Voilà désormais trois ans que le tabac est proscrit dans les lieux publics monégasques. Et ça marche?: les fumeurs ont pris le pli et les comportements ont radicalement changé.
Par Carine Julia.
Le 1er novembre 2008, le tabac devenait persona non grata sur le Rocher. Monaco se mettait au diapason européen en matière de lutte contre le tabagisme.
Première conséquence, immédiatement perçue dans les lieux publics concernés?: « Ça ne sent plus mauvais?! » Constat d’une évidence presque naïve, mais qui fait l’unanimité que ce soit à l’hôpital ou dans les restaurants. Signe que les usagers sont heureux de l’effort imposé aux fumeurs. A l’entrée en vigueur de la loi anti-tabac, le seul bémol olfactif s’observait dans les boîtes de nuit, où les clients ont découvert que l’odeur de fumée camouflait l’autre, plus… naturelle, de la sueur. Sur Internet, les clubbers n’y allaient pas de main morte pour qualifier la nouvelle fragrance « by night », qui sévissait déjà en France et en Italie. Pourtant André Loegel, actuel administrateur du Before, se souvient du soulagement consécutif à l’interdiction de fumer?: « J’avais le restaurant le Tip-Top à ce moment-là. Les gens fumaient énormément en mangeant. J’étais fumeur aussi, mais passif?! Personnellement, les odeurs qui ont émergé par la suite me dérangent moins que celle du tabac. »
Reste que ce débat fait désormais partie du passé. Le comportement sans tabac est désormais complètement rentré dans les mœurs. « Fumer dans un restaurant?? Quelle idée?! Je sors pour fumer. Allumer une cigarette dans un espace clos me semble incorrect pour les personnes qui mangent, plus qu’illégal », détaille Pierre, un irréductible clopeur. Ce civisme, beaucoup en font preuve spontanément, sans sourciller. Il n’est pas rare d’entendre, à la terrasse d’un café, une personne s’enquérir auprès de son voisin si la fumée ne le dérange pas. Et s’abstenir d’en griller une si c’est le cas.
Le comportement non-fumeur est ainsi devenu la règle. A fortiori dans les institutions et la fonction publique, qui avaient anticipé la mise en œuvre de la loi. Le conseil national devenait ainsi non-fumeur dès la publication au journal officiel, soit le 23 mai 2008, suivi de près par la mairie le 9 juin. Certains établissements privés précurseurs ont quant à eux banni la cigarette encore plus tôt. C’est le cas des restaurants de Joël Robuchon ou du Pitchoun, bar monégasque sans tabac depuis avril 2006, pour le confort des personnes qui y travaillent.
Flamber ou fumer… il faut choisir
Malgré un débat houleux au conseil national, pour instaurer une « exception SBM », la loi s’applique d’ailleurs à tous. Y compris dans les casinos de la Société des bains de mer, où le cigare et autres cigarillos faisaient pourtant partie des petites manies des joueurs. Une mesure qui a eu inévitablement un impact économique sur le chiffre d’affaires de la SBM. Ce qui était assez prévisible?: en 2008, les maisons de jeux de la Côte d’Azur, soumis à une réglementation anti-tabac dès 2007, accusaient alors une baisse des recettes de 10 à 15 %. Taxant les établissements monégasques jusque là exemptés de loi anti-tabac de concurrence déloyale…
Aujourd’hui, fumer et jouer en même temps est proscrit à l’intérieur des casinos de la SBM. Et si Bernard Lambert, l’ancien directeur général de la SBM affichait un optimisme certain avant la promulgation de la loi (indiquant?: « Nous n’avons aucune prévision de baisse. »), force est de constater que les recettes des roulettes, machines à sous et autres black jacks ont subi une chute foudroyante.
Dès les premiers mois de l’application de la loi, dans son rapport financier annuel, la SBM se plaignait du manque à gagner dû au bannissement des fumeurs hors des temples monégasques du jeu. Le message du président Jean-Luc Biamonti était alors sans équivoque?: « L’exercice 2008-2009 marque un coup d’arrêt à la progression constante du résultat qu’a connue votre Société au cours des quatre années sociales précédentes. Il se caractérise par deux périodes distinctes?; un premier semestre, jusqu’en septembre 2008, en ligne avec les meilleures performances récentes de la Société et un second semestre au cours duquel la dégradation de la conjoncture économique mondiale ainsi que l’application de la loi contre le tabagisme ont fortement impacté ses activités. » C’est donc sans faux-semblant que la SBM assumait les difficultés dues à ce choix de santé publique. Un coup rude, vu les résultats positifs que connaissait la société avant cela.
