jeudi 6 octobre 2022
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Emploi à Monaco : des postes à pourvoir dans la restauration et la sécurité

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En pénurie de main-d’œuvre, les secteurs de la sécurité et de la restauration recrutent à Monaco. Les besoins sont tels que le niveau de qualification n’est pas particulièrement exigeant pour décrocher un contrat. Les candidats(e)s doivent surtout se montrer disponibles et motivé(e)s.

Ça recrute à Monaco. Notamment dans les métiers de la restauration et de la sécurité, qui peinent à trouver preneurs. Ces deux secteurs, réputés comme difficiles, manquent en effet de forces vives, et les nouvelles recrues sont les bienvenues, si l’on en croit les dirigeants concernés. À propos des métiers de la restauration, mais aussi de l’hôtellerie, le chef Frédéric Ramos, du Novotel Monte Carlo, confirme cette tendance : « Avant, pour travailler dans de grands établissements, il fallait presque entrer sous piston tant la pile de CV était épaisse. Aujourd’hui, ces mêmes établissements ont du mal à recruter. » Et tous types d’emplois sont concernés : « Les cuisiniers et pâtissiers manquent, mais aussi les serveurs, les femmes de chambre, et le personnel de réception en général. Normalement, il faut une formation en cuisine, type BEP ou BAC pro pour postuler. Mais, pour les métiers de services, on se rend compte que dans 70 % des cas, ce ne sont plus des gens du métier. Face aux besoins, on prend un jeune ou un étudiant comme serveur. C’est dommage, car ils n’ont pas tous la notion de l’accueil et du commerce. Mais les lycées hôteliers ferment des classes, car plus personne ne veut faire ce métier qui fait peur. »

« Il y a dix ans, quand je faisais passer une annonce dans la presse, j’avais 80 réponses. La dernière fois que je l’ai fait, je n’en ai eu que cinq »

Alain Ducruet. Directeur chez Caroli sécurité privée

Salaires et horaires à revoir

Le chef Ramos ne s’en cache pas. En effet, le métier est dur, il l’a toujours été, et cela, pour plusieurs raisons : « Le métier n’attire plus, et les salaires ne suivent pas, non plus. En moyenne, on tourne autour de 1 800 euros net, et ça n’évolue pas selon qu’on travaille les soirs et les week-ends. Quand on considère le transport et le coût de la vie, avec des loyers qui gravitent autour de 1 000 euros minimum, c’est assez peu payé. » La question de la rémunération fait en effet débat à Monaco, alors que l’Institut monégasque de la statistique et des études économiques (IMSEE) affiche le salaire médian du secteur privé à 2 276 euros net en 2021, en équivalent temps plein [à ce sujet, lire notre article Les salaires sont-ils assez élevés à Monaco ?, publié dans Monaco Hebdo n° 1236 — NDLR]. Les horaires sont également exigeants. Ils nécessitent beaucoup de disponibilités, pas toujours en phase avec les horaires des transports en commun : « Je dois adapter mes plannings selon la SNCF. Le soir, à partir de 21h30, il n’y a pas de moyens de transport pour rentrer à Nice. Quand on sait le nombre de personnes qui travaillent à Monaco, c’est lamentable. » Car tous les établissements ne peuvent pas se permettre de disposer de deux équipes tournantes : « J’essaie de chouchouter mon équipe, et de ne pas faire la coupure. Depuis 2007, par exemple, on fait des journées en continu, avec une équipe du matin, et une équipe du soir, qui alternent chaque semaine. Mais les petits établissements n’ont pas les moyens de recruter l’équivalent du double de leur personnel pour se constituer deux équipes. Les serveurs doivent donc se rendre disponibles, sur de grandes amplitudes horaires. » Si la situation n’évolue pas d’ici cet été, il faudra réduire le nombre de couverts : « On assurera la période estivale, mais à capacité réduite : 60 couverts au lieu de 80, et 190 chambres au lieu de 210. En France, je connais des restaurateurs qui repoussent leur réouverture pour la saison, car ils n’ont pas encore les effectifs nécessaires. » Pourtant, le métier a changé et il offre encore des perspectives d’évolution, selon Frédéric Ramos : « Le métier a beaucoup évolué depuis que j’ai commencé. Il a peut-être même trop évolué. Il faut rester positif, revaloriser le métier, et travailler sur les aménagements d’horaires, et être moins virulent. Je pars du principe que c’est du donnant-donnant, car c’est un métier de partage. On peut encore faire de belles carrières dans la restauration. Mais il faut y mettre de la volonté. »

« Je dois adapter mes plannings selon la SNCF. Le soir, à partir de 21h30, il n’y a pas de moyens de transport pour rentrer à Nice. Quand on sait le nombre de personnes qui travaillent à Monaco, c’est lamentable »

Frédéric Ramos. Chef cuisinier du Novotel Monte Carlo

Des offres dans la sécurité toute l’année

Les enjeux sont les mêmes pour les métiers de la sécurité à Monaco. Alain Ducruet, directeur chez Caroli Sécurité Privée, a vu le vent tourner : « Il y a dix ans, quand je faisais passer une annonce dans la presse, j’avais 80 réponses. La dernière fois que je l’ai fait, je n’en ai eu que cinq. » Au même titre que le secteur de l’hôtellerie et de la restauration, la profession est devenue moins attractive. Là encore, le problème vient du faible niveau de rémunération : « Les salaires sont assez bas. Un agent de sécurité qui débute touchera l’équivalent d’un SMIC, et il passera son temps dans des endroits fermés, où il ne se passe rien… Et c’est justement grâce à leur présence qu’il ne se passe rien. Mais, quand on commence à se poser la question « qu’est-ce que je fais là ? », c’est le début des problèmes. » Difficile pourtant de revoir ces salaires à la hausse, malgré la pénurie d’agents : « Les clients n’ont pas l’habitude de payer cher la sécurité. Pour eux, c’est une obligation, il la faut. Mais cela ne fait pas partie de leur schéma de pensée. Donc ils nous rémunèrent peu cher, et nous rémunérons à notre tour les agents en fonction de ces prix. Ces clients savent combien coûte un agent, et combien il est payé en général. Même si l’ancienneté et la technicité s’ajoutent parfois, la marge est très faible. Ils savent donc presque comment calculer notre marge, et ils donnent le prix de ce qu’ils estiment être « juste », explique Alain Ducruet. Avec l’augmentation du SMIC, ça a même déjà commencé à râler car, pour les clients, une augmentation de 6 %, c’est une augmentation directe sur leurs factures. » La question des horaires est également épineuse pour ces professions :  « Il y a beaucoup d’événementiel à Monaco, donc les plannings ne sont pas suivis à la semaine ou au mois. Chaque semaine, les agents peuvent changer de jours, d’horaires, de vacations et de sites, car on travaille chez les clients. » Et si différents types de contrats sont proposés aux agents, rares sont les contrats à durée indéterminée (CDI) : « La main-d’œuvre est volatile. Les agents vont là où il y a du travail. Ils savent qu’ils ne vont pas travailler toute l’année dans la même société de sécurité. Ils changent beaucoup d’employeurs, de sites, et d’horaires », ajoute Alain Ducruet. Face à tous ces points noirs, le problème est tel que près de 650 agents pourraient manquer sur le territoire pour cet été 2022 : « On est en recrutement permanent, toute l’année. Quand on a besoin de 20 agents, on en contacte 50. Entre collègues on se sous-traite même des agents, selon les besoins. On doit se donner des coups de main », conclut Alain Ducruet.

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