Dans Culture Sélection, Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coups de cœur Blu-rays, livres, bandes-dessinées et musique.
Vingt Dieux de Louise Courvoisier
Western. Pour son premier long-métrage, la réalisatrice Louise Courvoisier a décidé de s’intéresser aux jeunes qui grandissent à la campagne. Pour cela, elle a planté sa caméra dans son village natal, à Cressia, dans le Jura. Dans ce village de 300 habitants, pas loin de Lons-le-Saunier, on suit Totone (Clément Faveau), 18 ans, qui passe son temps à traîner avec ses potes, et à tenter de séduire les filles dans les bals. Mais lorsque son père meurt dans un accident de voiture, Tonone doit s’occuper de sa petite sœur. Pour gagner de l’argent, il décide de se lancer dans la fabrication de comté, alors qu’il n’a aucune compétence, et même si cela passe par quelques relations sexuelles avec Marie-Lise (Maïwène Barthélemy), dont les frères sont ses pires ennemis. Ce western contemporain sait faire preuve d’humanisme, sans pour autant porter de jugement, ce qui en fait une belle réussite.
Vingt Dieux de Louise Courvoisier, avec Clément Faveau, Maïwène Berthelemy, Luna Garret (FRA, 2024, 1 h 30), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray, pas de sortie Blu-ray 4K). Sortie le 6 mai 2025.
Nosferatu de Robert Eggers
Orlock. Une jeune femme tourmentée, un vampire amoureux d’elle et prêt à tout pour la faire sienne… Evidemment, l’histoire est connue. Cela n’a pas empêché Robert Eggers de donner sa lecture du chef d’œuvre de l’expressionnisme allemand signé F. W. Murnau (1888-1931), Nosferatu, eine Symphonie des Grauens (1922). Eggers ne travaille donc pas à partir du roman Dracula (1897) de Bram Stoker (1847-1912), pour se focaliser sur l’attitude et la silhouette, devenue célèbre, de Max Schreck (1879-1936) dans le rôle d’Orlock. La puissance du numérique permet à Robert Eggers de donner vie à toute une multitude de détails, ou à jouer avec les ombres, donnant ainsi une réelle richesse et une vraie beauté à son film. En revanche, à trop expliquer, à trop en dire, son Nosferatu perd en force ce qu’il gagne en image.
Nosferatu de Robert Eggers, avec Lily-Rose Depp, Nicholas Hoult, Bill Skarsgård (USA, 2024, 2 h 12), 16,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray), 39,99 euros (Blu-ray 4K – édition spéciale Fnac). Sortie le 7 mai 2025.
Wolf Man de Leigh Whannell
Lycanthrope. Pour tenter un nouveau départ et sauver son mariage avec Charlotte, Blake quitte San Francisco pour sa région d’origine, l’Oregon. Là, le couple s’installe avec leur fille, Ginger, dans la maison d’enfance de Blake. Mais, à leur arrivée, ils sont attaqués par un animal mystérieux qui les contraint à s’enfermer dans cette demeure. Cette série B signée Blumhouse est portée par l’habileté de Leigh Whannell. Comme pour son Invisible Man (2020), il parvient à recréer avec Wolf Man une nouvelle forme de peur, même si le mythe du lycanthrope est plus que connu. Le découpage, et la très lente évolution de l’homme vers l’animal incarnée par le très bon Christopher Abbott, sont particulièrement réussis. Très soignée aussi, la bande son apporte beaucoup à un récit déployé de façon très singulière par Leigh Whannell, un réalisateur qu’il faut suivre.
Wolf Man de Leigh Whannell, avec Christopher Abbott, Julia Garner, Corbett Tuck (USA, 2024, 1 h 42), 16,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray), 29,99 euros (Blu-ray 4K). Sortie le 28 mai 2025.
Les Reines du drame d’Alexis Langlois
Tourbillon. Autant le dire tout de suite, le premier long-métrage d’Alexis Langlois déborde d’énergie. Cela pourra en rebuter certains, pendant que les autres se laisseront porter par ce tourbillon qui s’étend sur 1 h 55. Alexis Langlois aime mélanger la culture populaire et les références plus savantes. C’est ce qu’il fait dans Les Reines du drame, où Steevyshady (Bilal Hassani) raconte la passion entre la star de la pop, Mimi Madamour (Louiza Aura) et l’icône punk Billie Kohler (Gio Ventura). Le récit est une explosion d’images, de styles, de genres, et de façon de filmer. Cinéma, Internet, et télévision, Alexis Langlois digère tout ça, pour en faire autre chose. Il restitue une très intéressante vision, qui est un feu d’artifice de près de deux heures. Mais, son film aurait sans doute gagné à parfois ralentir un peu, pour reprendre son souffle. Et nous avec.
Les Reines du drame d’Alexis Langlois, avec Louiza Aura, Gio Ventura, Bilal Hassani (France, 2024, 1 h 55), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray, pas de sortie Blu-ray 4K). Sortie le 4 juin 2025.

