
Recruteur pour l’AS Monaco de 2006 à 2010, Stéphane Pauwels travaille aujourd’hui pour Valenciennes. Célèbre en Belgique pour son émission Studio 1 sur la RTBF ou ses interventions sur RMC Info, il a accepté de raconter ses années monégasques à Monaco Hebdo.
Monaco Hebdo : Votre parcours ?
Stéphane Pauwels : Je suis né en Belgique, à Mouscron, en 1968. D’ailleurs, j’ai été joueur de foot à Mouscron où j’ai évolué jusqu’en deuxième division. Ensuite, j’ai occupé plusieurs fonctions dans ce club. Notamment directeur de la communication.
M.H. : Et ensuite ?
S.P. : En 1999, j’ai été débauché par Lille où j’ai été coordinateur sportif et attaché de presse. Ce qui m’a permis de travailler trois ans avec l’entraîneur bosniaque, Vahid Halilhodžic et un an avec Claude Puel. Mais aussi avec Bernard Lecomte, qui était président du Losc à l’époque. Avant que je ne rejoigne la fédération algérienne de foot, en 2002.
M.H.?: Avec quelle fonction??
S.P.?: Directeur technique. En fait, j’ai fait la Coupe d’Afrique avec un entraîneur belge, Georges Leekens, qui est d’ailleurs l’actuel sélectionneur de l’équipe nationale belge.
M.H.?: Pourquoi vous avez démissionné alors??
S.P.?: Mais je n’ai pas démissionné?! Car en fait, j’avais un contrat de 2 ans. Mais après avoir qualifié l’équipe d’Algérie pour la Coupe d’Afrique, Leekens a décidé de partir. Le président de la fédération algérienne m’a demandé de rester. Donc j’ai assuré mes fonctions pour la Coupe d’Afrique, avant de retourner en Belgique en 2004. Car j’avais une petite fille dont je voulais m’occuper. Donc on s’est séparé en bons termes.
M.H.?: Vous avez atterri où en Belgique??
S.P.?: A La Louvière, toujours comme directeur sportif. Alors que l’équipe était entraînée par Albert Cartier. Mais à Noël 2005, on est 3ème et je suis licencié sans raison. Finalement, on a appris plus tard que j’avais été viré car les dirigeants avaient mis en place un système de matches truqués. Peut-être que je gênais?? En tout cas, j’ai écrit un livre pour mettre les choses au clair (1).
M.H.?: Vous êtes arrivé à rebondir après cette affaire, où vous avez été mis en cause, avant d’être innocenté??
S.P.?: Oui, car en 2005 je suis parti au FC Metz où je suis devenu recruteur.
M.H.?: Mais vous ne connaissiez rien au métier de recruteur??
S.P.?: En Algérie, j’ai aidé à construire l’équipe. En allant chercher des joueurs inconnus à l’époque, comme Karim Ziani ou Rafik Djebbour. Et même Madjid Bougherra, qui jouait en équipe réserve, à Gueugnon?! Au fond, je suis un homme de réseau. Je connais beaucoup de monde. Mais il faut quand même dire que je vois entre 5 et 7 matches de foot par semaine. Ce qui me permet de repérer les bons joueurs. Notamment les jeunes.
M.H.?: Comment êtes-vous arrivé à Monaco??
S.P.?: Même si tout s’est bien passé pour moi, Metz est descendu en deuxième division. Et ils n’avaient plus le budget nécessaire pour s’offrir deux recruteurs. Du coup, j’ai quitté Metz en 2006. Donc j’ai contacté Claude Puel, qui m’a conseillé d’appeler Jean-Luc Ettori. Car l’AS Monaco recherchait un recruteur. Résultat, Jean-Luc Ettori a été convaincu et il a obtenu l’accord du directeur général, Marc Keller.
M.H.?: En même temps, vous faites de la télé??
S.P.?: Depuis 2006, je suis chroniqueur pour la RTBF sur l’émission Studio 1 (voir encadré). Au fond, c’est un peu l’équivalent des Spécialistes, sur Canal+. C’est une émission diffusée le lundi soir qui réalise de grosses audiences et où on refait le match. De plus, je commente aussi quelques matches en Belgique et pour France 3 en région. Et depuis l’été 2009, je participe aussi à l’émission le Grand After, sur RMC Info, avec Rolland Courbis, Daniel Riolo et Gilbert Brisbois.
M.H.?: En quoi consiste le travail d’un recruteur??
S.P.?: Un bon recruteur, c’est quelqu’un qui possède une grosse base de données. Ce qui impose de voir beaucoup de matches. Et donc de beaucoup voyager. Mais inutile d’aller voir le Real ou Barcelone. Je préfère miser sur des pays comme la Belgique, la Scandinavie, les Pays-Bas, la Suisse et l’Allemagne. Y compris en deuxième division. Aujourd’hui, je vais aussi en Afrique. Mais avant de se décider, il faut toujours aller voir plusieurs fois un joueur pour recouper les informations. Impossible de juger un mec sur un seul match.
M.H.?: Combien de recruteurs travaillent pour l’ASM??
S.P.?: Environ 6 ou 7. Chacun travaille sur des zones géographiques précises. En fait, chaque lundi, on communiquait les infos sur les joueurs qu’on avait vu la semaine d’avant. Ce qui permet d’alimenter une grosse base de données.
M.H.?: Comment se passe une transaction pour un nouveau joueur??
S.P.?: Il y a trois catégories. D’abord, les joueurs un peu connus, comme Dieumerci Mbokani, que j’ai signalé plusieurs fois à l’ASM. Avant de prendre une décision, Jean Petit et Marc Keller sont allés le voir jouer. Deuxième catégorie?: les joueurs qu’on va faire venir à Monaco pour les tester et éventuellement les intégrer en équipe première. Enfin, il y a aussi les jeunes joueurs qu’on teste en principauté et qui rejoindront le centre de formation.
