Le 19 septembre 2008, Monaco a inauguré la première des cinq rames TER à ses couleurs. La concrétisation d’un acte politique fort et d’un investissement de 50 millions d’euros, censé améliorer la desserte ferroviaire de la principauté.
Etonnés, les badauds regardaient la scène du coin des yeux. Vendredi dernier, le Prince Albert, Jean-Louis Borloo, la ministre italienne de l’environnement, Stefania Prestigiacomo, Jean-Paul Proust, Robert Calcagno, Michel Vauzelle, Christian Estrosi, étaient, entre autres, réunis sur le quai C de la gare de Monaco. En effet, un peu moins de deux ans après la signature d’une convention avec la SNCF portant sur l’achat de cinq rames TER par Monaco pour 50 millions d’euros, la principauté prenait livraison de son premier train express régional à ses couleurs. Rouge et blanche, cette première rame baptisée Monaco-Ville sera suivie, d’ici décembre, de quatre autres trains au nom de Monte-Carlo, Fontvieille, la Condamine et Saint-Roman. C’est également en décembre, le 15, que de nouveaux horaires se mettront en place pour permettre un cadencement plus soutenu, avec un train toutes les demi-heures et tous les quarts d’heure aux heures de pointes.

« Ne pas délaisser les TER au profit des TGV »
Suffisant pour laisser espérer une amélioration significative pour les usagers quotidiens de la ligne, témoins privilégiés de trains bondés, retardés ou annulés? Eric Sauri, président de l’association des naufragés du TER, reconnaissant pour « ce très beau et très coûteux cadeau de rentrée », se montre optimiste: « Nous espérons que la mise en service de ce nouveau matériel permettra un lancement du cadencement plus serein que celui du service d’été 2008. » Michel Vauzelle, président de la région Paca, est, lui, tout sourire : « Cet investissement de 50 millions d’euros va permettre la mise en oeuvre par la région de plus de 100 trains qui circuleront quotidiennement entre Nice et Monaco alors qu’il n’y en avait que 57 quand je suis devenu président de cette région [en 1998 – NDLR]. » Oubliées les tensions entre la région et la SNCF? Pas tout à fait. « Il est très fâcheux qu’avec la SNCF, avec qui nous avons de bons rapports, il y ait ces problèmes de retards et de très nombreuses suppressions de trains. A la grande colère des usagers et à notre grande colère à nous. Cela finit par décourager les gens qui avaient laissé leur voiture et notre effort financier se trouve remis en cause. Nous espérons que la SNCF sera très attentive et fournira les moyens nécessaires, notamment humains, et ne délaissera pas les TER au profit des TGV. Nous payons chaque année la SNCF pour qu’elle fasse son travail et que le service pour lequel nous payons soit rendu. »

25 % de train en plus
Du côté de la SNCF, on parle de 25 % de train en plus, de recrutement à venir, et d’un nombre de places assises passant de 20000 à 26000 par rapport au cadencement actuel. Dès décembre 2008, ce seront 17 trains supplémentaires, soit près de 120 par jour, qui s’arrêteront à la gare de Monaco. Jean-Pierre Farandou, directeur général délégué de la SNCF, évoque aussi un « saut qualitatif. Les 7000 voyageurs quotidiens bénéficieront à partir de décembre d’un service moderne et efficace. » Pour autant, toujours au sein de la SNCF, certains demeurent sceptiques. Un des responsables de la gare de Nice l’affirme: « Nous rajoutons surtout des trains dans des tranches horaires peu fréquentées. C’est bien pour les personnes aux horaires décalés mais des trains tous les quarts d’heure, finalement il y en a déjà. Les trains aux horaires de pointe sont saturés et le resteront. Cela va même empirer puisqu’on incite à prendre le train. Le fond du problème vient aussi de la vétusté de la ligne, qui date de 1880. » Seule solution pour les usagers donc: décaler si possible ses horaires. D’ailleurs la direction régionale de la SNCF déclare attendre « un geste de la part des employeurs au niveau des horaires de travail. » Quant à la vétusté des installations, aucun investissement de grande ampleur n’est actuellement prévu entre Nice et Vintimille. « Ce qu’il faudrait c’est une deuxième ligne, mais là rien ne sera fait avant trente ou cinquante ans », nous dit-on du côté de la direction de la gare de Nice.

Une tarification unique
Bref, malgré ces nouvelles rames, le bout du tunnel n’est pas forcément tout proche pour les usagers du TER. Même si d’autres mesures annoncées en gare de Monaco devraient encore améliorer les choses : comme la mise en place dans les prochains mois d’une tarification intermodale entre les TER et les transports publics de la principauté. Mais aussi la mise en place d’une seule autorité au niveau des transports au niveau des Alpes-Maritimes. Finalement au milieu de ces annonces multiples, le ministre français, pourtant très sollicité par les médias, se sera montré très laconique. En dehors de ses « remerciements à la principauté pour cet engagement financier pour le réseau ferré, indispensable sur les zones littorales plus que partout ailleurs », Jean-Louis Borloo est passé à Monaco au pas de course. L’heure de son départ ayant été avancée, recadrage à l’Elysée en fin d’aprèsmidi oblige. Là aussi, le respect des horaires prévus est essentiel.
Environnement : Monaco au centre des débats
Vendredi 19 septembre 2008, en début d’après-midi, après l’inauguration officielle de la première rame aux couleurs de Monaco et un déjeuner entre Albert II et Jean-Louis Borloo, a été signée, au ministère d’Etat, une convention au profit des parcs du Mercantour et Alpi Marittime. Cette convention, entre la France, l’Italie et Monaco, souligne, selon le ministre d’Etat, Jean-Paul Proust, « l’engagement profond de la principauté et de la fondation du Prince Albert dans la défense de l’environnement et de la biodiversité. » Ses objectifs? Procéder à un inventaire approfondi, sur dix ans, des espèces des deux parcs, oeuvrer à inscrire les deux espaces naturels au patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco et créer des lieux d’accueil dédiés aux scientifiques et aux visiteurs. Ces trois projets s’accompagnant de la mise en place d’une communication renforcée, notamment par « l’organisation de manifestions et de colloques à portée nationale et internationale. » Le financement de ce partenariat étant assuré à hauteur de 3 millions d’euros par l’Italie et la France et d’un million d’euros par Monaco et la fondation prince Albert II. En dehors de la signature de cette convention sur le Rocher, la place centrale de Monaco dans les débats environnementaux, 6 mois après avoir accueilli le conseil d’administration du PNUE, a encore été confortée lors d’une brève conférence de presse tenue par le prince Albert et Jean-Louis Borloo. Le chef de l’Etat monégasque a ainsi annoncé que « le 9 et 10 novembre, la principauté accueillera une conférence interministérielle des 27 pays de l’UE sur l’Arctique et, avant la fin de l’année, sans doute au mois de décembre, une conférence des ministres de l’environnement des pays de l’Union pour la Méditerranée. »



