dimanche 19 avril 2026
AccueilActualitésSport« Sans argent, on ne peut pas lutter »

« Sans argent, on ne peut pas lutter »

Publié le

Ancien joueur de l’AS Monaco (2002-2004) et du Paris-Saint-Germain, Jérôme Rothen (2004-2009) a mis un terme à sa carrière il y a quelques semaines. Consultant pour Canal+, il évoque pour Monaco Hebdo le choc de ce week-end entre l’ASM et le PSG*.

Monaco Hebdo : Qu’avez-vous pensé des deux clubs depuis la reprise ?
Jérôme Rothen : Monaco est vraiment dans la continuité de ce que les joueurs ont montré toute la première partie de saison. Une équipe très cohérente qui a eu pourtant beaucoup de repères à trouver. Vu le nombre de nouveaux joueurs, je ne m’attendais pas à ce que l’alchimie prenne aussi vite. On sent une équipe qui a pris confiance au fur et à mesure, et qui a un bilan comptable très positif.

M.H. : Et Paris ?
J.R. : Les Parisiens dégagent une réelle force collective depuis l’année dernière, confirmée par leur titre de champion. C’est l’équipe à battre de ce championnat. On sent une grosse maîtrise. Techniquement, tous les joueurs sont au-dessus des autres équipes de L1, certains sont de classe internationale. Par contre, la dynamique est différente depuis la reprise. Les parisiens ont eu un peu plus de difficultés dans le jeu. Ils ont perdu en coupe de France contre Montpellier, ont été accrochés contre Guingamp, et contre Bordeaux, cela a été difficile. Ils ont montré certaines limites. Ce n’est pas catastrophique mais c’est quand même différent de Monaco.

M.H. : Qu’est-ce qui pourrait pénaliser ces deux équipes d’ici la fin de saison ?
J.R. : A Monaco, on sent qu’une ou deux blessures ou suspensions peuvent être pénalisantes. C’est le cas avec Falcao. A l’heure actuelle, les statistiques parlent d’elles-mêmes et on voit qu’il ne manque pas tant que ça à l’équipe, mais sur le moyen terme, cela va forcément se sentir sur le terrain. Pour Paris, le danger c’est la Champions League. Si les Parisiens ont la chance de passer des tours dans cette compétition, pour l’avoir vécu à Monaco, je suis persuadé que ça peut être un frein pour la suite du championnat. Ça pompe tellement d’énergie ! Et même si Paris a de grands joueurs, cette énergie perdue, ça se paye forcément sur certains matchs en championnat.

M.H. : Quelles sont les chances de Paris en Ligue des Champions ?
J.R. : Ils peuvent aller au bout. L’équipe a montré qu’elle était vraiment une équipe de haut niveau, capable de rivaliser avec les meilleures écuries européennes. Mais on n’a pas le droit à l’erreur, parce que deux matchs, ça va vite. Il suffit de rater le premier pour se mettre en difficulté sur le retour et se faire sortir. Il n’y a pas de sécurité en Champions League. Mais Paris est armé pour aller au bout en tout cas.

M.H. : Votre avis sur la lutte ASM-Paris ?
J.R. : Cette lutte est logique puisqu’il y a eu des investisseurs qui sont arrivés. A Paris depuis près de 3 ans, et à Monaco, c’est un peu nouveau, même s’ils avaient déjà pas mal investi en L2. Mais là on sent qu’il y a deux grosses puissances financières. Est-ce que l’argent fait tout dans le foot ? Il en fait beaucoup. Et sans argent, on ne peut pas lutter. Forcément, avec de tels investissements, Monaco et le PSG deviennent les favoris logiques, et donc il y a une « guerre » qui se met en place. Ce que je voudrais, c’est que cette guerre existe avec un troisième club. Et on se rapprocherait ainsi des grands championnats européens.

M.H. : Que pensez-vous des dernières recrues des deux clubs ?
J.R. : Je ne sais pas si c’est vraiment un plus pour Paris d’avoir recruté Cabaye. Cabaye n’est pas juste un joueur de complément. Il peut postuler à une place de titulaire. Or cela revient, pour l’entraîneur, à mettre en cause son milieu de terrain, son point fort depuis le début de saison.

