Le réalisateur américain Abel Ferrara était à Monaco le 25 octobre dans le cadre du festival itinérant ADDICTION à l’œuvre, avec le concours des archives audiovisuelles de Monaco et de son directeur, Vincent Vatrican. Il a accepté de répondre aux questions de Monaco Hebdo.
Qu’est-ce qui vous a convaincu de participer au projet ADDICTION à l’œuvre ?
Dans le cadre de ce festival itinérant, on montre mes films. Pourquoi ne serais-je pas venu ?
Sur vos 23 films (voir encadré), l’addiction est un sujet transversal : la drogue dans Bad Lieutenant (1992), le sexe dans Welcome to New York (2014), la soif d’aventures sexuelles dans Pasolini (2015)…
On peut avoir une addiction à n’importe quoi : au sexe, à la drogue, au sport… Il y a aussi la violence, avec l’un de mes premiers films, The Driller Killer (1979). J’ai également fait un film qui s’appelle The Addiction en 1995. Après, il faudrait définir précisément ce que l’on appelle une addiction.
Quelle est votre définition d’une addiction ?
Une obsession incontrôlée, me semble une bonne définition.
Dans des interviews, vous dites avoir grandi avec des films de genre, comme Le Blob (1958) ou On the beach (1959), qui semblent loin de ce thème de l’addiction ?
J’aime les films d’horreur, au même titre que les autres genres de films. The Driller Killer (1979) n’est pas un film d’horreur, c’est un film violent. Le réalisateur de L’Exorciste (1973), William Friedkin a beaucoup aimé l’un de mes films, L’Ange de la vengance (Ms. 45) (1981). Mais est-ce que L’Ange de la vengance (Ms. 45) est un film d’horreur ? Allez lui poser la question.
Mais vous avez quand même réalisé des films d’horreur !
Body Snatchers (1993) est un film d’horreur. Alors que The Addiction (1995) est un film de vampires.

Quels sont les thèmes principaux de vos films ?
Je filme la vie. Pourquoi chercher à séparer la vie et l’art ? Il n’y a pas de séparation entre la vie et l’art. Ta vie, c’est de l’art. Ton travail, c’est de l’art. Et l’art c’est ton travail.
Cela fait 40 ans que vous avez commencé à faire du cinéma : quel regard portez-vous sur vos anciens films ?
Je ne regarde pas mes anciens films. Je sais ce que j’ai fait. Je n’ai pas besoin de revoir ce que j’ai fait. Je suis critique sur tous mes films : je sais ce que j’ai fait ou pas, ce qui était bon ou non. Je vois entre les lignes, entre les interstices. Je me rappelle de comment chacun de mes films a été fait, je me souviens de chaque tournage. Et puis, mes films, ce sont aussi des souvenirs. Certains acteurs ou techniciens avec qui j’ai tourné sont morts.
Quel rapport vous entretenez avec le cinéma d’aujourd’hui ?
Le cinéma d’aujourd’hui oui, mais lequel ? Là où je vis, à Rome, il n’y a pas vraiment d’endroit où aller au cinéma. Je ne vais plus au cinéma comme avant, où j’allais voir presque tous les films, pour être sûr de ne rien rater. Mais de toute façon, je suis dans le cinéma : je travaille sur mes films, des gens me montrent leurs films, je travaille aussi avec des étudiants… Bref, je m’implique dans le processus de création.
Même si c’était à la télévision, quel est le dernier film que vous ayez vu et aimé ?
J’ai vu un court métrage d’animation à Santiago réalisé par un gamin d’une vingtaine d’années… Mais je voyage tellement… Je ne me rappelle pas de son nom [Abel Ferrara fouille dans ses poches, sort son iPhone et cherche sur une plateforme de vidéos en ligne le film en question qu’il fini par trouver et nous montrer]. Voilà, c’est le dernier bon film que j’ai vu.


Vous vivez à Rome : comment vous-vous situez par rapport au cinéma américain d’aujourd’hui ?
Je ne vois pas de différence entre les films. Le cinéma unit le monde, le cinéma est un langage universel. Il n’y a pas de différence entre le cinéma américain et le cinéma européen. Je parle là du cinéma américain de Nick Cassavettes (1929-1989) par exemple. Car le cinéma américain, c’est très vague. Il y a le cinéma de Miami, celui de Seattle, du Texas, du Nouveau Mexique, de Louisiane, de Boston ou d’Alaska… Il y a aussi le cinéma d’Hollywood, avec des budgets de 150 millions de dollars… De quel cinéma américain parle-t-on ?