Il n’y a de plus grande folie d’Alessandro Robecchi
Milan. L’auteur italien Alessandro Robecchi est de retour. Après Le tueur au caillou (2023), un polar qui se déroulait à Milan sur fond d’affairisme et de corruption, la capitale lombarde sert une nouvelle fois de décor à son nouveau roman. Il n’y a de plus grande folie met en scène un assassinat, celui de Giulia, dans un quartier résidentiel et sans histoire de Milan. Umberto Serrani ne s’en remet pas. Il a aimé Giulia et il a besoin de comprendre. Il fait donc appel à deux enquêteurs, Monterossi et Falcone. Comme dans tous les polars d’Alessandro Robecchi, on retrouve également le duo de policiers Carella et Ghezzi. Pendant que Sonia, la fille de Giulia, chante des airs d’opéra, les quatre hommes vont alors travailler, chacun à leur manière, pour essayer de mettre à jour les petits arrangements entre la police et des voyous milanais. Comme à son habitude, Alessandro Robecchi délaisse l’image de carte postale de Milan, pour s’intéresser avec réussite à ses oubliés et à ses quartiers anonymes.
Il n’y a de plus grande folie d’Alessandro Robecchi (Les éditions de l’Aube), 392 pages, 21,90 euros.

Rome d’Eleonora Marangoni
Lumière. Les guides de voyage sont rarement passionnants. Au mieux, ils sont informatifs. Les éditions L’arbre qui marche vont à contre-courant de ce jugement, et proposent un guide de voyage « à dévorer comme un roman ». Autour d’un récit rédigé comme un roman qui évoque la culture, l’histoire et la société de chaque ville, cette série de huit guides, propose cinq itinéraires à suivre et une infographie dense. Née à Rome en 1983, Eleonora Marangoni connaît parfaitement sa ville. Une fois ses études littéraires à Paris bouclées, elle a décidé de travailler entre la France et l’Italie. Après avoir publié Proust et la peinture italienne (2011) et Lux (2018), elle livre donc sa vision de Rome, qu’elle a sillonné de jour comme de nuit. « Rome est un play-boy à la chemise tachée, une femme élégante avec de longs doigts au vernis écaillé », écrit-elle dans ce joli guide. La lumière de Rome, qui ne ressemble à aucune autre, est aussi évoquée, d’emblée. Comme une évidence.
Rome d’Eleonora Marangoni (L’arbre qui marche), 176 pages, 13,90 euros.

Frankenstein et autres récits de terreur et d’anticipation de Mary Shelley
Anthologie. Mary Shelley (1797-1851) est l’une des plus importantes écrivaines du début du XIXème siècle britannique. L’éditeur Bouquins a structuré cette anthologie autour de trois grands romans : Frankenstein ou le Prométhée moderne (1818), Mathilda (1819) et Le Dernier Homme (1826). Cette approche permet de mettre en évidence la richesse et la diversité de l’écriture de Mary Shelley. Le Dernier Homme se déroule en 2073. Il met en scène des luttes, alors que le roi vient d’abdiquer et qu’une république voit le jour. Mais une épidémie de peste se répand dans le monde entier. Mary Shelley met de côté les répercussions de cette pandémie pour s’intéresser aux raisons sociales et politiques qui la sous-tendent. Souvent considéré comme autobiographique, Mathilda raconte la passion incestueuse d’un père pour sa fille, dans une ambiance très gothique.
Frankenstein et autres récits de terreur et d’anticipation, de Mary Shelley, multiples traducteurs de l’anglais, (Bouquins, « La collection »), 864 pages, 34 euros.

Tokyo, ces jours-ci de Taiyō Matsumoto
Création. Cette fois, c’est bel et bien terminé. La trilogie sur la création de Taiyō Matsumoto prend fin, avec un dernier tome consacré à la création d’un manga. Né le 25 octobre 1967 à Tokyo, Taiyō Matsumoto s’est notamment fait remarquer avec des œuvres en plusieurs volumes, comme Sunny (2010-2015) ou Les Chats du Louvre (2016-2018). Dans un style qui n’appartient qu’à lui, toujours marqué par un vrai sens de la poésie, il évoque dans Tokyo, ces jours-ci le parcours de Shiozawa, un éditeur de mangas, qui démissionne suite à un revers, mais qui ne parvient pas à passer à la suite. Pour tenter de se relancer, il crée une revue autour de l’art, et il passe son temps à essayer de séduire des artistes pour le suivre dans ce nouveau projet. La création est donc là, et elle est magnifiée comme jamais par Taiyō Matsumoto.
Tokyo, ces jours-ci de Taiyō Matsumoto (Kana/“Made in”), traduit du japonais par Thibaud Desbief, trois tomes de 220, 228 et 224 pages, 13,25 euros chacun.

