Aussi à l’aise dans un registre blues ou jazz, que dans un univers folk, à 40 ans, le plus francophile des songwriters anglais, Hugh Cotlman, se produit le 15 mars au Cédac de Cimiez à Nice. Interview
Monaco hebdo : Vous êtes originaire d’un petit village de la campagne de Bristol au Royaume-Uni. Avez-vous grandi dans une famille de musiciens ?
Hugh Coltman : Pas réellement. Mon père jouait du cor, et ma mère de l’alto dans un petit orchestre, mais ce n’était pas des musiciens professionnels. Mes parents en revanche souhaitaient absolument que mon frère et moi pratiquions un instrument de musique. Assez tôt, mon frère s’est mis au violon, très sérieusement. Pour ma part, j’ai essayé la flûte à bec et la clarinette. J’ai continuité jusqu’à ce que l’excitation de commencer un nouvel instrument me quitte. Dès que ça devenait vraiment du travail, j’arrêtais… J’étais à l’époque un peu feignant. (rires)
M.H : Quand avez-vous réalisé que vous aviez de vraies capacités vocales ?
H.C. : Je chantais dans des chorales mais, là encore, c’était surtout parce lorsque j’ai perdu ma mère, mon père voulait à tout prix que l’on garde cet intérêt pour l’art et la musique. A l’adolescence, je me suis un peu rebellé contre tout ça. Je m’intéressais beaucoup plus aux motos… Le déclic s’est donc fait plus tardivement. A 19 ans, j’étais dans une faculté de théâtre. Mon meilleur ami qui habitait dans mon village avait formé un groupe de blues et cherchait un choriste. Il se trouve que le chanteur officiel du groupe ne s’est pas présenté à la répétition. Je me suis donc retrouvé derrière le micro, un peu par défaut. Et l’essai a été transformé… C’est ainsi que j’ai intégré le groupe The Hoax.
M.H : Ce groupe a d’ailleurs rencontré pas mal de succès. Trois albums studio, un album live, et une tournée en Europe, aux Etats-Unis et en Australie. Quels souvenirs gardez-vous de cette période ?
H-C : De très bons souvenirs évidemment. J’ai quitté le groupe en 1999 car je souhaitais aborder d’autres styles musicaux. Mais il y a un an et demi; j’ai refait une tournée avec The Hoax devant un public qui nous est encore fidèle. Actuellement, on travaille à l’écriture de nouvelles chansons. Ce sera un album très blues-rock. Influences Led Zeppelin et Stevie Ray Vaughan essentiellement.
M.H : En 1999, après votre séparation avec The Hoax, vous décidez de vous installer en France. Pourquoi avoir choisi Paris ?
H.C. : Ma grand-mère avait vécu deux ans en France. Dans mon enfance, elle me glissait toujours des petites phrases en français. C’est donc une langue que j’ai toujours aimée. C’est sans doute ce qui m’a donné envie de venir ici. A mon arrivée à Paris, j’ai fait des petits boulots. J’ai été serveur dans des bars, veilleur de nuit dans une auberge de jeunesse mais aussi prof d’anglais. C’est aussi à Paris que j’ai vécu mes années les plus déjantées. Dans The Hoax, on était très sérieux, on travaillait beaucoup. Il n’y avait pas beaucoup de place pour la déconne. Entre 27 et 31 ans à Paris, j’ai donc fait toutes les bêtises que l’on fait habituellement à la vingtaine…
M.H : Et la musique dans tout ça ?
H.C. : Je me souviens de ma première nuit en France. J’avais réservé un lit dans une auberge de jeunesse. Dans le dortoir, j’ai croisé un guitariste qui jouait BlackBird des Beatles. Je l’ai accompagné avec mon harmonica. Et il m’a dit … allons jouer dans le métro ! C’est comme ça que, de temps à autre, j’ai commencé à jouer sur les quais. C’était un très bon exercice. Assez effrayant parfois. Car deux mois avant de venir en France, je faisais les dernières dates avec The Hoax au Pays-Bas ou en Angleterre devant un public de 600 ou 700 personnes avec des ingénieurs lumière et son… Bref, tout ce qui met considérablement en valeur un groupe. Dans le métro, il n’y a rien de tout ça. C’est juste un lieu de passage…. Ça ramène à certaines réalités.
M.H : Vous avez ensuite monté un second groupe sur Paris, qui s’appelait Heez Bus…
H.C. : Absolument. En participant à des scènes ouvertes à Paris, à la Flèche d’or notamment, j’ai eu la chance de croiser de très bons musiciens. Un artiste en particulier qui s’appelle Spleen, qui m’a intégré peu à peu dans les sphères musicales parisiennes. Nous avons monté ce groupe et nous avons joué dans pas mal de salles. A la Scène et à la Bastille notamment. Sans vouloir me vanter… on était plutôt bons ! (rires) C’était en tout cas une période très exaltante.
M.H.: En 2008, vous sortez votre premier album solo Stories from the safe house chez Mercury. Un opus salué par la critique. Qu’avez-vous ressenti ?
H.C. : Evidemment une grande joie. D’autant que je commençais à avoir de sérieux doutes sur ma carrière musicale. A cette époque-là, j’avais 33 ans, je m’étais même dit qu’il fallait peut-être lâcher la musique.
M.H. : Vous définissez-vous davantage comme un chanteur de jazz, de folk ou de soul ?
H.C. : Un mélange de tous ces styles. Lorsque j’écris une chanson, je ne me dis pas que je la composerai dans un style soul, folk, jazz ou blues. Car c’est se mettre des limites au départ. Se cantonner à un style musical précis est d’ailleurs une démarche un peu adolescente. Comme si l’on s’identifiait à un clan. Quand j’écris mes chansons, je prends ma guitare ou mon piano, et je bidouille. Jusqu’à ce que je trouve une mélodie que j’aime. Le style s’impose donc naturellement. Rien n’est calculé.
M.H : Quelles sont justement vos influences musicales ?
H.C. : Je suis un grand fan du mouvement folk britannique des années 60. J’ai notamment beaucoup écouté du Nick Drake. J’adore également les incontournables Beatles, Pearl Jam ou encore des chanteurs de soul comme Stevie Wonder ou Otis Redding.
M.H : Et sur l’actuelle scène musicale européenne?
H.C : Il y a la chanteuse Mina Tindle qui a sorti un super album il y a un an et demi. Je pense aussi à Diving with Andy. J’ai d’ailleurs travaillé avec l’arrangeur du groupe. Il y a également le français Mathieu Boogaerts. Hors Europe, mon coup de cœur c’est l’Américaine Krystel Warren qui a une voix vraiment fantastique.
M.H : Dans quels pays européens avez-vous le plus de succès ?
H.C : Mon disque, en tant qu’artiste solo, n’est sorti qu’en France. C’est le petit point négatif de ma maison de disque qui ne voulait pas sortir mon album à l’étranger…
M.H : Quels sont les trois albums qui ont le plus marqué votre vie ?
H.C : Je dirais The Bends de Radiohead car c’est grâce à cet album que je me suis ouvert à d’autres horizons musicaux. A cette époque, j’étais assez borné comme pas mal de bluesman. Je n’écoutais pas autre chose… En plus, à cette période, j’ai vécu une rupture sentimentale. J’ai donc écouté The Bends en pleurant toutes les larmes de mon corps…. (rires) Je dirais ensuite Songs in the Key of Life de Stevie Wonder et enfin, un album des Beatles.



