dimanche 19 avril 2026
AccueilCultureVincent Vatrican : « C'est un coup dur »

Vincent Vatrican : « C’est un coup dur »

Publié le

Vincent Vatrican, directeur des Archives audiovisuelles
« J'estime que le travail fourni depuis 15 ans mérite mieux que ce silence assourdissant », Vincent Vatrican, directeur des Archives audiovisuelles. © Photo Monaco Hebdo.

Alors que l’ensemble des acteurs culturels de la Principauté pestent contre les restrictions budgétaires, Vincent Vatrican confirme qu’il n’a pas été non plus épargné par les coupes gouvernementales. Le directeur des Archives audiovisuelles dénonce un manque de concertation et de méthode de la part de l’Exécutif. Interview relue.

RESTRICTIONS BUDGETAIRES

Monaco hebdo?: Votre sentiment général concernant les restrictions budgétaires imposées par le gouvernement aux institutions culturelles??
Vincent Vatrican?: Etant moi-même gestionnaire de la structure que je dirige, je suis très attentif à l’exécution de mes budgets et des dotations budgétaires allouées par le gouvernement. Par conséquent, l’idée que l’Etat doive assainir les finances publiques et présenter des budgets à l’équilibre, j’y souscris totalement. En revanche, il faut dire les choses telles qu’elles se sont réellement déroulées. Pour l’année 2012, le gouvernement a commencé par demander aux institutions culturelles de présenter un budget avec 0 % d’augmentation. Ce sont les consignes écrites de l’Etat. Consignes que j’ai respectées à la lettre. Ensuite, l’Etat a opéré des coupes budgétaires allant de 5 à 30 %. Donc l’effort est bien plus conséquent que ce qui est annoncé un peu partout. Cette restriction, pour une structure comme la nôtre, qui a un travail de fond à effectuer, celui de sauvegarder le patrimoine audiovisuel de Monaco avec des collections qui augmentent sans arrêt, est un coup dur.

M.H.?: En ce qui vous concerne, à combien se chiffrent ces restrictions??
V.V.?: La subvention allouée par l’Etat aux archives audiovisuelles de Monaco s’élève à 760?000 euros en 2011. Pour 2012, elle se chiffre à 754?300 euros. Soit 1 % de diminution. Sauf que ma demande réelle, avant les consignes écrites de l’Etat, était en réalité de 794?000 euros. Il s’agit donc d’une coupe de 40?000 euros. Soit 5 % de diminution.

M.H.?: Cette baisse parait dérisoire si on la compare à celle du Musée National qui a subi une coupe budgétaire de 20 %
V.V.?: Il est vrai que les Archives s’en tirent plutôt bien. Mais n’oublions pas que notre mission première est de constituer et préserver la mémoire audiovisuelle de Monaco et cette collection génère des frais incompressibles. Je ne pourrais toucher ni aux salaires, ni aux frais de structure, donc il me faudra faire 40?000 euros d’économie ailleurs. Je serai donc contraint de toucher aux dépenses d’équipement et aux travaux de laboratoire. Ce qui est une hérésie, puisque c’est le budget de sauvegarde des films. Les Archives, vous savez c’est comme un hôpital, on prend soin de la santé de nos documents, de notre mémoire. Et à ce titre, je considère que nous avons un rôle tout autant social que culturel. C’est pour nous très problématique. Et il y a eu je crois, autour de ces restrictions, un problème de méthode.

M.H.?: A quel niveau??
V.V.?: Notre institution n’a été avisée à aucun moment de la baisse budgétaire qu’elle allait subir de sa subvention. On nous a même dit à un moment que nous serions épargnés. Si l’on regarde le document que le gouvernement a remis à la presse et qui recense les baisses budgétaires de toutes les institutions culturelles, étrangement les Archives audiovisuelles n’y figurent pas. Pourquoi n’y sommes nous pas?? Je vous le demande. Est-ce un problème de saisie, un bug des services informatiques de l’Etat, ou un oubli pur et simple?? Je n’ai pas de réponse. C’est en tout cas extrêmement vexant. L’effort national, je l’entends bien, encore faut-il savoir maintenir un dialogue et avoir le courage d’annoncer les décisions. Si certaines institutions culturelles ont été reçues ou entendues, je n’en ai pas fait partie. Il me semble que le gouvernement avait le devoir de m’informer, comme les autres.

M.H.?: Comment expliquez-vous cet « acte manqué » du gouvernement??
V.V.?: Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une remise en cause du travail des Archives Audiovisuelles. Mais j’estime que le travail fourni depuis 15 ans mérite mieux que ce silence assourdissant. C’est un oubli fâcheux.

M.H.?: Quels sacrifices ces restrictions budgétaires vous imposent-elles de faire??
V.V.?: Nous allons renoncer à la création du site internet qui était prévue en 2012. Nous devions également lancer la collection « Monaco en films » en DVD. Parallèlement, les collaborations avec les associations culturelles seront réexaminées à la loupe. Notre expertise technique et nos prestations étaient assurées jusqu’alors à titre gracieux, dans la mesure où nous entrions dans une forme de partenariat. J’ajoute qu’au titre du budget 2011, nous avions également demandé au correctif la somme de 40?000 euros pour assurer la sauvegarde des films du Musée océanographique, sans doute la collection la plus ancienne du patrimoine monégasque. Ce programme, au final, ne nous a pas été accordé. C’est regrettable, car cette collection est en danger.

