jeudi 9 avril 2026
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Laurent Anselmi : « L’identité sportive monégasque ne doit pas s’estomper du fait du processus de mondialisation de la compétition automobile »

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Membre de la Cour d’appel internationale de la Fédération Internationale de l’Automobile (FIA) depuis 2004, le Monégasque Laurent Anselmi (1) a été réélu le 12 décembre 2025 pour un nouveau mandat de quatre ans (2). Ce mois-ci, il a également été reconduit par ses pairs à la présidence de la cour d’appel. Interview. Propos recueillis par Raphaël Brun

Quel sera votre rôle au sein de la cour d’appel international de la fédération internationale de l’automobile (FIA), qui est la juridiction suprême d’appel pour les litiges sportifs ?

De manière générale, la compétition automobile est encadrée par un très grand nombre de règles. Les premières, d’ordre comportemental et déontologique, sont communes à l’ensemble des compétitions et rassemblées dans un document intitulé « Code sportif international ». Les secondes, d’ordre technique et qui sont parfois d’une grande complexité, sont propres à chaque type de compétition. Mais qui dit « règle » dit « transgression », donc « sanction » puis « contestation ». Le système juridictionnel de la FIA est précisément là pour connaître des différends ainsi générés. Son fonctionnement peut se rapprocher de celui de juridictions administratives. De manière générale, la compétition automobile est encadrée par un très grand nombre de règles. Les premières, d’ordre comportemental et déontologique, sont communes à l’ensemble des compétitions et rassemblées dans un document intitulé « Code sportif international ». Les secondes, d’ordre technique et qui sont parfois d’une grande complexité, sont propres à chaque type de compétition. Mais qui dit « règle » dit « transgression », donc « sanction » puis « contestation ». Le système juridictionnel de la FIA est précisément là pour connaître des différends ainsi générés. Son fonctionnement peut se rapprocher de celui de juridictions administratives.

Sur quels types de dossiers serez-vous amené à statuer ?

Le cas-type de litige qui nous est soumis consiste en des recours sollicitant l’annulation ou la modification de décisions d’autorités sportives, les commissaires de course par exemple, ayant sanctionné un pilote ou une écurie, soit en raison de son comportement sur la piste, soit du fait de la non-conformité de la voiture au règlement technique de la discipline en cause. A l’issue de l’instruction du recours, un panel de quatre juges est constitué et l’affaire est audiencée à Paris, au siège de la FIA.

« A la FIA, comme dans tout système respectueux de la « rule of law » [de l’« Etat de droit » — NDLR], le juge, parce qu’il est « la bouche de la loi », ne saurait être législateur. Nous n’émettons donc pas de normes de fond, même s’il advient que nous soyons consultés sur des règles de procédure »

Comment se déroulent les audiences ?

L’audience est identique à celle de toute juridiction avec notamment des plaidoiries d’avocats, l’audition de témoins ou d’experts, et les conclusions en défense du service juridique de la FIA. J’ajouterais que nos juridictions travaillent en français et/ou en anglais, avec une traduction simultanée assurée par la cour, et que les juges, au nombre de 36, élus pour quatre ans par l’assemblée générale de la FIA, sont originaires des quatre coins du globe.

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Être juge au plus haut niveau du sport automobile implique de trancher des décisions parfois très sensibles : comment vit-on cette responsabilité, et comment s’assure-t-on de rester juste et impartial face à la pression médiatique et sportive ?

Si, au fil des années, nous sommes de plus en plus saisis, je dois bien avouer que les affaires que nous avons à trancher, importantes pour les demandeurs et que nous traitons avec la plus grande rigueur juridique, ne suscitent pas une pression médiatique excessive. En effet, la compétition la plus génératrice de contentieux est le karting, dont on sait qu’elle est, nonobstant la jeunesse des pilotes, la pépinière des champions de rallye et de Formule 1 (F1) de demain. Il en va, en revanche, autrement quand nous avons à statuer dans des litiges impactant le classement de championnats plus en vue. Nous traitons cependant de telles affaires, certes moins fréquentes, avec la même rigueur, dans le respect de la règle du procès équitable garanti par la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) et, surtout, en toute indépendance à l’égard des parties, y compris la FIA, ou de qui que ce soit. Enfin, un soin particulier est apporté à la prévention de tout conflit d’intérêt par le biais d’une déclaration annuelle requise de la part de tous les juges et d’une vérification ponctuelle, faite en amont de la désignation du panel propre à chaque affaire.

