Qualifié en début d’année pour les championnats d’Europe (24ème), puis pour les championnats du monde (26ème), Davide Lewton-Brain, patineur artistique désormais installé en Allemagne, revient sur son parcours pour Monaco Hebdo. Avec, dans le viseur, les prochains Jeux olympiques d’hiver à Milan, en 2026.
Marquer l’histoire ? À 25 ans, Davide Lewton-Brain ne s’en prive pas. Et pour cause : le patineur artistique est devenu, en mars 2024 le premier résident monégasque à se qualifier pour des championnats du monde, en l’occurrence ceux de Montréal (Canada). Il s’est classé à plus qu’honorable 26ème place. Quelques semaines plus tôt, en janvier 2024, il avait terminé 24ème des championnats d’Europe à Kaunas (Lituanie). « Ce sont de superbes expériences, se souvient l’intéressé. J’ai commencé la saison sans trop me mettre la pression. Je n’attendais pas grand-chose, mais j’ai réussi de belles performances qui m’ont permis de me plonger dans le haut niveau. Ça donne envie de travailler encore plus fort, de s’arracher à l’entraînement. Quand je vois d’où je suis parti, c’est, quelque part, encore plus beau. » L’endroit « d’où il est parti », c’est la principauté de Monaco. Pas forcément le plus grand vivier de patineurs artistiques du monde, certes – même s’il existe une fédération monégasque de patinage (FMP), qui a pour mission de favoriser la pratique des sports liés à la glace, avec le patinage artistique, le hockey sur glace et le curling, principalement. « J’ai commencé le patinage à l’âge de 8 ans, à Monaco, raconte-t-il. J’allais sur la patinoire éphémère installée sur le port Hercule. J’ai dit à mes parents que c’était le sport que je voulais pratiquer, et ils ont fait en sorte que cela soit possible. »

Il faut dire qu’avec une mère danseuse étoile au sein des Ballets de Monte-Carlo, et un père danseur, devenu par la suite ostéopathe, le patinage artistique ne constituait pas une attirance surprenante pour Davide Lewton-Brain. « Jusqu’à quinze ans, je me suis entraîné à Monaco, au sein des structures disponibles sur place. Trois jours par semaine, trois mois dans l’année. Puis, j’ai eu envie de consacrer plus de temps à ce sport, à ma passion. » A Monaco, un certain nombre d’observateurs l’ont vu évoluer. « Génétiquement, avec des parents danseurs, Davide a rapidement eu des prédispositions pour le patinage artistique, estimait en 2022 dans Monaco Tribune Valérie Gallo, présidente de la FMP. Il a réussi à développer la maîtrise des sauts grâce à cette génétique. Mais il doit se battre avec des garçons qui ont débuté l’école de glace à l’âge de cinq ans. Ils ont acquis toutes les difficultés avant la puberté, et avant que le corps ne se métamorphose. Quand Davide a débuté, son corps avait déjà évolué. Mais c’est un travailleur acharné, qui fait avec ses atouts, et qui obtient des résultats. »
Davide Lewton-Brain ne s’en cache pas : il rêve de participer aux prochains JO d’hiver, organisés à Milan du 6 au 22 février 2026. Il était d’ailleurs passé tout près d’une qualification pour les JO de Beijing, en Chine, en 2022
Annecy, puis l’Allemagne
Alors, à quinze ans, il prend la direction d’Annecy pour poursuivre sa formation de patineur. « Ce n’était pas forcément évident, se remémore Davide. Quinze ans pour commencer le haut-niveau, c’est très tard ! Déjà, je quittais l’endroit où j’avais passé mon enfance, mes repères. Et puis, je me retrouvais avec des enfants qui étaient allés à l’école de glace dès leur plus jeune âge. Ce n’était pas mon cas. Je passais de trois entraînements par semaine, trois mois par an, à trois entraînements, six jours sur sept. J’ai dû m’accrocher, progresser rapidement, travailler mon équilibre, ma forme physique, ma maîtrise des mouvements, pour être au niveau. Et je ne m’en suis pas trop mal sorti… » Davide reste ainsi huit ans en Haute-Savoie, le temps d’atteindre le niveau qu’il souhaitait et d’obtenir un Master 2 en marketing.

