Edito n°1245 : Détermination

Publiée fin avril 2022, cette information a de quoi inquiéter. Une étude diffusée par la revue Science a révélé que si les émissions de gaz à effet de serre ne baissent pas, les différentes espèces que l’on trouve dans les océans pourraient totalement disparaître d’ici à 2300. Seule solution pour éviter ce scénario catastrophe : agir immédiatement et limiter le réchauffement de la planète à 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Cette étude indique que cela permettrait ainsi de « réduire la gravité des extinctions de 70 %, évitant une extinction de masse ». Si l’accord de Paris fixe pour objectif de freiner le réchauffement climatique « en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels », voire à + 1,5 °C, les experts du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) n’y croient plus. Notamment Wolfgang Cramer, qui est directeur de recherche au CNRS, à l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale. Ce scientifique a coordonné l’un des chapitres du second volet du sixième rapport d’évaluation du GIEC. Interrogé par Monaco Hebdo, il estime « fort probable que les températures, en moyenne globale, vont malheureusement dépasser 1,5 °C ». Mais, pour cet expert, désormais la vraie question c’est : « Quels sont les engagements possibles avec lesquels on peut arriver à une réduction des émissions des gaz à effet de serre ? Chaque dixième de degré compte. » Pour lui, il faut garder en ligne de mire un objectif qui doit absolument être ambitieux : « Non seulement, il faut arriver à limiter le réchauffement à +1,5 °C, mais dans les décennies qui vont suivre, il faudra procéder à des réductions des émissions de gaz à effet de serre sans précédent », ajoute Wolfgang Cramer. Dans le dossier spécial que Monaco Hebdo vous propose cette semaine, la rédaction s’est intéressée au réchauffement climatique, mais aussi à l’impact sur les océans. C’est d’ailleurs sur ce sujet que le prince Albert II a publié son premier livre (2). Intitulé L’Homme et l’Océan, il évoque les urgences liées à la protection de la planète, et donc des océans. Comme la navigatrice Alexia Barrier que nous avons aussi interrogée, Albert II dit ressentir « une grande tristesse et une grande détermination. L’essentiel est que la détermination prenne le pas sur les autres sentiments. Pour les océans, notamment, il faut agir, et vite ! ». Alors que la conférence des Nations unies se déroulera à Lisbonne du 27 juin au 1er juillet 2022, et que la COP 15 pour la biodiversité devrait se tenir à la fin de l’été ou au début de l’automne 2022 si le contexte sanitaire en Chine ne s’améliore pas, la situation est plus que jamais alarmante.

1) Cette étude a été publiée le 28 avril 2022, dans la revue Science : « Avoiding ocean mass extinction from climate warming ».

Elle est disponible sur le site www.science.org.

2) L’Homme et l’Océan, prince Albert II de Monaco (Flammarion), 144 pages, 10 euros.