d’occupation moyen des hôtels qui a gagné trois points supplémentaires. Il est de 62 % en 2025, contre 59 % en 2024. Sur la saison estivale, il reste stable à 78 %, ce qui signifie que la progression s’est surtout faite en hiver. C’est une très bonne chose.

Qu’est-ce qui explique cette bonne dynamique ?

La progression tient beaucoup du tourisme d’affaires. Il représente 26 % des nuitées en 2025, contre 23 % en 2024. Le congrès annuel mondial de Milwaukee [une marque américaine leader mondial dans la fabrication d’outillage électrique — NDLR], a largement contribué à cette progression. Il s’est tenu à Monaco en février 2025 et il a duré trois semaines. À lui seul, il a généré 15 000 nuitées, ce qui est exceptionnel en volume. Plusieurs autres facteurs ont attiré des visiteurs cet hiver. Les fêtes de Noël ont, par exemple, été très bien fréquentées grâce aux décorations exceptionnelles de la Société des bains de mer (SBM) et de la mairie de Monaco. L’opéra a aussi proposé une comédie musicale sur une quinzaine de jours, qui a bien fonctionnée.

« On observe une progression du tourisme en volume, avec un taux d’occupation moyen des hôtels qui a gagné trois points supplémentaires. Il est de 62 % en 2025, contre 59 % en 2024. Sur la saison estivale, il reste stable à 78 %, ce qui signifie que la progression s’est surtout faite en hiver. C’est une très bonne chose »

Le chiffre d’affaires de l’hébergement, hors taxes et hors services, est passé de 275 à 289 millions d’euros : que révèle la grande enquête sur les dépenses touristiques que vous avez menée avec l’Institut monégasque de la statistique et des études économiques (Imsee) ?

La dépense touristique totale s’élève à 1,4 milliard d’euros, soit près de 7% du chiffre d’affaires global de la Principauté.

En 2025, Monaco a accueilli 6,7 millions de visiteurs : peut-on parler de surtourisme ?

Non. Le nombre de visiteurs est assez stable. Les 6,7 millions de visiteurs enregistrés en 2025 correspondent à peu près au niveau que nous avions déjà en 2010. Dans les hôtels, le taux d’occupation est de 62 %. Nous sommes donc loin de la saturation. Monaco compte environ 2 500 chambres. Même avec 100 % de taux d’occupation, l’impact des visiteurs hébergés resterait bien moindre que celui des pendulaires qui viennent travailler chaque jour en Principauté. En revanche on sait que sur les 6,7 millions de visiteurs, « seulement » 500 000 ont passé au moins une nuit en Principauté. L’idée n’est pas de faire venir plus de monde à Monaco, mais de transformer les excursionnistes – ceux qui ne restent que quelques heures – en visiteurs hébergés. Nous voulons convaincre les gens qu’il y a une véritable valeur à être hébergés en Principauté.

Cherchez-vous à limiter le nombre de visiteurs qui ne dorment pas sur place ?

Non. Empêcher les gens de venir ne régulerait pas les flux. Encore une fois, il y a moins de touristes que de pendulaires. Il est vrai que nous sommes parfois saturés en juillet-août et certains week-ends du mois de mai. Il faut donc être attentif à la gestion des flux, notamment aux entrées de Monaco. Mais je n’aime pas le terme de « surtourisme ». Il donne l’impression qu’il y a trop de touristes en permanence et sous-entend que l’on en voudrait moins. Or ce n’est pas le cas. Une étude menée dans plusieurs grandes villes européennes a simulé l’impact d’une suppression du « surplus » de touristes, c’est-à-dire ceux au-dessus de la moyenne européenne. Cela a eu un effet financier dévastateur pour le secteur.

Quelles pistes étudiez-vous pour mieux répartir les flux ?

Plusieurs réflexions sont en cours. Par exemple, ouvrir certains musées plus tôt et en fermer d’autres plus tard. Si toutes les activités ferment à 18 heures, cela crée forcément un pic de fréquentation à ce moment-là. Par ailleurs, le cadencement du TER toutes les 15 minutes devrait nous aider, quand il sera effectif.