M.H. : Et à Monaco ?
J.R. : Clairement, il fallait se renforcer derrière. C’est chose faite avec l’arrivée d’Abdennour. C’est un joueur très solide, un roc. Il est capable, vu son évolution, de devenir un patron de défense, et il peut le faire à Monaco. Je suis plus sceptique sur Berbatov. C’est un joueur qui a eu des hauts dans sa carrière, mais qui est plus sur le déclin. Et quand on voit les efforts que font les attaquants monégasques dans le replacement défensif depuis le début de saison, je ne pense pas que Berbatov les fera. Après, a-t-il encore la capacité d’être un vrai point d’appui, qui va garder le ballon et être un tueur dans la surface ? Il l’a été, mais il l’est beaucoup moins aujourd’hui. A moins qu’il ne soit qu’un joueur de complément. Quant à Echiejile, je le connais très peu, mais je pense qu’il sera surtout un complément d’effectif quand on voit les performances de Kurzawa. Mais ce n’est pas plus mal que Monaco ait étoffé leur groupe.

M.H. : Quels souvenirs avez-vous gardé de votre passage à Monaco ?
J.R. : Je conserve énormément de très bons souvenirs. J’ai découvert ce qu’était un grand club quand je suis arrivé de Troyes. Et je retiens surtout l’épopée en 2004 avec la Champions League. Quand on arrête sa carrière, on a des flashs qui reviennent. Moi à Monaco, j’ai du mal à n’en avoir qu’un. J’ai vécu des moments incroyables. Le seul regret, c’est d’avoir connu ce club en étant encore un peu jeune, et d’avoir voulu voir autre chose. Je pense que si j’avais connu un grand club avant, j’aurais peut-être fini à Monaco.

M.H. : Et l’épopée en Ligue des Champions ?
J.R. : J’en ai gardé que des bons souvenirs. On est monté au sommet. Bon on s’est cassé la gueule (rires), mais c’était tous ensemble. Ce que je retiens, c’est d’avoir fait rêver les monégasques, d’avoir fait rêver la France entière. On était applaudi dans n’importe quel stade de France. On marqué l’esprit des gens. Les gens me parlent plus de Monaco que de Paris. Ça veut dire que qu’on a vraiment fait quelque chose d’extraordinaire. Avec le recul, je me dis que c’est incroyable d’être arrivé en finale de LDC. Quand on voit aujourd’hui ce qu’il faut faire pour y parvenir, c’est fabuleux.

M.H. : Pourquoi avoir signé à Paris plutôt qu’à Chelsea ?
J.R. : C’est un choix de carrière. Je n’ai pas de regret. Le seul truc, c’est que j’ai choisi parce que j’avais l’opportunité de réaliser un rêve de gosse en signant là-bas. Et pour moi, il n’y a rien de plus beau. C’était vraiment le cœur qui parlait à ce moment-là, plus que l’aspect financier ou sportif. Et puis, je n’arrivais pas dans le 15ème club de L1… L’équipe avait fini 2ème et avait de vraies ambitions. De plus, à l’époque, Canal+ avait encore de gros moyens pour amener une équipe pour le titre.

M.H. : Quels sont les joueurs qui vous ont le plus marqué ?
J.R. : En sélection, il y a eu toute la génération qui a gagné la Coupe du Monde 1998 et l’Euro 2000, Zidane en tête. Après, en club, je retiens les mecs d’expérience, comme Marco Simone quand je suis arrivé à Monaco, Ludo Giuly, parce que sous l’air d’être toujours de bonne humeur, de déconner, c’est quand même un grand professionnel qui a réussi une grande carrière. Et il m’a beaucoup aidé quand je suis arrivé à Monaco. Après il y a eu Pauleta, qui reste une figure du club à Paris. On a partagé de bons moments. La relation que j’avais à Monaco avec Patrice Evra, c’est quelque chose qui te marque à vie. Je souhaite cette relation à n’importe quel « footeux ».
*Le 9 février à 21 heures.

Newsletter

Une sélection quotidienne d'informations directement dans votre boite Mail