A 65 ans, c’est votre première visite à Monaco : que vous inspire la Principauté ?
J’ai une vision très romantique de ce petit pays, sur la Méditerranée. J’espère avoir le temps de visiter un peu la Principauté.
En mai 2015, vous avez annoncé vouloir tourner un nouveau film, Siberia ?
On va faire Siberia. Ce film parle des rêves, des souvenirs, de la nature… Ce sera comme L’Odyssée. On va tourner dans le désert… Ce sera comme un grand voyage que fera le personnage principal, Willem Dafoe. Il voyagera à travers la nature qui nous entoure et dans son esprit. On verra les rapports entretenus par le langage des rêves et l’inconscient. Willem Dafoe ne jouera pas un personnage fictif : il sera lui-même, il sera Willem Dafoe.
L’an dernier, Siberia était présenté comme un film d’horreur ?
Ce ne sera pas un film d’horreur. Le casting réunira Isabelle Huppert et Nicolas Cage, en plus de Willem Dafoe.
En mai 2015, vous annonciez vouloir financer une partie de Siberia par le public, en essayant notamment de lever 450 000 euros via le site de financement participatif Kickstarter ?
Finalement, on a décidé de revenir à des moyens plus traditionnels pour financer ce film.

Le financement par le public, c’était pour garder un contrôle total sur votre film ?
Je contrôle toujours le contenu de mes films, quoi qu’il arrive. Kickstarter était juste un autre moyen de lever de l’argent pour faire un film. Ce n’était donc pas pour mieux pouvoir contrôler Siberia.
Vous avez une date de sortie pour Siberia ?
On doit d’abord tourner ce film. Une fois que ce sera fait, on réfléchira à une date de sortie.
Vous avez envie de revenir au cinéma d’horreur ?
J’aime avant tout les bons films. J’aime les films qui me touchent. Si c’est un film d’horreur, tant mieux. Sinon, ce n’est pas grave. Je n’aime pas mettre les films dans des genres. Cela ne signifie rien pour moi.
Quels films vous touchent particulièrement ?
Il y en a tellement… Il y en a des centaines…

Quel réalisateur alors ?
Si je vous donne un nom, je vais en laisser beaucoup de côté. Mais il y en a beaucoup. J’ai vu tellement de films… Pour la plupart, ce sont des gens dont personne n’a entendu parler. Je pense par exemple à ce jeune réalisateur dont je vous ai montré le court-métrage tout à l’heure. Peut-être qu’il a été tué par une voiture ce soir ? Qui saura qui il était ? Et quels films il a fait ?
Sinon, à part Siberia, vous avez d’autres projets ?
On a tourné un film sur la piazza Vittorio Emanuele II à Rome. Ça s’appelle Rome, année zéro, et c’est inspiré par 4h44 Dernier jour sur terre (2012). Ce sera un thriller politique avec pour toile de fond la piazza Vittorio Emanuele II, qui est un véritable microcosme de vie urbaine, comme on trouve un peu partout dans le monde.
C’est aussi un écho au film de Roberto Rossellini (1906-1977), Allemagne année zéro (1948) ?
Je ne sais pas d’où vient ce titre. Peut-être du dernier Roberto Saviano, l’auteur de Gomorra (2007), qui a publié en 2013 un livre, Zero, zero, zero. Mais Rossellini est un réalisateur qu’il faut, bien entendu, absolument connaître.
Vous êtes Américain : que pensez-vous du débat politique qui oppose Hillary Clinton à Donald Trump pour la présidentielle aux Etats-Unis ?
Le gouvernement américain est un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple (1). Le président des Etats-Unis est élu pour quatre ans. Et moi, je n’aime pas les professionnels de la politique.

Que vous inspirent les deux candidats à cette élection ?
Donald Trump, c’est un désastre. Mais Trump a montré qu’en arrivant de nulle-part, il était possible de parvenir à séduire l’opinion publique. Il a prouvé que n’importe qui, avec quelques millions de dollars, pouvait arriver à convaincre. Mais il faudrait voir arriver LA bonne personne venue de nulle-part. Et pas seulement n’importe qui avec de l’argent. Désormais, avec Donald Trump et Hillary Clinton, on se retrouve comme dans une partie de Q Game.
De Q Game ?
Dans le Q Game, le A Game est le meilleur que vous puissiez avoir, avec une qualité maximale. Ce serait par exemple une élection qui réunirait des candidats comme Abraham Lincoln (1809-1865) ou Malcolm X (1925-1965). Mais Trump, c’est du Z Game.