M.H.?: En fait, c’est pas très fatigant comme métier??
S.P.?: En 2 ans, j’ai fait 127?000 kilomètres avec ma voiture. C’est pas mal, non?? Et 6 jours sur 7, je ne dors pas chez moi. Cela semble facile, mais c’est un métier difficile. D’ailleurs, je suis un malade?! Je suis abonné à tous les bouquets satellites pour ne rater aucun match et aucun but chaque week-end.
M.H.?: On peut gagner beaucoup d’argent dans votre métier??
S.P.?: Non. On est des passionnés. Mais on est sous payé par rapport à ce qu’on fait. Pour gagner beaucoup d’argent, il faut devenir directeur sportif ou agent de joueur.
M.H.?: Vous gagnez combien??
S.P.?: Je ne veux pas parler de mon salaire. D’ailleurs, je ne suis même pas salarié. En fait, je travaille avec un système de conventions. Ce qui permet au club de ne pas payer de charges sociales. Mais en général, un recruteur gagne entre 3?000 et 6?000 euros par mois. Bien sûr, certains gagnent plus.
M.H.?: Mais c’est déjà bien payé?!
S.P.?: Il faut bien payer ses recruteurs. Du coup, je pense qu’il faudrait ajouter une clause dans le contrat des jeunes joueurs repérés par un recruteur. Par exemple, une clause qui obligerait le club à verser une prime au recruteur si le jeune joueur participe a au moins 10 matches avec l’équipe première. Pas forcément une prime démesurée. Disons 10?000 euros. Bref, il faut récompenser davantage la découverte de jeunes talents qui sont parfois revendus plusieurs millions d’euros sans que le recruteur ne touche un centime.
M.H.?: Quels joueurs sont arrivés à Monaco grâce à vous??
S.P.?: Lukman Haruna que j’avais vu en Corée du Nord et au Togo. Je me suis mouillé auprès de Marc Keller pour que Monaco le prenne?! Sinon, Moussa Maazou, c’est moi aussi. Sans oublier le jeune attaquant belge Yannick Ferreira Carrasco qui a signé un contrat avec l’ASM fin juin.
M.H.?: C’est difficile de repérer un jeune comme Ferreira Carrasco??
S.P.?: En Belgique, j’ai mes indics un peu partout. Notamment en province où on m’a alerté pour ce joueur. Du coup, je suis allé voir Ferreira, mais pas quand il jouait à domicile avec son club de Genk. Car il ne faut pas éveiller les soupçons. Au bout de 6 matches, j’ai alerté Jean Petit et Marc Keller.
M.H.?: Vous avez aussi raté quelques joueurs??
S.P.?: Bien sûr. Notamment Gervinho, Marouane Fellaini et Simon Kjar. Mais même si je les ai recommandés, Monaco a finalement décidé de ne pas les prendre.
M.H.?: C’est parce que ça devait coûter trop cher?!
S.P.?: Pas du tout?! Pour le défenseur danois Simon Kjar, c’était un deal avec son club, le FC Midtjylland. Ce qui aurait coûté 500?000 euros à tout casser. Mais il est parti à Palerme en 2008. Et aujourd’hui, il est à Wolfsburg. Alors que Gervinho est finalement parti au Mans en 2007, où il a signé pour 250?000 euros, avant de rejoindre Lille en 2009. Enfin, Fellaini joue à Everton depuis 2008. Mais tous les clubs ratent des joueurs.
M.H.?: Comment expliquer ces ratés??
S.P.?: Pendant une période, Monaco a manqué de stabilité. Il y a eu trop de changements de 2006 à 2010. Et puis les contacts avec les dirigeants étaient parfois compliqués. En fait, il aurait fallu une meilleure communication.
M.H.?: Cela vous arrive de vous tromper sur un joueur??
S.P.?: Oui. Exemple?: j’ai fait un mauvais rapport sur le défenseur bosniaque, Emir Spahic. En fait, je l’avais vu lors d’un match Belgique-Bosnie pendant lequel il avait été mauvais. Et je le trouvais lent, même s’il avait une bonne lecture du jeu. Or, aujourd’hui, il flambe avec Montpellier. Bref, je me suis planté.
M.H.?: C’est vrai que Monaco cherche à recruter un milieu de terrain brésilien de 20 ans, Edenilson Andrade dos Santos??
S.P.?: Je ne sais pas. Surtout que l’expert du Brésil pour Monaco, c’est Paul Marchioni. Et c’est un excellent recruteur. Donc quand il donne un nom, on peut lui faire confiance.
M.H.?: Pourquoi votre contrat n’a pas été renouvelé en juin dernier??
S.P.?: Je n’ai pas eu d’explication. Je sais juste que Jean Petit a fait un rapport positif pour qu’on me garde. Et j’ai lu que Marc Keller expliquait que c’était pour des raisons budgétaires. Je n’ai pas de commentaire à faire. Mais je suis déçu car j’aurais aimé rester. Du coup, quand le président de Valenciennes, Francis Decourrière, m’a proposé 2 ans de contrat, j’ai foncé.
M.H.?: Vous pourriez revenir à Monaco??
S.P.?: Oui. Car Monaco est un grand club. Et puis il y a beaucoup de gens bien à l’ASM. D’ailleurs, je leur souhaite bonne chance pour cette saison.
(1) Pauwels brise le silence, Entretiensavec Michel Matton, Editions Luc Pire, 19 euros.



