dimanche 19 avril 2026
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Sébastien Noat, entrepreneur sans frontières

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De San Francisco à Pékin, partout où passe Sébastien Noat, la fête bat son plein. De retour en principauté, sur sa terre natale, il reprend le restaurant l’A Trego.

Par Margaux Bianchieri.

C’est sur le port de Cap-d’Ail, à une table de l’A Trego, que nous retrouvons Sébastien Noat, à peine débarqué de Londres où, la veille, il faisait la fête. En janvier dernier, ce Monégasque de 38 ans a décidé de reprendre et de totalement transformer le restaurant designé à l’origine par Philippe Starck. « On m’invitait toujours ici, mais c’était tout le temps vide », se souvient-il. Résultat de la métamorphose ? Un restaurant à l’ambiance cosy et bon enfant. A l’antithèse de ce qu’était le lieu à l’origine. Difficile pourtant d’imaginer que derrière les yeux bleus et l’allure très décontractée de Sébastien Noat se cache un homme d’affaires redoutable, connecté en permanence à son ordinateur portable et son téléphone. Sa carrière, impressionnante, en ferait pâlir plus d’un. Très jeune, la restauration, l’hôtellerie mais aussi le monde de la nuit se sont imposés à lui comme de véritables vocations. « Ce que j’aime le plus dans la vie, c’est manger et boire », résume-t-il en souriant.

Bonne étoile
Sa formation pourtant solide — un Bac S international, suivi de l’école hôtelière de Lausanne, dont il est le plus jeune étudiant jamais admis — est éclipsée par sa réputation de fêtard invétéré. « Ma vie étudiante, c’était Projet X. A 18 ans, j’organisais chez moi toutes les semaines des soirées pour 200 personnes », se souvient-il amusé. « A l’époque, j’étais sponsorisé par Philip Morris et disposais d’agents de sécurité. » Malgré l’effervescence de ses fêtes, Sébastien Noat n’en oublie pas pour autant le travail. « Mes premiers stages étaient très difficiles. J’ai développé un côté masochiste pour travailler dans ce métier. C’est souvent du 15/16h par jour. » Mais pour celui qui aime vivre à 200 à l’heure, impossible de suivre le chemin tout tracé qu’on lui propose. Son diplôme en poche, assoiffé de découvertes, il préférera au Four Seasons de Londres, le Ritz Carlton de Saint Thomas dans les Caraïbes. En 2000, il est cette fois transféré à San Francisco — toujours au Ritz Carlton — où il est numéro 1 mondial de la compagnie pour le restaurant qu’il a en charge. Véritable nomade, il se tourne ensuite vers Los Angeles. Le Ritz met à sa disposition un budget de 5 millions de dollars pour ouvrir son nouveau restaurant. « J’ai tout pris en charge : le logo, les menus, j’ai tout créé. C’était très enrichissant. » Des initiatives qui lui vaudront la reconnaissance des professionnels.

Sebastien-Noat-DR

Champagne
Pourtant, cela ne suffit pas à Sébastien Noat, qui, à seulement 25 ans, veut aller encore plus loin. « La bonne étoile ? Je n’en ai pas qu’une ! », avoue-t-il. Les opportunités ? Il les crée. A New York, en 2001, il rencontre son idole, Ian Schrager, le propriétaire de la célèbre discothèque new-yorkaise Studio 54, où se côtoyaient Andy Warhol, Michael Jackson, top-modèles et autres stars du moment. L’entrepreneur américain lui offre le poste de directeur de la restauration dont il rêvait à l’hôtel Royalton. Un projet qui ne verra pas le jour, car après de longues hésitations, il préférera finalement s’occuper d’un nouveau bar à l’hôtel Shangri-La de Bangkok. Coup du destin, le jour de son transfert en Asie, le 11 septembre, les tours jumelles s’effondrent et New York plonge dans une période peu enclin au business. « On n’avait plus besoin d’expatriés. Pendant six mois, l’hôtellerie a été plongée dans la crise », explique-t-il. Sébastien Noat le voit comme un signe. Son intuition lui dicte : l’avenir se trouve en Asie. Il crée la boîte le Block 8. Là-bas, le chiffre est symbole de chance. L’endroit devient en peu de temps, le temple de la soirée branchée. Son succès ? Il le doit au champagne. En Chine, Sébastien Noat est le premier à le faire couler à flot à un prix dérisoire. Les Chinois étaient auparavant davantage consommateurs de bière.

Nouveaux challenges
Les années passent. Après l’ouverture de sa boîte de consulting « Alchemy », qui gère notamment la partie événementielle de l’Hôtel Media One à Dubaï, Sébastien Noat n’est toujours pas à court d’idées. Pour des raisons familiales, mais aussi parce que c’est « fatiguant » de toujours plier bagage, il revient en principauté. Son nouveau challenge : l’A Trego. « Il faut avoir une révélation dans un restaurant. C’est une déclaration d’amour ou une déclaration de divorce… Il faut qu’un charme opère. Le restaurateur doit mettre en valeur tout le monde », explique-t-il. Il redéfinit alors le concept, jusque-là semi-gastronomique, pour une cuisine abordable et du terroir local. Le jeune entrepreneur change aussi la politique tarifaire, qui devient plus raisonnable. « Depuis, la fréquentation en terme de couverts, a triplé », affirme-t-il. Des événements de grand luxe et un skybar devraient également voir le jour. Le Monégasque a encore une tonne de projets sous le bras. « Ce n’est pas mon seul business», assure-t-il. Le lancement d’une application Smartphones est en cours. Son objectif ? Faciliter la recherche d’emplois en connectant de manière directe les entreprises et les particuliers. En pourparlers également avec le gouvernement monégasque : des projections animées de lumières mapping 3D sur les bâtiments emblématiques du quartier de Monte-Carlo.

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