Puis, direction l’Allemagne, et plus précisément la petite ville d’Oberstdorf, en Bavière. « Il y a plus de vaches que d’habitants, sourit Davide. Mais cette destination, c’est une excellente opportunité pour moi. Cela a été un très gros changement, mais je suis ravi d’avoir pris cette décision. Les infrastructures et les entraîneurs sont idéales pour s’entraîner, et nous formons une bonne équipe de patineurs d’une même génération, avec beaucoup de soutien entre nous. En France, j’étais avec des patineurs plus jeunes. Ici, ce n’est pas le cas, et pour la vie quotidienne, c’est important d’être avec des gens de son âge. » Quant à la discipline allemande, il l’assure, ce n’est « pas une légende ». Il raconte : « C’est très intense. On nous demande beaucoup de sérieux et de discipline. Ce n’est pas un endroit où improviser, mais finalement, cette exigence, c’est ce qui nous permettra d’atteindre nos objectifs. De toute façon, Oberstdorf offre peu de distractions, et nous pouvons donc rester concentrés. »
« J’ai commencé la saison sans trop me mettre la pression. Je n’attendais pas grand-chose, mais j’ai réussi de belles performances qui m’ont permis de me plonger dans le haut niveau. Ça donne envie de travailler encore plus fort, de s’arracher à l’entraînement »
Davide Lewton-Brain. Patineur artistique monégasque
Le droit de rêver à Milan
Maintenant que les échéances européennes et mondiales sont passées, la saison 2023-2024 de patinage artistique est terminée. Davide Lewton-Brain n’entend pas se relâcher pour autant. « D’ici l’été 2024, les entraînements se poursuivent. Techniquement, nous avons encore des choses à améliorer ». Il souhaite ainsi fixer son triple axel en compétition, travailler le quadruple saut, et « réaliser le meilleur programme le plus rapidement possible ». D’autant que de belles échéances approchent : des championnats d’Europe en janvier 2025, des championnats du monde deux plus tard… « Il va falloir être prêt : la première épreuve qualificative pour les Jeux olympiques (JO) de 2026, ce sont les championnats du monde organisés au TD Garden de Boston, aux États-Unis. Le Covid-19 a entraîné l’annulation, en 2020 et en 2021, de plusieurs compétitions. Alors, comme les autres, j’ai envie de profiter au maximum des opportunités qui me sont offertes. » Car Davide Lewton-Brain ne s’en cache pas : il rêve de participer aux prochains JO d’hiver, organisés à Milan du 6 au 22 février 2026. Il était d’ailleurs passé tout près d’une qualification pour les JO de Beijing, en Chine, en 2022. « Ce serait un magnifique aboutissement de faire partie des patineurs sélectionnés pour cette épreuve. De plus, il n’y a pas beaucoup de patineurs monégasques, alors ce serait un plaisir de hisser le drapeau de la Principauté à l’international. »

Pourtant Italien et Britannique d’origine par ses parents et né en France, Davide Lewton-Brain n’a ainsi jamais envisagé d’opter pour une autre nationalité sportive que celle de Monaco. « Mes parents sont devenus Monégasques. Moi, j’ai grandi sur ce territoire, jusqu’à mes quinze ans. C’est là que j’ai commencé à patiner. Même si je peux moins revenir en ce moment, entre mes études, les entraînements et les compétitions, chez moi, c’est Monaco. Je n’imaginais pas une seconde concourir pour un autre pays. » Alors, Davide Lewton-Brain va poursuivre sa montée en puissance et ses entraînements intensifs en Allemagne. « Quand on espère aller aux JO, ce qui est le rêve de tous les sportifs, il faut se donner les moyens de ne rien regretter quand arrivent les sélections. »
Parcours : Davide Lewton-Brain en bref
• Naissance le 23 décembre 1998 à Nice.
• Discipline : patinage artistique en individuel messieurs.
• Depuis 2018, il est invité chaque année à participer aux championnats de France. Son classement n’est cependant pas pris en compte, puisqu’il représente Monaco.
• Classement aux championnats du monde : 26ème en 2024.
• Classements aux championnats d’Europe : 31ème en 2018, 24ème en 2019, 29ème en 2020, 20ème en 2022, 22ème en 2023, et 24ème en 2024. L’édition 2021 a été annulée en raison de la pandémie de Covid-19.
• Classements en championnats du monde juniors : 43ème en 2017 et 32ème en 2018.