Et Hillary Clinton ?
Hillary Clinton est meilleure que Donald Trump. Elle, ce serait du N Game. J’espère qu’elle deviendra président des Etats-Unis. Mais tout peut arriver. Ce pays est complètement fou. Et si Hillary Clinton a une crise cardiaque le jour avant l’élection ? Ce serait un désastre.
Que pensez-vous de Donald Trump ?
Je le connais personnellement. Il n’était pas comme ça quand je l’ai connu. Enfin, disons qu’il était sans doute déjà tel qu’il est aujourd’hui, mais il ne s’était pas encore révélé. Il était alors un industriel, un propriétaire terrien.
C’est quel genre d’homme ?
C’est le genre d’homme à raconter qu’il a débuté dans les affaires avec un « petit prêt » de son père de 14 millions de dollars. Mais si on pense vraiment que 14 millions de dollars c’est un « petit prêt », il faut garder cet argent pour soi et se taire. Car pour beaucoup de gens, tout ça est blessant. Bien sûr, Trump a le droit d’être riche et d’en profiter. Je n’ai rien contre les gens riches. Mais aujourd’hui, la situation politique de mon pays est un désastre. Il faudrait tout repenser. Il faudrait une injection de compassion, d’empathie. Il faudrait aussi laisser son ego à la porte d’entrée…

Quel regard vous portez sur la politique américaine, au sens large ?
Comment croire dans un système où il faut des dizaines de millions de dollars pour pouvoir avoir une chance d’arriver à la Maison blanche ? C’est une blague ! Le gouvernement américain est un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple : c’est pour ça que les Américains se sont battus, c’est pour ça qu’ils sont morts. Et regardez ce que l’on a aujourd’hui. Croyez-vous vraiment que ces gens sont là pour le peuple ? Je ne le pense pas.
Vous irez voter ?
Je garde ça pour moi. Après, je suis un homme ordinaire : Hillary est une femme, elle a ce crédit. Elle est définitivement le meilleur choix pour cette élection. Mais j’attendais beaucoup plus de mon pays.
(1) Abel Ferrara fait ici allusion au discours de Gettysburg prononcé par le président Abraham Lincoln (1809-1865) le 19 novembre 1863, à l’occasion de la cérémonie consacrant le champ de bataille de Gettysburg où 51 000 soldats de l’Union et de la Confédération sont morts, entre le 1er et le 3 juillet 1863.
Abel Ferrara, 23 films depuis 1979
Pasolini (2014)
1h24 (biopic, drame). Avec Willem Dafoe, Ninetto Davoli, Riccardo Scamarcio.
Welcome to New York (2014)
2h05 min (drame). Film de Abel Ferrara avec Gérard Depardieu, Jacqueline Bisset, Drena De Niro.
4h44 Dernier jour sur terre (2012)
1h25 min (drame). Film de Abel Ferrara avec Willem Dafoe, Shanyn Leigh, Natasha Lyonne.
Mulberry St. (2010)
1h27 min (documentaire). Film documentaire de Abel Ferrara avec Shanyn Leigh, Danny Aiello, Frank Aquilino.
Napoli, napoli, napoli (2009)
1h42 (documentaire). Film documentaire de Abel Ferrara avec Luca Lionello.
Chelsea Hotel (2008)
1h32 (documentaire). Film documentaire de Abel Ferrara avec Ethan Hawke, Dennis Hopper et Bijou Phillips.
Go Go Tales (2008)
1h36 min (comédie, drame). Film de Abel Ferrara avec Willem Dafoe, Bob Hoskins, Matthew Modine.
Mary (2005)
1h25 min (drame thriller). Film de Abel Ferrara avec Juliette Binoche, Forest Whitaker, Heather Graham.
Christmas (2001)
1h23 min (thriller). Film de Abel Ferrara avec Drea de Matteo, Lillo Brancato, Ice T.
New Rose Hotel (1999)
1h30 min (science-fiction, thriller). Film de Abel Ferrara avec Asia Argento, Christopher Walken, Willem Dafoe.
The Blackout (1997)
1h38 min (drame). Film de Abel Ferrara avec Matthew Modine, Dennis Hopper, Claudia Schiffer.
Nos Funérailles (1996)
1h39 min (drame, policier). Film de Abel Ferrara avec Christopher Walken, Isabella Rossellini, Vincent Gallo.