« En Principauté, le prix moyen annuel d’une chambre vendue est passé de 529 euros hors taxes et hors services en 2024, à 561 euros en 2025. Mais cette moyenne ne veut pas dire grand-chose. Entre une suite à l’hôtel de Paris à 50 000 euros la nuit et une chambre au Novotel à 250 euros, la moyenne n’est pas très représentative »

Certains visiteurs préfèrent dormir à Nice plutôt qu’à Monaco : c’est une question de budget ?

Pas forcément. Il y a sûrement une petite partie de visiteurs qui pourrait s’offrir une nuit en Principauté, mais qui n’a tout simplement pas regardé en détail, car il y a des clichés trompeurs.

Aujourd’hui, quel est le prix moyen d’une chambre à Monaco ?

Le prix moyen d’une chambre à Monaco a progressé de 6 % sur l’année et même de 11 % pendant l’été. En Principauté, le prix moyen annuel d’une chambre vendue est passé de 529 euros hors taxes et hors services en 2024, à 561 euros en 2025. Mais cette moyenne ne veut pas dire grand-chose. Entre une suite à l’hôtel de Paris à 50 000 euros la nuit et une chambre au Novotel à 250 euros, la moyenne n’est pas très représentative. Elle sert surtout à comparer Monaco à d’autres destinations.

Cette augmentation des prix vise-t-elle à cibler une clientèle encore plus aisée ?

Non, et ça n’est d’ailleurs pas spécifique à Monaco. C’est une tendance mondiale dans l’hôtellerie de luxe. Quand on compare les prix pratiqués à Monaco à ceux des grandes capitales comme Rome, Paris, Londres ou New York, Monaco n’est pas particulièrement cher. Le rapport qualité-prix y est même très bon. Il ne s’agit pas de sélectionner la clientèle, mais simplement d’atteindre le juste prix du produit. Il n’y avait pas de raison que nous nous vendions moins cher. En revanche, il est certain que nous ne faisons pas la course au volume.

Les croisiéristes sont nombreux à Monaco ?

Ils représentent environ 100 000 personnes par an à Monaco, ce qui est relativement peu. Pour donner un ordre d’idée, un match de football peut réunir 19 000 personnes. De plus, la plupart ne participent pas à des excursions organisées. Une enquête que nous avions réalisée en 2015 montrait qu’ils se déplacent souvent par eux-mêmes, ce qui évite la formation de groupes trop importants et permet une bonne répartition des flux.

« Je n’aime pas le terme de « surtourisme ». Il donne l’impression qu’il y a trop de touristes en permanence et sous-entend que l’on en voudrait moins. Or, ce n’est pas le cas »

Quelles nationalités ont été les plus présentes en 2025 ?

Les Européens restent majoritaires. Sur l’année, le top 5 des pays de provenance reste le même : la France, les États-Unis, l’Italie, le Royaume-Uni et l’Allemagne. On a observé une belle progression des visiteurs d’Europe centrale, notamment des Polonais. Cela s’explique par le contexte économique qui y est actuellement très favorable et à l’augmentation du pouvoir d’achat des Polonais. La clientèle du Moyen-Orient a encore progressé. En été, les visiteurs venus des États-Unis et du Moyen-Orient ont été très présents. À eux deux, ils ont fait 25 % du chiffre d’affaires touristique estival, avec respectivement 13 % et 12 %.

Les tensions au Moyen-Orient pourraient-elles affecter cette clientèle ?

Pour l’instant, ceux qui veulent venir y parviennent, notamment en passant par Oman. Mais nous restons très attentifs à l’évolution de la capacité aérienne.

Qu’en est-il de la clientèle asiatique ?

On observe une légère progression, mais elle reste peu significative. Nos principaux marchés en Asie sont la Turquie, Israël et l’Arabie saoudite, devant le Japon. Viennent ensuite les Émirats arabes unis, la Chine et l’Inde. En réalité, pour Monaco, l’Asie correspond surtout au Proche-Orient. À lui seul, il représente environ la moitié des nuitées asiatiques.

Pourquoi les touristes chinois et japonais sont-ils moins présents ?

