La Société d’Exploitation des Ports de Monaco (SEPM) avait remporté l’appel d’offres pour construire une nouvelle marina à Civitavecchia, près de Rome. Un recours a relancé la procédure. Si elle gagne à nouveau, ce pourrait être le prochain chantier des ports monégasques. Par Mélicia Poitiers
La Société d’Exploitation des Ports de Monaco (SEPM) a structuré en 2016 un outil spécifique pour accompagner son développement à l’international avec la création de la Société Monégasque Internationale Portuaire (SMIP), filiale de la SEPM. L’objectif était clair, dès le départ : sortir du périmètre strict de Monaco pour aller chercher des concessions portuaires à l’étranger, en s’appuyant sur un savoir-faire déjà éprouvé dans la gestion et l’exploitation de ports de plaisance.
La SEPM participe au projet au sein du consortium Roma Marina Yachting, qui prévoit la création d’une marina moderne intégrée au port existant, capable d’accueillir une quarantaine de places de port pour des yachts mesurant entre 30 et 60 mètres
Après Vintimille, Rome
Le premier projet concret s’est fait en Italie, avec l’acquisition en 2016 de la concession du port de Cala del Forte à Vintimille pour 85 ans. Situé à la frontière franco-italienne, à 15 à 20 minutes de la Principauté, soit 7,9 milles nautiques, la SEPM a ainsi pu tester son modèle à l’étranger, dans un environnement proche, mais différent. Elle a inauguré la nouvelle version du port en juillet 2021, après avoir réalisé les infrastructures maritimes et portuaires, les installations d’accueil des bateaux, ainsi qu’une promenade en front de mer avec des espaces publics et des locaux commerciaux. Une réussite, si l’on en croit la SEPM et le maire de Vintimille, qui estiment que le nouveau port a dynamisé la ville et l’économie locale en créant des emplois et en attirant une clientèle internationale. Après Vintimille, c’est le port de Civitavecchia, à Rome, qui pourrait bien être le prochain cap de la stratégie internationale des ports monégasques. Situé à environ une heure de Rome, il est déjà le principal port de croisière de la capitale italienne, et l’un des plus importants de Méditerranée. Il connaît une croissance continue, avec près de 3,75 millions de passagers attendus en 2026 et une ambition affichée d’atteindre environ 4 millions à l’horizon 2028.
Une nouvelle marina pour la grande plaisance
L’idée de l’appel d’offre lancé par l’autorité portuaire de Civitavecchia est de compléter l’activité croisière par une offre haut de gamme destinée aux yachts et aux unités de grande taille dans le port historique. La SEPM participe au projet au sein du consortium Roma Marina Yachting, qui prévoit la création d’une marina moderne intégrée au port existant, capable d’accueillir une quarantaine de places de port pour des yachts mesurant entre 30 et 60 mètres. « La localisation de ce port situé face à la Sardaigne en mer Tyrrhénienne en communication avec la mer Ionienne et la Grèce a beaucoup de sens pour les itinéraires des yachts ciblés », explique Olivier Lavagna, directeur de la SEPM. Le projet ne se limite pas à l’aspect nautique. Il comprend également des aménagements à terre, avec des espaces d’accueil pour les équipages et les plaisanciers, des bâtiments dédiés à l’exploitation portuaire et aux services techniques, ainsi que des zones commerciales. La concession est envisagée sur 40 ans.
« La localisation de ce port situé face à la Sardaigne en mer Tyrrhénienne en communication avec la mer Ionienne et la Grèce a beaucoup de sens pour les itinéraires des yachts ciblés »
Olivier Lavagna. Directeur de la SEPM
Jugé irrégulier, l’appel d’offres a été relancé
Le projet avait franchi une étape importante puisque le consortium incluant la SEPM avait été désigné lauréat de l’appel d’offres en 2019. Mais une autre entreprise italienne, Porto Storico di Civitavecchia S.r.l., également candidate sur le projet, a contesté la procédure, remettant en question certains aspects de la régularité de l’appel d’offres et de son déroulement administratif. Ce recours a finalement conduità l’annulation, en 2023, de la première attribution par le Conseil d’État italien, qui a relevé « la présence d’un conflit d’intérêts et des manquements aux exigences d’impartialité et de transparence, susceptibles d’avoir affecté la régularité de l’ensemble de la procédure ». Ceci a relancé entièrement la procédure. Un nouvel appel d’offres a été publié fin 2025, et les deux projets sont aujourd’hui à nouveau en concurrence. Porto Storico propose une version plus réduite du développement, avec une emprise plus limitée et une durée de concession plus courte. Au printemps 2026, le dossier est encore en phase d’instruction administrative, avec des arbitrages en cours. Rien n’est donc définitivement attribué à ce stade, mais la SEPM semble confiante. « Nous devrions être de nouveau déclarés attributaires de la concession », a déclaré Aleco Keusseoglou à Monaco Hebdo. 1) Conseil d’État italien, section VII, décision du 11 août 2023, n° 7746, RG n° 1005/2022. La version intégrale est disponible sur Internet : lentepubblica.it. Le PDF intégral est ici : https://www.lentepubblica.it/wp-content/uploads/2023/09/Cons.-Stato-sez.-VII-11-agosto-2023-n.-7746.pdf.



