lundi 20 avril 2026
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Vacances « adult only » – René-Marc Chikli : « Aujourd’hui, les gens sont décomplexés »

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Comment les prestations de voyages sans enfants ont-elles émergées au fil du temps ? Les explications de René-Marc Chikli, président du SETO, le syndicat des tour-opérateurs français.

A quand remonte le phénomène “no kids” ou “adult only” ?

Depuis plus de dix ans, les tour-opérateurs allemands et anglais, ont développé une formule qui s’appelle “adult only” [réservée aux adultes — NDLR], avant que la France ne suive. Cette formule a concerné les destinations du bassin méditerranéen, avec une grosse tendance sur le Maroc et la Tunisie. Quand le Club Med a été lancé [le Club Med a été créé en 1950 par Gérard Blitz (1912-1990) — NDLR], au début, ils avaient Djerba la Douce, où ils n’avaient que des célibataires. Au niveau marketing, ça n’est donc pas nouveau.

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A quelle demande cela répond-il ?

Les prestations sans enfant répondent à une demande d’une clientèle plus jeune, que les tour-opérateurs avaient du mal à capter dans des clubs “all inclusive”. Ce phénomène est aussi parti des Etats-Unis, avec des formules “all inclusive” développées par les Américains à l’aide des chaînes hôtelières espagnoles, comme Riu ou d’autres. C’est donc quelque chose qui planait dans le monde entier.

Et ça marche ?

J’ai aidé un ami propriétaire de cinq hôtels au Maroc, entre Agadir et Taghazout. Il en a transformé un en “adult only”. Au début, il doutait fortement. Et puis, il s’est aperçu que son hôtel était plein.

Chikli voyage sans enfant adult only Riu
« On trouve des prestations sans enfant dans les Caraïbes anglophones. Sur la Méditerranée, on trouve cela en Tunisie, au Maroc, aux Canaries, aux Baléares… En Italie, peut-être en Sicile. On peut aussi citer la République dominicaine, et toutes les îles américaines en dessous de Miami, sans oublier l’île Maurice. » René-Marc Chikli. Président du SETO, le syndicat des tour-opérateurs français.

Quelle est la demande formulée par les clients qui recherchent ce type d’offres ?

Cela attire des gens qui ne souhaitent pas être dérangés pendant leurs vacances, parce qu’ils sont jeunes et en couple. Ils ne réclament pas une prestation “no kids”. Ils disent : « On veut être tranquille. On veut boire et sauter dans la piscine, sans enfant. »

« Depuis plus de dix ans, les tour-opérateurs allemands et anglais, ont développé une formule qui s’appelle “adult only” [réservée aux adultes — NDLR], avant que la France ne suive. Cette formule a concerné les destinations du bassin méditerranéen, avec une grosse tendance sur le Maroc et la Tunisie »

Aujourd’hui, cette demande concerne également le marché du tourisme français ?

Le marché français a capté ce phénomène. Mais cela reste limité. En France, cette formule n’existe pas. Mais, en dehors de la France, ça existe partout. Cela représente environ un établissement sur dix que ce soit en Tunisie, en Italie…

Quel est le profil des clients qui réclament des offres “adult only” ?

Les adeptes des prestations sans enfants sont des gens de 30 ans et moins. Or, il s’agit d’une clientèle très difficile à capter pour les tour-opérateurs. À ceux-là, au fil du temps, des gens plus âgés sont venus s’ajouter. Ensuite, des couples reconstitués ont aussi trouvé cette offre intéressante.

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Comment les professionnels se sont adaptés à cette demande ?

Cela n’a pas été difficile pour les propriétaires ou pour les tour-opérateurs. Ça a été difficile pour le personnel qui était habitué sur certains hôtels à servir des familles, et qui se sont retrouvés avec des couples. Ça a été un changement pour eux. Mais ça s’est bien passé quand même.

On trouve des prestations sans enfant dans tous les pays ?

Non. En long courrier, on trouve des prestations sans enfant dans les Caraïbes anglophones. Sur la Méditerranée, on trouve cela en Tunisie, au Maroc, aux Canaries, aux Baléares… En Italie, peut-être en Sicile. On peut aussi citer la République dominicaine, et toutes les îles américaines en dessous de Miami, sans oublier l’île Maurice.