REVOLUTION TECHNOLOGIQUE

M.H.?: Les Archives audiovisuelles sont également en train d’opérer une révolution technologique…
V.V.?: Nous allons effectivement opérer prochainement le passage de la vidéo numérique au fichier numérique. L’informatique a définitivement pris le dessus dans la plupart des métiers. Même si nous conserverons bien sûr les sources matérielles d’origine, les sauvegardes numériques ne se feront plus sur de la cassette traditionnelle mais sur de la bande LTO et tous les médias sous forme de fichiers stockés sur des serveurs pour répondre aux différents usages. C’est une opération extrêmement complexe, une vraie révolution technologique qui va de pair avec une révolution des mentalités. Nous avons défini un plan triennal comprenant les études, le cahier des charges, l’appel à concurrence, et nous venons de signer le marché proprement dit. L’objectif est d’effectuer sous trois années la migration de toutes les données déjà numérisées en fichiers informatiques. C’est un très gros chantier pour une enveloppe budgétaire de 880?000 euros. Le programme a été décalé d’une année. Il s’étalera de 2011 à 2013.

M.H.?: Le budget consacré à cette mutation technologique est-il également affecté??
V.V.?: Il n’est pas remis en cause, mais il est affecté en effet. 45?000 euros ont été soustraits cette année, 80?000 euros l’année dernière. Ces sommes devraient être rajoutées à la dernière partie du programme en 2013 pour rester dans l’enveloppe initiale, sur laquelle nous sommes engagés. Ce budget, je ne l’ai pas sortie du chapeau au hasard. C’est un budget qui a été établi après des études approfondies. Il n’y a aucune économie possible. En revanche, si l’on décale trop ce programme dans le temps, cela pourrait engendrer des coûts supplémentaires et avoir des conséquences sur l’installation.

M.H.?: Cette mutation technologique, assez coûteuse, est-elle absolument indispensable??
V.V.?: Si l’on rate cette révolution technologique, nous risquons de nous retrouver dans une situation très délicate. Car, aujourd’hui, la télévision est majoritairement en numérique haute définition. Si demain par exemple nous récupérons des fichiers du Centre de presse en HD, nous serons dans l’incapacité de les traiter ou de les convertir. Alors même que nous sommes le dépositaire de la mémoire audiovisuelle de Monaco. Notre structure deviendrait totalement obsolète. Autre exemple?: le Palais nous a demandé de gérer l’ensemble des images officielles du mariage princier. Ces images ont été tournées en HD. Comment allons-nous faire pour les traiter et les conserver si nous n’avons pas les équipements correspondants?? Il est absolument nécessaire que cette opération se fasse dans les meilleures conditions. C’est une nécessité, et croyez-moi, l’Etat l’a bien compris. J’ai toujours été entendu sur ce point, je dois le reconnaître.

SPONSORING PRIVE

M.H.?: De nombreuses institutions bénéficient de fonds provenant de sponsors privés. Est-ce une piste que vous envisagez??
V.V.?: Nous avons déjà sollicité un sponsor privé, mais à une seule occasion pour les 10 ans des Archives. Désormais, je vais engager des démarches pour essayer de trouver du mécénat, ce qui est difficile car nous avons peu de visibilité.

M.H.?: Avez-vous ressenti des jalousies ou des tensions entre institutions culturelles à cause de ces restrictions budgétaires??
V.V.?: Il y a un peu plus d’un an, nous fêtions le Centenaire des Ballets Russes. De nombreuses institutions culturelles ont travaillé ensemble dans un excellent état d’esprit. Il y a eu une véritable synergie. L’Etat s’est d’ailleurs félicité de cette transversalité. Mais avec ces coupes budgétaires, on est désormais loin de ce climat-là. Pour l’heure, il n’y a, je crois, aucune rivalité, ou jalousie, mais c’est un risque que l’on ne peut pas nier. Je crains que face à ces restrictions, chaque institution soit obligée de se replier sur elle-même et ne puisse pas développer de collaborations.

M.H.?: L’autre gros projet des Archives audiovisuelles est de rendre accessible l’ensemble des documents au grand public. Du nouveau à ce sujet??
V.V.?: Rendre accessible nos archives au grand public a toujours été l’objectif avoué de l’Etat, depuis l’origine. Depuis quelques mois, nous avons des discussions avec le gouvernement. Une réflexion est menée pour trouver un lieu, puisque la consultation publique dans nos locaux avenue Hector Otto est évidemment impossible. On réfléchit donc à un équipement culturel qui nous permette de recevoir le public, avec des postes de consultation, mais aussi une salle de projection pour prolonger et développer l’activité de programmation. Pour l’heure, ce projet est au stade de la réflexion.

MARIAGE PRINCIER

M.H.?: Le palais vous a confié l’archivage et la valorisation des images du mariage princier. Avez-vous beaucoup de demandes??
V.V.?: Oui, les télévisions du monde entier nous contactent pour des reportages, des documentaires. Parfois même des jeux télévisés, des émissions rétrospectives, ces « best of » traditionnels de fin d’année. Les demandes, une vingtaine environ, proviennent de télévisions françaises bien sûr mais aussi du Japon ou encore de l’Allemagne.

M. H?: Ces images sont-elles monnayées??
V.V.?: Oui. Les tarifs sont variables. Les images dont nous sommes mandataires sont toutes cédées sous contrat avec un prix à la minute, sans aucun cas particulier. Pour une minute diffusée sur une chaine nationale, il faut compter 500 euros. Si les droits sont internationaux, c’est évidemment beaucoup plus cher, mais c’est extrêmement rare. Et en l’occurrence pour le mariage, nous n’en avons jamais eu.

Newsletter

Une sélection quotidienne d'informations directement dans votre boite Mail