Les terrasses fumeurs font un tabac
Devant les effets négatifs de l’interdiction au plan économique, des aménagements étaient déjà en cours dès 2008, pour essayer de retenir les clients accro au tabac?: « Nous avons agrandi le Café de Paris afin de permettre à nos clients fumeurs de bénéficier d’un nouvel espace dans lequel ils peuvent jouer. Devant le succès de cette extension, nous réfléchissons à la possibilité de créer d’autres lieux en plein air permettant à nos joueurs fumeurs de s’adonner à leur divertissement favori. » Depuis novembre 2008, la SBM a déposé auprès de la Direction de la prospective, de l’urbanisme et de la mobilité des demandes d’aménagement pour ses hôtels, clubs et casinos. L’arsenal comprend sept cabines fumoirs réglementaires, trois terrasses équipées de tables de jeux ou machines à sous, des balcons basculants fumeurs et la salle Camille Blanc revisitée afin d’en faire une terrasse ouverte aux fumeurs l’été.
Malgré ces mesures, le chiffre d’affaires du secteur jeux n’a cessé de décroître?: 19 % de moins dès les premiers mois d’effectivité de la loi contre 5 % la deuxième année (qui était la première année entièrement sans tabac dans les casinos monégasques). Selon les directeurs du Casino de Monte-Carlo, Eric Schroeter et Patrice Solamito, « les pertes sont aujourd’hui évaluées à -30 %. Les casinos du groupe Monte-Carlo SBM se sont adaptés en construisant des terrasses, notamment la Terrasse Salle Blanche de 263 m² et la terrasse Médecin de 74 m². »
Le comportement des joueurs semble bien avoir évolué avec cette loi. « Devoir sortir pour fumer me coupe dans mon élan, analyse un joueur régulier sur la place du Casino, je perds le fil du jeu. Je suis sûr d’avoir raté des coups à cause de l’obligation de sortir. D’ailleurs quand je sens la chance venir, je m’interdis de bouger de la table même si c’est là que l’envie de cloper est très forte. » Entre deux addictions, à laquelle succomber?? À la SBM, on préférerait sûrement que ce soit au jeu…
Le cap est franchi
En principauté, l’interdiction légale du tabac dans les lieux publics a en tout cas provoqué d’indéniables changements de comportements. La consultation de tabacologie ne désemplit pas (voir p. 34) et les enfants font bien partie de la prise de conscience générale. Comme le montre Geneviève (voir p. 35) qui a décidé de cesser de fumer, entre autres raisons, pour répondre au souhait de son fils?: « Je lui demandais ce qu’il désirait pour son anniversaire et il m’a répondu qu’il voulait que j’arrête la cigarette. »
Et quand un collégien se montre la clope au bec, ses camarades sont généralement choqués. Parce que c’est un cas exceptionnel, ils en parlent beaucoup entre eux?: « Il a 11 ans et il fume?! C’est dingue?! Des vraies cigarettes?? » Dans ce groupe de cinq collégiens croisés dans le bus, le tabac n’est pas à la mode. L’un d’eux, à demi-mot, avouait qu’il fumait un peu aussi, les autres l’ont conspué illico, lui balançant tous les méfaits de la cigarette pêle-mêle?: « Ça pue, tu vas avoir les dents jaunes, tu ne pourras plus faire de sport, tu n’arrêteras jamais, ça coûte cher, tu pourrais acheter plein de chewing-gums à la place… » Ce qui était, à une époque, un moyen d’en mettre plein les yeux aux copains, est devenu une honte. Du moins chez les plus jeunes. La tendance va-t-elle durer?? A voir. Il semble bien qu’une étape soit passée. Personne ne souhaite revenir aux salons enfumés. C’est déjà ça…
Où fumer exactement??
La loi n° 1.346 du 9 mai 2008 relative à la protection contre le tabagisme publiée le 23 mai 2008 stipule que « nul ne peut fumer dans les lieux clos et couverts affectés à un usage collectif ou qui constituent un lieu de travail, ainsi que dans les enceintes des établissements destinés à accueillir des mineurs. » En pratique, cela signifie qu’il est possible d’en griller une dans la rue, chez soi, dans les fumoirs réglementaires, sur les terrasses des restaurants et bars s’il n’y a pas de toit, ou si un pan entier est ouvert. En hiver, la loi s’applique aussi, donc s’il pleut et qu’il faut fermer les terrasses avec des bâches ou des vitres, il devient interdit d’y fumer.