The Addiction (1995)
1h24 min (fantastique). Film de Abel Ferrara avec Lili Taylor, Christopher Walken, Annabella Sciorra.
Snake Eyes (1993)
2h05 min (drame). Film de Abel Ferrara avec Victor Argo, Nancy Ferrara, Reilly Murphy.
Body Snatchers (1993)
1h27 min (fantastique, épouvante, horreur). Film de Abel Ferrara avec Billy Wirth, Christine Elise, Reilly Murphy.
Bad Lieutenant (1992)
1h36 min (policier, drame). Film de Abel Ferrara avec Harvey Keitel, Frankie Thorn, Victor Argo.
The King of New York (1990)
1h43 min (policier, drame). Film de Abel Ferrara avec Christopher Walken, David Caruso, Laurence Fishburne.
Cat Chaser (1989)
1h38 min (thriller, action). Film de Abel Ferrara avec Frederic Forrest, Tomás Milián, Juan Fernandez.
China Girl (1987)
1h29 min (drame, romance). Film de Abel Ferrara avec James Russo, Richard Panebianco, Sari Chang.
New York, 2 heures du matin (1984)
1h35 min (policier, drame). Film de Abel Ferrara avec Tom Berenger, Billy Dee Williams, Jack Scalia.
L’Ange de la vengeance (1981)
1h21 min (thriller). Film de Abel Ferrara avec Zoë Lund, Bogey, Albert Sinkys.
The Driller Killer (1979)
1h36 min (épouvante, horreur). Film de Abel Ferrara avec Harry Schultz, Alan Wynroth, Maria Holhoski.
Nine lives of a wet pussy (1976)
1h10 min (film X). Film de Abel Ferrara avec Pauline LaMonde, Dominique Santos, Joy Silver.
Courts et moyens-métrages :
42 One Dream Rush (moyen-métrage) 2009
California (court-métrage) 1996
Not guilty : for Keith Richards (court-métrage)
Could this be love (court-métrage) 1973
The Hold up (court-métrage) 1972
Nicky’s film (court-métrage) 1971
A la télévision :
The Loner (1988)
Crime Story saison 1, épisode 1 et 2, (1986)
The Gladiator (1986)
Deux flics à Miami saison 1, épisode 20 (1984), saison 2, épisode 20 (1985)
Génèse d’une addiction
« J’ai rencontré Abel Ferrara à Paris en 2014, à l’occasion de la sortie de son film Pasolini. Je lui ai parlé de mon projet ADDICTION à l’œuvre, avec mon association dfilms. Il m’a pris dans ses bras et m’a dit : « OK, je le fais avec toi. » Voilà comment ça s’est passé », raconte Philippe Bérard, co-fondateur de cette association lancée en 2009 avec Bernard Favier. Objectif : montrer, expliquer et penser l’addiction sous toutes ses formes et dans toutes ses dimensions. Que ce soit au cinéma, dans la psychanalyse, ou dans d’autres champs culturels. Pour cela, l’équipe de dfilms a imaginé un festival itinérant pendant 5 ans pour mettre en avant une “histoire du cinéma qui s’accorde aux autres arts, de 1895 à 2019”. Lancé en 2014 avec un premier épisode clôturé fin 2015 qui évoquait notamment Alfred Hitchcock (1899-1980) ou David Cronenberg, le second épisode va s’étirer jusqu’au 20 décembre. Avec cette fois, le réalisateur américain Abel Ferrara qui se déplace de ville en ville pour participer à des rétrospectives, des masterclass, des ateliers de travail, des conférences… Des institutions, comme le Louvre, des cinémathèques, des cinémas indépendants, des philosophes, des chercheurs et même des acteurs associatifs de la lutte contre les addictions participent à ce projet ambitieux. Après Monaco, ADDICTION à l’œuvre se poursuit à Paris, du 15 novembre au 6 décembre et à Montreuil jusqu’au 20 décembre. R.B.
+ d’infos sur http://www.dfilms-programmation-cinema.fr.
Abel Ferrara, l’inclassable
Depuis ses débuts dans les années 1970, Abel Ferrara filme sans répit les fêlures intérieures des êtres, le pêché, l’addiction et la rédemption avec une moyenne d’un film tous les deux ans.