Nomination FIA Laurent Anselmi (décembre 2025)
© Photo DR

Proposée par l’Automobile Club de Monaco (ACM), votre élection renforce la place de la Principauté dans les instances internationales du sport automobile ?

Je crois qu’il est important que l’identité sportive monégasque, intimement et historiquement liée au rallye de Monte Carlo et au Grand Prix de F1, ne s’estompe pas du fait du processus de mondialisation de la compétition automobile. Telle est la perspective dans laquelle je conçois, avec une humilité qui n’a d’égale que ma volonté de servir, ma réélection en qualité de juge. Il en est de même, à mon sens, de l’élection de notre ami Ferxel Fourgon, au sein du conseil mondial du sport automobile [à ce sujet, lire son interview publiée dans ce numéro de Monaco Hebdo — NDLR].

Quels enjeux juridiques et réglementaires majeurs la FIA devra-t-elle trancher dans les prochaines années, notamment face à l’évolution technologique et économique de la F1 et des autres disciplines ?

A la FIA, comme dans tout système respectueux de la « rule of law » [de l’« Etat de droit » — NDLR], le juge, parce qu’il est « la bouche de la loi », ne saurait être législateur. Nous n’émettons donc pas de normes de fond, même s’il advient que nous soyons consultés sur des règles de procédure. Pour répondre à votre question, je dirai toutefois simplement que la compétition automobile ne saurait être déconnectée de l’évolution du monde qui l’entoure. Il lui incombe ainsi de concilier le « plaisir éternel » du public, pour maintenir la popularité de notre sport, avec les défis, en particulier de nature énergétique, imposés par la planète, « qui a besoin de nous », selon le titre du récent ouvrage de notre compatriote Daniel Boeri. La ressource technologique — intelligence artificielle (IA) et autres — peut utilement être mobilisée à cette fin. Les instances dirigeantes de la FIA l’ont, du reste, plus que bien compris. Pour s’en convaincre, il suffit de relever l’effort déployé en direction des disciplines électriques, comme par exemple le E-Grand Prix, dont je suis un grand fan. Dans le même ordre d’idées, je suis très favorable aux initiatives proactives, qu’il s’agisse de réunir sous notre bannière l’ensemble de la compétition automobile, l’IndyCar par exemple, ou encore de concevoir la course automobile comme partie prenante de la grande famille du sport international.

1) En Principauté, Laurent Anselmi préside l’Académie de la Mer de Monaco (A2M) depuis sa création, en 2024. Cette institution est chargée de promouvoir l’étude du droit de la mer, des relations internationales et des enjeux marins.

2) Laurent Anselmi a été réélu, en qualité de juge, le 12 décembre 2025 par l’Assemblée générale de la FIA réunie à Tachkent (Ouzbékistan) avec 79 % des voix, ce qui a été le meilleur score. Par la suite, l’ensemble des juges élus ont procédé à un second tour d’élection pour désigner les présidents et vice-présidents de la cour d’appel internationale, ainsi que du tribunal international. A cette occasion, Laurent Anselmi a été réélu, courant janvier 2026, par ses pairs à la présidence de la cour d’appel. Waltraud Wünsch (Allemagne) a été réélue vice-présidente de la cour d’appel, Rui Botica Santos (Portugal) a été reconduit à la présidence du tribunal, et Gérard Martin (Belgique) a été réélu à la vice-présidence du tribunal.

La cour d’appel internationale de la FIA en bref

La cour d’appel internationale de la FIA est l’organe juridictionnel suprême de la fédération internationale de l’automobile (FIA). Indépendante des instances sportives, elle statue en dernier ressort sur les litiges liés aux compétitions automobiles et de mobilité placées sous l’autorité de la FIA. Elle examine notamment les appels contre des sanctions sportives, disciplinaires ou techniques prises par les commissaires ou les tribunaux nationaux. Ses décisions sont définitives et elles s’imposent donc à toutes les parties. Cette cour garantit une application uniforme des règles, ainsi que le respect des principes fondamentaux du droit dans le sport automobile international.

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