Les Monégasques globe-trotters, mais fumeurs inconditionnels, éviteront de partir sans leur paquet de cigarettes au Bhoutan. En effet, ce royaume coincé entre l’Inde et la Chine a interdit la vente de tabac en 2004. Ayant constaté une augmentation du nombre de fumeurs (de 1 % dans les années 90 à 7 % en 2004) le roi a pris cette mesure radicale, néanmoins acceptée et saluée par la population. Il n’est cependant pas interdit d’y fumer, contrairement à la ville de New York, passée entièrement antitabac le 23 mai dernier, y compris en plein air. Fumer est devenu strictement privé dans la Grosse pomme. De même, en Finlande, il est interdit de fumer dans des gradins d’un stade, peu importe la manifestation qui s’y déroule. Même dans les îles, il devient difficile d’en griller une?! A Hawaii, il faut sortir son mètre pour ne pas fumer à moins de 6 mètres de tout bâtiment.
Précisons que la plupart des pays européens ont adopté des lois interdisant de fumer dans les lieux publics et/ou accueillant du public depuis 2004, quand l’Irlande a banni le tabac jusque dans ses mythiques pubs. Ce qui monte à plus de 170 le nombre de pays proscrivant le tabac sévèrement.
Après avoir privilégié le dialogue, l’inspection du travail compte passer aux sanctions pour faire respecter la loi anti-tabac.
Par Carine Julia.
Qui dit loi dit contrôle de l’application de ses dispositions. A Monaco, différents services publics sont chargés de vérifier l’effectivité de la loi anti-tabac. Officiers de police, contrôleurs de la Direction de l’action sanitaire et sociale, médecins inspecteurs de santé publique et inspecteurs du travail surveillent les établissements. Les patrons plus que les salariés. Dans les lieux de travail, le responsable est en effet chargé de veiller au respect de la loi. À lui de montrer l’exemple et de veiller qu’aucun des employés ne fume dans les locaux, en aménageant les pauses, en décidant d’installer un fumoir, etc. Le risque d’amende pour l’employeur est de 750 à 2?250 euros. À ce jour, la HSBC private bank est la seule société privée à disposer d’un fumoir sur le Rocher. Pour tous les autres employés, c’est la rue qui fait office d’aire de tabagisme.
A peine 3 amendes
Le souci de l’inspection du travail étant le bien-être des salariés, la campagne de contrôle de cet hiver pourrait faire mal aux gérants d’établissements en infraction. « Il n’y a pas de rébellion de la part des responsables, pas de revendication pour la cigarette. Toutefois, on n’attendait pas tant d’irrespect de la loi depuis son entrée en vigueur », regrette Pascale Pallanca, inspectrice principale du travail. En trois ans, peu de plaintes ont été recensées, « avec deux ou trois employés d’établissements de bouche qui nous ont sollicités » et autant de sanctions effectives. Mais le bilan est mitigé, car, si la loi est globalement suivie le jour, la nuit, des débordements persistent. Au départ, en 2008, le mot d’ordre était surtout de privilégier l’information et la discussion. Or, à force de tirer sur la corde, quelques enseignes s’attirent la surveillance rapprochée du service?: « Au début, notre action était préventive, pédagogique. Mais en décembre 2010, nous avons constaté que la loi n’était pas respectée dans certaines exploitations de nuit. »
« On reprend les choses en mains »
Depuis, l’inspection du travail relance régulièrement tous les établissements concernés, avec des courriers rappelant les termes de la loi. Elle met aussi en garde les gérants contre les idées reçues?: « Par exemple, le bruit courait qu’après minuit, les clients pouvaient fumer. C’est complètement faux?! » Mais « cet hiver, nous sanctionnerons les contrevenants. Après la promulgation de la loi une période d’adaptation et de transition a été consentie aux exploitants d’établissements de bouche pour permettre une information de leur clientèle. A ce jour, il convient de faire une stricte application du texte de loi », affirme-t-on à l’inspection du travail.