Culte, sulfureux, indépendant, provocateur, cocaïnomane… Les étiquettes que l’on essaie de coller à Abel Ferrara ne manquent pas. Mais aucune ne résiste à l’épreuve du temps qui passe. Plus de 40 ans après ses débuts, il faut se rendre à l’évidence : ce réalisateur et scénariste américain né le 19 juillet 1951 à New York, est surtout inclassable. De toute façon, il n’apprécie pas les catégories : « Je n’aime pas mettre les films dans des genres. Cela ne signifie rien pour moi », nous a-t-il expliqué, avec ce fort accent du Bronx, où il est né. Après un premier long-métrage qui est un film X, Nine lives of a wet pussy (1976), la carrière de Ferrara débute vraiment avec The Driller Killer, en 1979, où il raconte l’histoire d’un artiste underground new-yorkais qui sombre peu à peu dans la folie et le meurtre. Après avoir tourné New York, 2 heures du matin (1984), cet Italo-New-Yorkais file à Hollywood, où il signe deux épisodes de la série Deux flics à Miami (1984-1989), créée par Anthony Yerkovich et produite par Michael Mann. China Girl (1987) et Cat Chaser (1989) lui ouvrent les portes de la reconnaissance de la part des critiques. Ce qui lui permet de tourner The King of New York (1990) : « On a fait ce film avec un budget de 5 millions de dollars », raconte Ferrara.
Funèbre
Deux ans plus tard, il signe le film resté sans doute à ce jour le plus connu : Bad Lieutenant. Harvey Keitel incarne un flic corrompu, drogué et alcoolique, chargé d’enquêter sur le viol d’une religieuse. Un film puissant, qui évoque la rédemption, l’un des thèmes récurrents de la filmographie de Ferrara que l’on retrouve aussi dans The King of New York. Les années 90 sont une période charnière dans la carrière de ce cinéaste. Ferrara enchaîne les tournages de huit films, notamment Body Snatchers (1993) ou Snake Eyes (1993). Dans cette décennie, Nos funérailles (1996) a marqué les esprits. Dans les années 40, la famille Tempio organise une veillée funèbre. Le plus jeune des trois frères, Johnny (Vincent Gallo), a été abattu par un mystérieux assassin. Autour du cercueil, l’aîné (Christopher Walken) veut se venger, pendant que l’autre frère (Chris Penn) est dévasté par le chagrin. Très codifié, Nos Funérailles donne aussi le pouvoir aux femmes : Isabella Rossellini et Annabella Sciorra. Après Bad Lieutenant en 1992, The Blackout (1995) fait résonner le nom de Ferrara sur la Croisette, en partie pour une scène sexy entre Béatrice Dalle et Claudia Schiffer. Autre film marquant, toujours dans les années 90 : New Rose Hotel (1998). La critique adore, ce qui assoit encore un peu plus la carrière de Ferrara. Après un nouveau passage par le festival de Cannes en 2001 avec Christmas, Ferrara sort Mary (2005), dans lequel il s’intéresse cette fois à Marie-Madeleine.
New York
En 2008, Go Go Tales est sélectionné à Venise, grâce notamment au talent de Willem Dafoe. Un acteur que l’on retrouve dans 4h44 Dernier jour sur terre (2011) et dans l’excellent Pasolini (2014), dans lequel il incarne de façon impressionnante ce réalisateur italien. Shanyn Leigh, la compagne d’Abel Ferrara, joue dans plusieurs de ses films. Notamment dans Mary, Go Go Tales, Chelsea Hotel (2008) ou dans Napoli, Napoli, Napoli (2009), avant de décrocher son premier grand rôle dans 4h44 Dernier jour sur terre et de jouer avec Gérard Depardieu dans Welcome to New York (2014).
Impossible bien sûr d’évoquer Abel Ferrara sans parler de Nicholas St. John. « Nick St. John » comme l’appelle Ferrara, son ami d’origine irlandaise, catholique comme lui, a participé à l’écriture de neufs films, de 1979 avec The Driller Killer à The Funeral en 1996. « On a commencé à faire des films ensemble alors qu’on avait 16 ans, a raconté Abel Ferrara à la presse en 2015. Mais à un moment donné, il en a eu assez. » Et il a arrêté, laissant Ferrara seul avec son cinéma. Après avoir beaucoup tourné avec Christopher Walken dans les années 90, c’est avec Willem Dafoe que Ferrara poursuit sa route. Dans son prochain film, Siberia, qu’il évoque pour Monaco Hebdo dans l’interview qu’il nous a accordée, Ferrara nous invite à un voyage intérieur avec Dafoe qui joue son propre personnage. Accompagné d’Isabelle Huppert et de Nicolas Cage, Siberia promet beaucoup.



