Comme chaque été, le Grimaldi Forum déploie une grand exposition, afin de capitaliser sur la présence de nombreux touristes en principauté. Cette année, c’est sur la couleur qu’il a été décidé de miser (1). Après le peintre britannique William Turner (1775-1851) en 2024, ce n’est pas sur un artiste que les équipes du Grimaldi Forum ont décidé de parier, mais sur un sujet : la couleur. Pour cela, ils échangent depuis 2023 avec le Centre Pompidou, à Paris. « Le contexte était favorable », nous a glissé le directeur adjoint du musée national d’art moderne Centre Pompidou et commissaire de cette exposition, Didier Ottinger, dans la longue interview qu’il nous a accordé, et que nous publions cette semaine dans Monaco Hebdo. Fermé pendant cinq ans afin de réaliser des travaux, le Centre Pompidou a lancé le programme « Constellations », qui a pour objectif de continuer à faire vivre ses collections en France et à l’étranger. Pour déployer la couleur dans les espaces du Grimaldi Forum, Didier Ottinger a décidé de mettre en place une scénographie qui repose sur un disque chromatique. Au total, environ 200 œuvres sont ainsi exposées, dont beaucoup d’artistes de renom, comme, par exemple, Sonia Delaunay (1885-1979), Henri Matisse (1869-1954), Philip Guston (1913-1980), Salvador Dali (1904-1989), ou Gerhard Richter.
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Pour aller au-delà du simple affichage de couleurs et des symboles auxquels ils sont associés, le commissaire de cette exposition a cherché à toucher d’autres sens que la vue. Pour l’ouïe, les partitions sonores du compositeur Roque Rivas, réalisées avec l’Institut de recherche et coordination acoustique/musique (Ircam) sont jouées, afin de donner une dimension et une profondeur supplémentaire à chacune des couleurs présentées. Mais ce n’est pas tout. L’odorat est aussi sollicité, grâce au travail du nez Alexis Dadier, appuyé par la maison Fragonard. Là encore, chaque couleur est associé à une odeur. Au passage, et Didier Ottinger en est très satisfait, la couleur rose est réhabilitée. « Certains artistes retrouvent le rose au XXème siècle, et en particulier, un artiste qui m’est particulièrement cher, qui est l’Américain Philip Guston (1913-1980). A partir de 1969, il décide de pratiquement ne plus peindre qu’en utilisant la couleur rose. Il agit ainsi en réaction à toute cette pureté, à toute cette abstraction qu’il attribuait à l’art moderne », explique-t-il. Et puis, pour donner encore davantage d’ampleur à cette remarquable exposition, une centaine d’œuvres issues de la collection « design » du Centre Pompidou sont aussi exposées jusqu’au 31 août 2025 au Grimaldi Forum. De quoi faire mieux que William Turner et ses plus de 65 000 visiteurs en 58 jours ? C’est ce que veut croire Didier Ottinger : « J’ai un goût particulier pour les expositions populaires. Je viens de faire une exposition sur le surréalisme qui a accueilli plus de 600 000 visiteurs. Je ne connais pas aussi bien la sociologie des visiteurs de Monaco pendant l’été. Mais je pense qu’avec un sujet aussi attractif et séduisant que celui-là, et peut-être même un peu ludique, on peut battre Turner. » Rendez-vous en septembre, pour un premier bilan.