À la défense des derniers « ignorants » — s’il en reste dans un monde où plus de 170 pays ont adopté des réglementations pour protéger contre le tabagisme passif —, la question de l’affichage reste dans le flou à Monaco. La loi stipule qu’une « signalisation doit être apposée de manière apparente afin de signaler l’interdiction de fumer et l’existence éventuelle d’un fumoir. » Or, Pascale Pallanca concède que cela n’est pas encore arrêté?: « Les établissements ne doivent pas, à l’intérieur des locaux, mettre à disposition des clients ou des employés, des cendriers. Il faut une affiche, mais le gouvernement n’a pas à paramétrer cette dernière. » Petit logo illisible de cinq centimètres carrés ou grande affiche format A4 avec cigarette barrée?? La question n’est pas encore tranchée, alors les gérants peuvent opter pour la mini pancarte grisâtre, discrète. « Le client n’est pas inquiété », rappelle l’inspecteur du travail. Aux gérants de prendre leurs responsabilités.
« Fallait pas commencer. » Ce conseil cynique est répandu, même chez les anciens fumeurs?! Facile à dire, et après?? Entre les patchs, les hypnotiseurs, les réunions de clopeurs anonymes et le reste… Comment cesser de fumer??
Par Carine Julia.
De nombreuses méthodes pullulent sur Internet, dans les pharmacies et les discussions de comptoirs, pour arrêter de fumer. Il existe presque autant de façons que de raisons de stopper le tabac, et donc de fumeurs. Car la méthode pour se motiver au quotidien aussi est intime (voir témoignage p. 35). Certains de ces procédés sont reconnus par les médecins. D’autres sont tolérés, voire carrément déconseillés par l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé, comme le magnétisme, la cigarette électronique, l’hypnose, la méthode Allen Carr, l’homéopathie, etc. L’avis du docteur Mouhssine?: « Tant que l’arrêt est effectif, pourquoi pas?? Mais attention aux charlatans?! »
Seules quatre méthodes ont présenté des résultats validés scientifiquement et sont donc recommandées par l’Afssaps. Il s’agit des substituts nicotiniques (patchs, gommes à mâcher, comprimés et inhaleurs), de deux médicaments (Zyban et Champix) et de la thérapie comportementale et cognitive.
Le tabac tue 66?000 personnes par an en France. Plus que les accidents de voiture, l’alcool et le VIH réunis. « Ce sont des morts évitables », regrette Mohamed Mouhssine, pneumologue du Centre hospitalier princesse Grace et responsable de la consultation tabacologie. Car il « suffit » d’arrêter pour réduire ce chiffre. « Pas si simple?! » râlent les principaux concernés. La complexité c’est « qu’on ne peut rien faire contre un fumeur qui n’a pas envie d’arrêter?! insiste le docteur Mouhssine, La motivation est essentielle, il faut pousser la personne à prendre sa décision, en y allant doucement. »
Etre motivé, se faire aider
Alors un fumeur qui vient consulter pour arrêter, c’est gagné?? Pas encore hélas?: le chemin est long, une fois la nécessitée de stopper prise en compte car « le fait de fumer est une maladie comportementale, une dépendance entretenue par une drogue?: la nicotine. » Le docteur Mouhssine juge sans concession les effets du tabac sur le corps et le cerveau. C’est bien d’une drogue qu’il s’agit. Arrêter va entraîner des effets de sevrages. Mais même pour ceux qui souhaiteraient en finir grâce à leur seule volonté, un passage chez le médecin, ou dans une consultation de tabacologie (voir p. 34), peut aider à supporter les effets du manque.
Quant aux raisons d’arrêter, elles sont strictement personnelles. Parce que la dépendance est insupportable (pour évaluer celle-ci, le test de Fageström est un outil simple) ou que l’odeur gêne l’entourage… Pour améliorer sa santé ou celle de son portefeuille. Grâce au site internet tabac-info-service. fr, tenu par le ministère français de la santé, chacun peut d’ailleurs calculer ce que les clopes lui coûtent exactement. Vingt cigarettes par jour, de la marque la plus répandue, celle qui a les mêmes couleurs que le drapeau monégasque, ça fait 2?190 euros par an. Cela totalise de quoi faire un super voyage, voire plusieurs, au lieu de partir littéralement en fumée. Et puisqu’on parle de comptes, le docteur Mouhssine rajoute qu’une cigarette, c’est aussi vingt minutes d’espérance de vie en moins…
La cigarette électronique
Les fabricants de e-cigarettes se mettent en quatre pour attirer les fumeurs. Le produit qui bénéficie d’un design 100 % ressemblant à une vraie clope, est décliné en plusieurs parfums (champagne pour les chics, menthol ou blonde pour les classiques). Même la petite lumière au bout de l’e-cigarette imite la braise. Et pour les traditionnels, le modèle existe en cigare et en pipe. La fonction première de la cigarette électronique est de conserver le geste, si cher aux fumeurs. Mais attention?: « son utilisation n’est pas réglementée. Si on la considère comme un médicament d’aide au sevrage, elle doit être soumise à une AMM. Si elle est utilisée comme produit tabagique pour diminuer la consommation, elle devrait être interdite sur les lieux publics fermés à l’instar de la cigarette », précise le docteur Mouhssine.