La clientèle chinoise voyage souvent en groupe et privilégie les grandes capitales. Il est encore difficile de les attirer en dehors, même s’ils sont un peu présents sur la Côte d’Azur. Nous continuons à travailler un peu ce marché, en ciblant les agences de voyage spécialisées dans le luxe. En revanche, nous allons réduire nos efforts sur le Japon. Depuis environ 25 ans, ce marché est peu dynamique. L’économie et le vieillissement de la population font que les Japonais voyagent moins. Par ailleurs, venir d’Asie en Europe est devenu plus cher et plus compliqué, ce qui ne s’arrange pas avec les “hubs” du Moyen-Orient perturbés. Il faut passer par Istanbul ou remonter très au nord entre l’Alaska et la Russie, ce qui rend la liaison difficile.

En 2026, quels marchés souhaitez-vous développer ?

Nous continuerons à cibler notre top 5 et, plus largement, l’ensemble de l’Europe, car l’Europe, l’Union européenne (UE) et le Royaume-Uni représentent environ 60 % de nos clients. Nous allons aussi renforcer notre présence sur des marchés dynamiques comme la Pologne, la Norvège ou la Suède, tout en continuant à travailler fortement les États-Unis et le Moyen-Orient.

Vous préparez une nouvelle campagne de communication touristique : quel en est l’esprit ?

Nous devions renouveler le message. Une campagne ne vit généralement pas plus de trois ans. Cette fois, nous voulions mettre en avant les expériences que l’on peut vivre à Monaco, souvent de manière juxtaposée : sport et mode, fête et farniente, gastronomie et spectacles… Tout cela peut se vivre dans un espace très réduit de deux kilomètres carrés, avec une grande facilité pour se déplacer d’un lieu à l’autre. Le slogan est « Monaco, everything at once », c’est-à-dire « Monaco, là où tout se vit ».

À qui s’adresse cette campagne ?

Elle s’adresse à tous, mais nous souhaitons notamment parler aux familles. C’est un segment sur lequel nous sommes bons, qui existe déjà à Monaco, mais sur lequel nous ne communiquons pas assez.

« La dépense touristique totale s’élève à 1,4 milliard d’euros, soit près de 7 % du chiffre d’affaires global de la Principauté »

Connaît-on l’âge moyen des visiteurs à Monaco ?

Nous aurons ces données à la fin de la grande enquête qui est en cours, et dont les résultats seront publiés en avril 2026. Mais nous constatons déjà un rajeunissement de la clientèle, particulièrement visible lors du Grand Prix.

En 2025, Monaco a été élue « meilleure destination européenne » : cela a-t-il eu un impact ?

Oui, pas forcément en augmentant le nombre de visiteurs, mais surtout en termes de réputation. Cette année, le même organisme a également classé le Grand Prix parmi les « European best sporting events » [les « meilleurs événements sportifs européens » — NDLR], devant les Jeux olympiques (JO) d’hiver de Milan-Cortina.

Quels événements devraient soutenir l’attractivité hors saison cette année ?

Nous avons accueilli le sommet Forbes en février 2026 et la cérémonie du guide Michelin le 16 mars 2026 [à ce sujet, lire notre article publié dans ce numéro de Monaco Hebdo — NDLR]. Ils prouvent l’attractivité internationale de la destination. Forbes était venu pour la première fois en 2025, initialement pour une seule édition avant de partir en Asie. Finalement, l’événement est revenu en 2026 et il reviendra encore en 2027.

On sait l’importance de l’accueil et de l’information des touristes sur place : quelle est votre stratégie ?

Nous avions autrefois des jeunes présents dans la rue pour renseigner les visiteurs. Aujourd’hui, nous avons plutôt multiplié les points d’information. Il y a l’office du tourisme et celui de la gare, toute l’année. L’été, nous en ajoutons au Jardin Exotique et au village d’été de la mairie. Nous espérons également installer un kiosque mobile qui circulera entre Monaco-Ville et le Grimaldi Forum.

Monaco dispose-t-il d’une offre culturelle suffisante, selon vous ?

Je le pense. Monaco ne sera jamais Paris avec une centaine de spectacles par soir. Mais entre la programmation du théâtre des Muses, du théâtre princesse Grace, de l’opéra, de l’orchestre, des ballets ou encore les spectacles d’humour, l’offre est déjà riche. À cela s’ajoute la gastronomie, qui attire de plus en plus de gourmets en Principauté. L’ensemble constitue, selon moi, une offre culturelle variée et de grande qualité.

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