« Les adeptes des prestations sans enfants sont des gens de 30 ans et moins. Or, il s’agit d’une clientèle très difficile à capter pour les tour-opérateurs. À ceux-là, au fil du temps, des gens plus âgés sont venus s’ajouter. Ensuite, des couples reconstitués ont aussi trouvé cette offre intéressante »

Depuis son émergence, il y a une dizaine d’années, ce phénomène grandit ?

Ce phénomène s’est installé correctement sur le marché. Puis, il s’est développé.

Ce marché pèse combien ?

Je dirais que le phénomène “adult only” représente 2 ou 3 % du marché, avec une clientèle beaucoup plus anglo-saxonne et germanique que française. Les plus grands acteurs du marché du tourisme suivent cette tendance. Riu hotels & resorts est une chaîne hôtelière espagnole qui propose une panoplie d’hôtels “adult only”. C’est une filiale de TUI Group, et c’est aussi le plus gros tour-opérateur.

En revanche, Monaco semble ne pas proposer de formule “adult only” ?

Aller à Monaco avec les enfants, c’est très rare. La principauté, c’est le casino, c’est le plaisir… En revanche, le Monte-Carlo Bay est davantage tourné vers les familles. Pendant les vacances scolaires, on voit d’ailleurs beaucoup d’enfants aux buffets proposés par le Monte-Carlo Bay.

René-Marc Chikli voyage sans enfant adult only
« À un moment donné, il y avait même des compagnies aériennes nudistes qui voulaient se lancer. Des clubs LGBT sont créés. Cela reste des niches, mais la notion de tourisme à thème est là. » René-Marc Chikli. Président du SETO, le syndicat des tour-opérateurs français. © Photo SETO

Désormais, cette demande de prestation sans enfant est installée : aujourd’hui, les gens ne sont plus gênés pour demander du “adult only” ?

Oui, aujourd’hui, les gens sont décomplexés. Ils n’hésitent plus à demander des prestations “adult only”. Quand on a vu apparaître les familles reconstituées, on ne prenait pas forcément ça au sérieux. Et puis, c’est devenu sérieux. On ne peut plus ignorer ce phénomène. Nous avons donc dû intégrer la notion de familles reconstituées.

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Cette prestation sans enfant est donc devenue une prestation comme une autre, que tout le monde devra être capable de proposer ?

Oui. Le “adult only” va même se développer. Et puis, il y a des tentatives sur d’autres thèmes. À un moment donné, il y avait même des compagnies aériennes nudistes qui voulaient se lancer. Des clubs LGBT sont créés. Cela reste des niches, mais la notion de tourisme à thème est là. Et c’est quelque chose qu’on voit aujourd’hui, et qu’on ne voyait pas avant. Avant, tout le monde allait au même endroit. Aujourd’hui, les gens veulent se dissocier, en disant : « Je n’ai pas fait d’enfant, donc je n’ai pas à subir les enfants des autres. »

« Le marché “adult only” va perdurer, c’est sûr. Il va prendre un peu plus d’ampleur […]. Ça marche trop bien. Quand vous avez une formule de ce type et que vous avez un taux d’occupation à 80, 85, voire à 90 % toute l’année, vous ne changez rien »

Les transporteurs proposent des solutions sans enfant ?

Pas encore, car ils ont peur d’être attaqués au niveau juridique. Mais ce n’est pas l’envie qui leur manquerait. Souvent, sur de grandes compagnies comme Singapour Airlines, il y a plusieurs cabines de “business”. Ils se débrouillent donc comme ça.

En Italie, Trenitalia propose des voitures Silenzio, mais pas la SNCF en France ?

C’est une bonne chose. Trenitalia a raison. Certains sont prêts à payer plus pour être au calme. Mais en France, la SNCF n’a rien d’équivalent (1).

Quel avenir voyez-vous pour ce marché “adult only” ?

Le marché “adult only” va perdurer, c’est sûr. Il va prendre un peu plus d’ampleur. On a déjà atteint un certain stade. Mais ce marché ne va pas régresser, c’est sûr. Ça marche trop bien. Quand vous avez une formule de ce type et que vous avez un taux d’occupation à 80, 85, voire à 90 % toute l’année, vous ne changez rien. Ceux qui ne proposent pas un hôtel entièrement “adult only”, font des formules sans enfant par étages. Mais ce n’est pas annoncé clairement. Ce sont des étages réservés en quelque sorte aux adultes par le prix de la prestation.

1) Dans certains TGV, la SNCF propose un « Espace famille », réservé aux voyageurs avec des enfants.

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