Etes-vous prêt??
Pour évaluer votre dépendance au tabac, prenez 5 minutes pour effectuer ce test dit de Fagerström.
1. Le matin, combien de temps après vous être réveillé fumez-vous votre première cigarette??
– Dans les 5 minutes 3
– 6 à 30 minutes 2
– 31 à 60 minutes 1
– Plus de 60 minutes 0
2. Trouvez-vous qu’il est difficile de vous abstenir de fumer dans les endroits où c’est interdit (par exemple cinémas, bibliothèques)??
– Oui 1
– Non 0
3. A quelle cigarette renonceriez-vous le plus difficilement??
– A la première de la journée 1
– A une autre 0
4. Combien de cigarettes fumez-vous par jour, en moyenne??
– 10 ou moins 0
– 11 à 20 1
– 21 à 30 2
– 31 ou plus 3
5. Fumez-vous à intervalles plus rapprochés durant les premières heures de la matinée que durant le reste de la journée??
– Oui 1
– Non 0
6. Fumez-vous lorsque vous êtes malades au point de rester au lit presque toute la journée??
– Oui 1
– Non 0
Le nombre de points permet de comprendre où vous en êtes de la dépendance au tabac. De 0 à 2 points, la dépendance est considérée comme très faible?; de 3 à 4, elle est faible. A 5 points, elle est moyenne. De 6 à 7, la dépendance est forte voire très forte si le total est entre 8 et 10.
Le CHPG a multiplié les actions anti-tabac, avant même que la loi de protection contre le tabagisme soit votée.
Par Carine Julia.
Le Centre hospitalier princesse Grace n’a pas attendu la loi anti-tabac pour montrer l’exemple. Dès la fin 2007, sous la responsabilité de Mohamed Mouhssine, pneumologue de l’établissement public, le CHPG a mis « à la disposition des fumeurs désireux d’engager un processus de sevrage tabagique une consultation, à titre gratuit, de tabacologie » (1). Au moment où le docteur Mouhssine mettait sur les rails ce rendez-vous médical gratuit pour tous, le CHPG entier rejoignait le réseau « Hôpitaux sans tabac », le 17 décembre. Devenu depuis Réseau de prévention des addictions, cet organisme a pour but d’aider les personnes dépendantes à se débarrasser de leur maladie, par l’information, la sensibilisation de tous les partenaires et l’accompagnement.
Au CHPG, la consultation de tabacologie a remporté, dès sa mise en place, un vif succès. Il faut dire que la France était passée non-fumeur le 1er janvier 2008, amenant déjà de nombreux patients à rencontrer le pneumologue à Monaco. « On a absorbé la plus grande part des personnes concernées, on note maintenant une stabilisation de l’affluence », estime le docteur Mouhssine, avec le recul de ces quelques années. En effet, obtenir un rendez-vous en 2008 demandait de la patience. La consultation accueillant deux demi-journées par semaine, il fallait attendre jusqu’à trois mois. Désormais, il faut en moyenne un mois et demi, une demi-journée de consultation ayant été ajoutée.
Prévenir, protéger, soigner
Bientôt quatre ans sans tabac à l’hôpital donc, avec deux zones délimitées en extérieur, pour fumer sans risquer de contravention. Et avant tout, sans gêner les non-fumeurs. Car la loi a bien vocation de protéger l’ensemble de la population de l’inhalation de fumée. Le docteur Mouhssine parle de 3000 à 6000 décès par an, en France, liés au tabagisme passif?: « Toutes les maladies dues au tabac touchent les non-fumeurs et les enfants, parce qu’ils respirent les cigarettes des fumeurs. » Un constat inquiétant, contrebalancé par l’application de la loi. En effet, les pays qui restreignent, comme Monaco, l’usage des produits de tabac ont vu les infarctus pulmonaires réduire de 15 %, et ce, dès les premiers mois d’air sans tabac.