Calle Málaga de Mark Eacersall et James Blondel
Malaga. Les ingrédients du polar sont bien là. Saïd, un braqueur prend la fuite et décide de se réfugier en Espagne, dans un hôtel de Malaga. Nous sommes hors-saison, et tout semble calme dans cette cité balnéaire. Peu à peu, il fait la connaissance d’un touriste, un professeur de sciences, grand amateur d’horticulture. Même si, a priori, tout les sépare, les deux hommes vont finir par bâtir une véritable amitié. Ce roman noir sous le soleil de l’Andalousie est porté par les clairs obscurs imaginés par le duo Mark Eacersall et James Blondel. L’ambiance de ville fantôme permet de déployer ce récit qui, avec peu de dialogue et un sens aiguisé de l’économie, fait naître une véritable tension. Aussi solaire que sombre, ce polar constitue une jolie réussite.
Calle Málaga de Mark Eacersall et James Blondel (Bamboo/Grand Angle), 72 pages, 16,90 euros.
Six, Rina Pavar
Addictif. Le second album de Rina Pavar est enfin là. Depuis des débuts réussis avec Vivid Night (2022), le retour de cette artiste allemande, originaire de Leipzig, était scruté par les fans d’électro et de cold wave. Tout comme Vivid Night, Six est organisé autour de neuf titres. Très rythmé, parfois martial, le son est hypnotique. Mais la tonalité globale n’est pas aussi sombre qu’il pourrait paraître. L’énergie que laisse transparaître Six se veut positive, notamment sur le titre éponyme, qui est une véritable invitation au voyage. Ce disque comporte même une certaine forme de légèreté, a expliqué Rina Pavar à nos confrères de Volt Magazin. Ce disque évoque des thèmes comme le souvenir et les rencontres, qui ont façonné son processus créatif. Dès l’ouverture, Fear of knowing pose les bases d’un disque qui ne faiblit pas, jusqu’à son final matérialisé par Seductive, un titre aussi vénéneux qu’addictif.
Six, Rina Pavar (Cold Transmission Music), 13 euros (CD), 21 euros (vinyle).
Live.Shift.Dream. (EP), Pamela
Efficaces. A la première écoute, on pourrait penser que Pamela est l’un de ces groupes dont l’Angleterre a la recette, capables de faire danser tout le monde à l’aide de mélodies aussi simples que dévastatrices. Et pourtant, si les influences anglo-saxonnes sont bien là, Pamela est un groupe français. Simon Quénéa, co-fondateur de ce trio avec Sam Sprent et Pierre Cheguillaume, affichent un impressionnant sens de la pop, porté par des synthés aussi réjouissants qu’efficaces. Pamela se promène avec élégance à la frontière entre le rock et la danse, et sur scène, l’effet est garanti. Celles et ceux qui ont pu voir Pamela en première partie des concerts de Zaho de Sagazan peuvent en témoigner. Publié en octobre 2024, le premier single que l’on retrouve sur cet EP composé de six titres, s’intitule Focused, et, tout comme G.R.E.A.T, une seule écoute suffit pour comprendre de quoi on parle ici, quand on évoque une musique « à chanter et à danser ».
Live.Shift.Dream. (EP), Pamela (FMA Records), 5 euros (MP3), 18 euros (vinyle rouge transparent).
Faded, The Limiñanas
Inspiré. Le duo rock français de Cabestany (Pyrénées-Orientales), Lionel et Marie Limiñana, a publié son premier album en 2010. Sobrement intitulé The Limiñanas, il posait les bases de ce qui serait d’abord un succès aux Etats-Unis, avant de finir par gagner la France. De Peter Hook (Joy Division – New Order) à Bertrand Belin, en passant par Anton Newcombe (The Brian Jonestown Massacre) ou Laurent Garnier, ce duo a toujours su s’entourer librement, démontrant constamment leur infatigable curiosité. Pour Faded, ils ont notamment fait appel à Bobby Gillespie (Primal Scream) et à Jon Spencer (Jon Spencer Blues Explosion). Les treize titres proposés par ce duo de Perpignan font aussi la part belle à quelques reprises, comme Françoise Hardy (1944-2024), avec Où va la chance (1968), et The Kingsmen, avec Louie Louie (1963). Mais c’est sans doute Prisoner of beauty, avec Bobby Gillespie, qui s’avère être le morceau le plus convaincant de ce disque très inspiré.
Faded, The Limiñanas (Because), 14,99 euros (CD), 29,99 euros (vinyle).