Pour plus d’efficacité dans la lutte contre la cigarette, le CHPG a aussi fait un geste pour son personnel. « La médication des salariés de l’hôpital qui souhaitent arrêter de fumer est prise en charge par le CHPG », détaille le docteur Mouhssine. « Il y a encore du travail à faire », prévient cependant le pneumologue. Le message passe par le personnel, qui doit montrer l’exemple, mais ça commence chez le médecin, avec une simple question?: « Vous fumez?? » « Si tous les praticiens posaient la question à leurs patients, cela provoquerait l’arrêt de 2 % des fumeurs », révèle le docteur Mouhssine. Un pourcentage qui compte car pour le médecin, chaque arrêt représente une victoire dans la lutte contre la cigarette…
(1) L’article 7 de la loi 1,346 du 9 mai 2008 stipule en effet que?: « L’établissement public hospitalier met à la disposition des fumeurs désireux d’engager un processus de sevrage tabagique une consultation, à titre gratuit, de tabacologie. »
Parmi toutes les façons d’arrêter de fumer, le magnétisme a aussi ses adeptes à Monaco.
Par Carine Julia.
En matière d’arrêt du tabagisme, la règle c’est « chacun son parcours ». Ce qui fonctionne chez les uns peut échouer chez les autres. La recherche de la bonne méthode dépend des sensibilités personnelles, des préférences et du caractère de chacun. Pour preuve, le magnétisme, discipline à peine tolérée par le monde médical, a pu aider une fumeuse de longue date, très cartésienne.
Si on lui avait dit avant, qu’elle réussirait à arrêter la cigarette grâce à cette méthode, Geneviève Berti aurait éclaté de rire. Une enfance sur le Rocher, des études universitaires puis des postes dans les capitales européennes, avant de revenir travailler dans l’administration monégasque… Côté privé aussi, ça marche. Sportive, grande, élégante, un fils, un mari. Pourtant, quelque chose empêchait la quadra d’atteindre la plénitude. Elle fumait. Pas trois paquets par jour, mais suffisamment pour aliéner sa volonté, en l’obligeant, par exemple, à sortir du restaurant entre deux plats malgré le froid. « Des habitudes insupportables et en même temps, devenues nécessaires. Comme la cigarette de fin de matinée, pour décompresser du travail », analyse l’ex-fumeuse.
Son parcours traduit le chemin de tous les dépendants au tabac. Geneviève a commencé la cigarette pour pallier le stress de révisions difficiles, avec six ou sept copains qui clopaient dans une chambre d’étudiant. Elle a vu la déception dans le regard de son père, mais ne l’a comprise que bien plus tard. Comme pour une majorité de dépendants, il n’a pas suffi d’un essai pour arrêter. La première fois, c’était pour faire un enfant. Et au bout de cinq ans de « séparation », elle a renoué avec le tabagisme. Presque dans la joie car « fumer est un plaisir, et c’est là le problème… »
Le déclic
Cette fois-ci, cela faisait deux ans qu’elle tournait autour du pot, qu’elle « saoulait ses proches avec cette envie », et puis une collègue lui a parlé d’un magnétiseur, qui venait faire une session de groupe. « Quelle blague?! Et puis j’ai dit oui, par bravade, car je suis très cartésienne », raconte Geneviève.
Beaucoup ne se sont pas gênés pour moquer son choix. Les mêmes qui, paradoxalement, glissent?: « Si ça marche, tu me donneras le numéro. » Car, le constat de Geneviève, c’est que tout est bon pour arrêter. Les fumeurs, d’après son expérience, sont prêts à tout pour cesser leur addiction, même à essayer une méthode « magique. » Ils attendent le déclic.
« Je ne pense pas que le magnétisme ait eu d’autre effet que me donner le prétexte d’arrêter. Ça a été mon placebo », insiste-t-elle. Car la démarche, les conseils et le soutien offerts par le magnétiseur lui ont permis d’arrêter?: « Il m’a donné la route à suivre, il m’a prévenu de la difficulté de chaque étape. Je sais que je ne reprendrai pas. »
Et au final, l’arrêt aussi est un plaisir?: le teint retrouvé de jeune fille, le goût, l’odorat redéveloppé, mais surtout l’espoir de vivre plus longtemps auprès de son fils. Une myriade de détails qui font que, les uns ajoutés aux autres, la réussite rend fier de soi. « Ces petites choses, qui individuellement ne suffisent peut-être pas à convaincre d’arrêter, on s’en nourrit pour réussir », conclut-elle. Avec un seul bémol?: sur les huit personnes traitées lors de cette session, trois, dont Geneviève, ont cessé de fumer.